Sortir de la pandémie

Gen(ret) Dominique Trinquand a fait partie du groupe des conseillers du Président français Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle.

Gen (ret) Dominique Trinquand a fait partie du groupe des conseillers du Président français Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle.

Par Dominique Trinquand

L’horizon est fixé. En France, le 11 mai la plupart des activités devrait pouvoir reprendre. La maladie ne sera pas encore vaincue, mais alors que la médecine continuera de lutter, la société devra reprendre son cours. En effet, il est essentiel que le COVID 19 qui a contaminé les Hommes ne détruise pas la société en la figeant à l’arrêt.

Après six semaines de confinement et alors que dans deux semaines nous pourrions reprendre des activités antérieures, il est temps de faire le point sur les changements qui, progressivement ont pris place dans nos vies. Je n’aborderai évidemment pas les sujets domestiques, mais plutôt les sujets sociaux, car c’est de l’avenir et de la forme de la société dont il s’agit dans les semaines à venir.

L’homme est un animal social disait Aristote. Il est probable que ce qui nous a le plus manqué pendant la période qui vient de s’écouler était la relation humaine, ce « … luxe véritable.. » décrit par Antoine de Saint-Exupéry. Avec des limites encore nécessaires, ces relations humaines vont pouvoir s’étendre, et le travail qui est au cœur de la vie sociale doit reprendre. Dans les deux semaines qui viennent, c’est ce à quoi nous devons nous préparer. Comment ce que nous venons de vivre peut nous conduire à avoir un autre regard sur le travail ?  

Le travail sous toutes ses formes est un moteur qui pousse au dépassement et donne un rythme à la vie. Pendant le confinement, il a fallu trouver un autre rythme soit par le télétravail soit pendant la période de chômage imposée, soit dans le bouleversement domestique. Dans le premier cas, le mélange entre travail et vie domestique en un même lieu a conduit à une adaptation du lieu et du rythme pour faire cohabiter ces activités habituellement séparées.  Les outils de communication, déjà connus n’avaient pas encore été exploités complétement. Le confinement a conduit à découvrir et développer le travail à distance qui a profondément modifié les relations entre employés mais aussi au sein du foyer. Il faudra analyser toutes ces expériences pour en tirer le meilleur. Quand le travail n’était plus possible, car la présence faisait partie du travail, c’est son absence qui a permis de réfléchir au manque d’activité régulière qui à la fois rythme la vie mais aussi ouvre l’horizon aux autres. L’enrichissement produit par la rencontre des autres pour participer à une œuvre commune, la satisfaction du bel ouvrage, tout ceci est une part des joies de la vie. Le travail au foyer s’est aussi profondément modifié, avec les enfants, il a fallu se transformer en assistant d’éducation. Cela a probablement fait redécouvrir aux parents une part de l’enseignement qu’ils ne suivaient plus. Cette période a aussi permis de découvrir des métiers qui étaient négligés : aides-soignantes, éboueurs, caissières, livreurs…la reconnaissance qui leur a été manifestée ne sera pas suffisante, leur travail devra être reconsidéré.

Le travail sous toutes ses formes aura été profondément modifié par cette mise à distance d’activités propres à notre vie sociale, bureaux, usines, ateliers, écoles, magasins, restaurants…Quelles leçons tirons-nous de ces changements ? Que le travail est au cœur de nos vies, certainement, alors le passage du confinement à l’activité ne doit pas se faire comme si rien ne s’était passé. Puisons dans l’expérience de cette « période étrange » les ressources qui permettront d’améliorer notre relation au travail. Nous n’allons pas vers un monde nouveau, mais il sera certainement différent et à nous de le rendre meilleur. Confucius disait « choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie. » Aimer son travail découle bien sûr d’un choix initial mais aussi de la volonté mise à l’adapter pour qu’il corresponde à notre être.

Comme il est dans l’air du temps de parler de la Chine, en chinois le mot « crise » est composé de deux caractères, l’un veut dire danger, l’autre opportunité. Faisons en sorte que cette crise nous donne l’opportunité de revoir notre rapport au travail.   

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