
Le peuple marocain a fondé d’énormes espoirs sur le gouvernement actuel. Celui-ci est le premier issu d’élections dans le cadre de la nouvelle Constitution. Elections perçues comme une réconciliation des citoyens avec la politique. Le PJD, parti qui dirige la coalition, avait mené campagne sur le thème de la réforme et de la lutte contre les déviations.
Mais depuis son installation, le nouveau cabinet multiplie les controverses sans aucun sens. Ainsi, on a eu droit à une attaque contre le tourisme et une autre contre les associations. En plus de la publication de la liste des agréments, restée sans suite comme on pouvait s’y attendre. Le débat sur les cahiers des charges de l’audiovisuel public est important. S’il introduisait un clivage autour du projet de société et permettait enfin à tout un chacun de se positionner ouvertement, il serait bénéfique. Ce n’est pas dans cet état d’esprit qu’il se déroule.
Il est risible d’entendre à chaque fois un ministre dire «si telle mesure n’est pas adoptée, je démissionne». C’est d’autant plus ridicule que jusqu’ici aucun n’a démissionné. Le peuple marocain n’a pas voté pour des individus mais pour des courants politiques. Mépriser son vote de cette manière, c’est prendre le risque d’approfondir le fossé qui sépare les citoyens de la vie partisane. Il est tout aussi ridicule de voir des responsables avouer publiquement qu’ils ne connaissent rien à tel sujet ou tel autre, relevant de leurs prérogatives. Or, un gouvernement politique s’appuie sur les compétences du cabinet et de la haute administration.
L’espace public n’est plus saisi que de controverses autour des moeurs, des libertés individuelles et d’une certaine forme de religiosité, aux dépens des politiques publiques fondamentales, de la réponse à la crise économique qui se profile et des intérêts supérieurs de la nation.
Il lui appartient de prendre les décisions stratégiques. Personne ne réclame la transformation des politiques en technocrates ! Ce manque de sérieux patent est en décalage absolu avec les attentes des Marocains. Ceux-ci veulent des réformes essentielles touchant à leur vie quotidienne. Sur la Caisse de compensation, la lutte contre le chômage, la santé publique et l’éducation, le gouvernement n’a pas adressé à la nation le moindre message laissant entendre qu’il a une vision à proposer. Pire, l’espace public n’est plus saisi que de controverses autour des moeurs, des libertés individuelles et d’une certaine forme de religiosité, aux dépens des politiques publiques fondamentales, de la réponse à la crise économique qui se profile et des intérêts supérieurs de la nation. Il ne faut pas être devin pour comprendre que cette attitude est une voie sans issue. Les controverses bidons remplissent l’espace médiatique, mais ne font pas oublier les priorités.
L’Etat de grâce est déjà érodé et l’on sent monter une défiance certaine vis-à-vis du gouvernement Benkirane. Ce n’est pas une bonne nouvelle parce que ce sont des courants extrémistes et régressifs, qui ne proposent rien d’autre qu’une religiosité plus extrême, qui en profitent. En refusant de s’élever au niveau des fonctions régaliennes, en ne faisant aucun distinguo entre les discours partisans et les engagements gouvernementaux, en préférant les sorties médiatiques aux rigueurs de la gestion, les ministres sont en train de saper l’expérience.
L’opinion publique n’est pas dupe. Elle voit bien que le changement, la réforme et la bonne gouvernance ne sont pour le moment que des slogans. Le retour à la noblesse de la chose publique et à une gestion gouvernementale normale est une urgence. Sinon, l’opinion publique perdra rapidement confiance.
