Changer maintenant !

Vincent HERVOUET

C’est une métamorphose digne des plus grands sorciers. Le jour de son intronisation, le politicien qui s’est fait élire par le camp dont il était champion est censé devenir le président de tous les Français. Il lui suffit de passer le porche de l’Elysée, de remonter le tapis rouge sous l’oeil ébahi de dizaines de caméras, de se faire remettre les codes du feu nucléaire et le cordon de Grand maître de la Légion d’honneur, abracadabra, le tour est joué ! Ainsi le plomb se transmue en or.

Dans ce décor doré sur tranches et au son de la musique baroque, l’élu devient soudain l’héritier des vingt rois qui en mille ans ont fait la France, le successeur de Napoléon, de Clemenceau et De Gaulle, le gardien de l’avenir, le père de la Nation… On imagine le léger vertige qui saisit l’apparatchik qui a obstinément survécu à tant de combats obscurs et qui se retrouve au sommet, tout seul. Plus personne à envier et plus rien à espérer, sinon durer. Avec une seule question à se poser : comment devenir ce personnage considérable qu’attendent ses compatriotes ? Il faut s’efforcer de paraitre digne, bien sûr.

Les ministres socialistes n’auront pas le temps de profiter des bonheurs de la victoire, ils doivent tout de suite éprouver l’étendue de leurs pouvoirs.

Mettre de la componction dans chacun de ses gestes, de la distance avec ses proches, mettre un masque. On comprend mieux que la démarche du nouveau président passant en revue la Garde républicaine soit un peu empruntée… François Hollande a intérêt à apprendre vite. A peine en place, déjà au pied du mur ! Au soir de son investiture, après avoir arpenté Paris sous la pluie battante, le nouveau président s’est envolé pour Berlin. Ce n’est pas sur son Falcon en plein vol que la foudre s’est abattue mais sur Athènes où les politiciens ont jeté l’éponge et cessé de chercher une coalition de gouvernement introuvable pour s’en remettre à l’électeur comme on se jette par la fenêtre.

Que la Grèce abandonne l’euro était inimaginable début mai. Les experts, économistes ou diplomates, refusaient de l’envisager. L’hypothèse semble désormais quasi inéluctable. Ainsi vont les technocrates qui souvent varient mais jamais ne perdent leur assurance. Avant de quitter sa forteresse à Bercy, le ministre français de l’Economie a laissé la note : cela coûterait 50 milliards à la France et beaucoup plus si les marchés s’en mêlent et s’attaquent à la monnaie unique… Décidément, les ministres socialistes n’auront pas le temps de profiter des bonheurs de la victoire, ils doivent tout de suite éprouver l’étendue de leurs pouvoirs. Le Président lui-même a pu à Berlin mesurer la détermination d’Angela Merkel.

Elle l’a reçu les bras ouverts, comme promis. Mais les poings fermés aussi. Pas question de toucher au pacte budgétaire que le candidat socialiste voulait renégocier ! Et s’il doit y avoir un pacte de croissance, les discussions qui s’amorcent sur chacune des mesures envisagées promettent d’être longues et pénibles. L’Europe ne peut pas se passer du couple franco-allemand, mais la vie conjugale sera un combat. La crise qui vient ne laissera pas aux nouveaux partenaires beaucoup de temps pour s’apprivoiser ou inventer un nouveau mode d’emploi… A peine rentré d’Allemagne, François Hollande est reparti aux Etats-Unis. Dans la foulée, le G8 de Camp David et le sommet de l’Otan à Chicago. Puis aussitôt, il faudra embrayer sur un conseil européen. La séquence ne lui laisse pas le temps de souffler mais lui permet de faire connaissance en un moins d’une semaine avec les occidentaux qui doivent devenir ses meilleurs amis pour les cinq ans à venir… Ils vont le féliciter, l’accueillir dans le club, le couvrir de fleurs, le bercer de mots doux.

Ils feront ami-ami. La voix de la France restera en sourdine pour un bon moment. Sur l’Iran, la Syrie, le bouclier anti missiles, le président Hollande se mettra à l’unisson de l’Alliance Atlantique. En échange, ses partenaires resteront discrets sur le repli d’Afghanistan qui se fera un peu plus vite que ne l’aurait souhaité l’intendance… Avec Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian, nommés à la tête de la diplomatie et de la Défense, François Hollande dispose de deux vétérans qui préparent leurs dossiers et leurs équipes depuis des mois. L’administration du Quai d’Orsay et l’appareil militaire balisent le chemin. La continuité l’emporte. Ce qui n’empêche pas d’essayer de se distinguer. Ses deux prédécesseurs avaient imposé des changements de pieds stratégiques sitôt installés à l’Elysée. Jacques Chirac avait engagé contre les Serbes l’armée qui s’enlisait dans les Balkans et relancé les essais nucléaires.

Nicolas Sarkozy a transgressé l’interdit en réintégrant le commandement unifié de l’Otan et en changeant radicalement de discours sur l’Afrique. Peut-être que François Hollande opèrera des révisions aussi nettes sur des dossiers qui méritent un examen critique comme par exemple les accords de défense signés avec le Qatar et les Emirats arabes unis ou sur des dossiers urgents comme le Sahel ou la Syrie. Mais la tempête européenne ne va lui laisser aucun répit et c’est sur ce front qu’il sera jugé. A la hauteur du rôle. Ou dépassé par l’histoire.аудит сайтов

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