
Adil Imam, le plus célèbre des amuseurs publics et figure emblématique du cinéma arabe, a été condamné de manière définitive, à trois mois de prison, au nom d’une loi scélérate, que le régime de Moubarak avait adoptée sous la pression des frères musulmans. Le Printemps arabe a débouché sur des régimes qui n’ont aucun sens de l’humour. L’explication par le repli identitaire, l’existence d’Israël, les défaites militaires ne tient pas la route et ne relève que du conformisme intellectuel.
Il faut voir la réalité en face. Des peuples ont porté au pouvoir des courants politiques qui n’ont joué qu’un rôle mineur dans les révoltes. Il y a des courants islamistes qui ne sont pas de ce siècle, même s’ils excellent dans l’utilisation des nouvelles technologies. Quel est leur projet ? Nulle part, ils ne posent le vrai problème, celui de la création de la valeur et de la répartition des richesses. Ils se concentrent uniquement sur la soumission des individus de la société à ce qu’ils estiment, eux, être la loi divine. Leur programme, c’est la prétendue pureté, celle-là même que prônaient des mouvements régressifs européens et qui continuent à mener l’Europe vers des tragédies insoutenables dont la dernière est celle de Toulouse.
Partout dans le monde dit arabe, les intellectuels ont le même devoir. Celui de s’élever contre la volonté d’uniformiser des sociétés forgées par une histoire complexe.
Ces courants utilisent la démocratie parce qu’elle leur permet d’accéder au pouvoir sans payer de tribut. Mais, tous, sans exception, n’ont d’autre objectif que de saper la démocratie. Ils la réduisent aux institutions représentatives, aux opérations votatives, à leur écrasante majorité. Ils refusent le socle de la démocratie, la reconnaissance de l’individu comme un être social non prédéterminé par sa naissance ou son sexe. La démocratie c’est l’égalité de tous devant la loi, le droit des minorités, des individus à s’exprimer et s’organiser dans le cadre d’une nation libre, bâtie autour de consensus globaux.
Les frères musulmans égyptiens ne sont que la caricature extrême de ce courant de pensée. Les Tunisiens d’Annahda ainsi que les Marocains du PJD laissent encore entrevoir un peu d’espoir que le mouvement islamiste dans le monde arabe retrouve le chemin de l’ouverture vers l’autre, un mouvement plus ouvert sur une société civile agissante, fortement attachée aux valeurs universelles Néanmoins, partout dans le monde dit arabe, les intellectuels ont le même devoir. Celui de s’élever contre la volonté d’uniformiser des sociétés forgées par une histoire complexe. Le règne des courants islamistes extrémistes, liberticides par nature, ne peut aboutir qu’à un seul recul généralisé. Si c’est le prix à payer pour bâtir des systèmes politiques modernes, il faut l’accepter. L’obscurantisme moyenâgeux n’a pas d’avenir même s’il a, aujourd’hui, les faveurs des électeurs.
