Le coronavirus interpelle l’Idéal européen

Par Ahmed Charaï

 

Dès son apparition en Chine, le Covid-19 a suscité de lourdes inquiétudes au sein de la communauté scientifique. Malheureusement, les prédictions les plus pessimistes se réalisent sous nos yeux et de manière accélérée. L’Europe est devenue l’épicentre de la pandémie. L’Italie et l’Espagne sont les plus touchées pour le moment. Je ne peux qu’exprimer ma sympathie pour mes amis et l’ensemble du peuple espagnol.

Empiriquement, le monde entier découvre que son impuissance est telle qu’il doit faire l’impossible, non pas pour éradiquer le virus, mais juste pour casser la chaine de la contagion. On a commencé par fermer les frontières, pour arriver à des situations de confinement à l’intérieur de régions ou de pays entiers. C’est une situation inédite qui pose d’énormes questions.

L’Italie et l’Espagne vivent des situations critiques, que les autres pays atteindront dans quelques semaines puisque les courbes de la propagation sont identiques et que l’Espoir de la découverte rapide d’un traitement est très lente. Mais ces deux pays n’ont bénéficié pour le moment  d’aucun soutien européen. La première réaction a été celle de protéger son propre pays. L’Allemagne a interdit l’exportation de matériel médical, en particulier les respirateurs indispensables aux salles de réanimation tellement sollicitées en Espagne. La fermeture des frontières est maintenant la règle. Ces attitudes alimentent les fantasmes populistes des vertus supposées du repli.

Sur le plan économique, on a la certitude que l’impact sera beaucoup plus grave que celui de la crise financière de 2008.

Le choc d’un effondrement à la fois de l’offre et de la demande fait craindre le pire. Mais ce n’est pas l’Union Européenne qui agit en concert. Chaque pays tente de rassurer, en ouvrant les vannes, pour sauvegarder ses entreprises. L’Allemagne, chantre de la rigueur, va débourser 550 milliards d’Euros pour sauver SON économie. Les règles budgétaires ne sont plus qu’un lointain souvenir, et pourtant le réveil sera dur.

L’Espagne pour le moment gère d’abord l’urgence sanitaire et c’est normal. Le peuple espagnol, comme par le passé, fait preuve d’une dignité, d’un esprit de solidarité exemplaires. Les mesures prises, sévères, sont comprises parce qu’elles finiront par briser la chaine de contagion. Mais l’heure viendra où il faudra répondre aux impératifs économiques.

L’Europe a perdu une belle occasion d’organiser la solidarité, de montrer son unité et de convaincre les peuples qu’à 27 ils étaient plus forts. Malheureusement les égoïsmes ont primé, les premiers pays atteints ont été isolés, un peu stigmatisés, renforçant les nationalismes.

Tout le monde sait qu’à la sortie de la crise, il faudra une politique de relance massive. L’Union Européenne ne pourra survivre que si elle le fait en abandonnant les postures idéologiques et les intérêts égoïstes. Sinon les peuples se poseront une question essentielle, à savoir, à quoi sert la construction européenne, si elle ne protège pas ses citoyens, si en temps de crise elle referme les frontières. L’idéal Européen est réellement interpellé, par un virus.

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