Terrorisme : Appel à la vigilance

Par Ahmed Charaï

Quelques heures avant l’annonce de l’élimination d’Al-Baghdadi, calife autoproclamé de Daech, la DGSN marocaine a démantelé une cellule composée de 7 personnes. La nouveauté c’est que cette fois, les autorités ont saisi des armes sophistiquées et que le projet d’attentats était très avancé.

La vigilance des services marocains est notable. Leur efficacité est reconnue par leurs pairs européens et américains avec qui la collaboration dans cette guerre contre le terrorisme est réelle et très appréciée.
L’approche globale mise en place est très rationnelle, même si la mise à niveau du champ religieux n’est pas à son terme, malgré les efforts colossaux en matière de formation, notamment. Mais il n’y a pas de risque zéro et l’idéologie mortifère, véhiculée en interne, mais aussi au niveau régional, perdure malgré les coups portés au terrorisme jihadiste. Ce serait une erreur que de croire que l’élimination d’Al-Baghdadi, après la défaite militaire de son pseudo-califat, éteint toutes les menaces. Avant de créer la cellul qui a été démantelée récemment au Maroc, son émir avait tenté de rejoindre les jihadistes au Sahel où ils constituent un phénomène mouvant, que la présence militaire occidentale n’a pu enrayer. Le danger est donc toujours là.
La société marocaine a presque normalisé avec le fait terroriste. Aucune ONG n’appelle à manifester quand un projet est avorté grâce aux efforts des services. Quand des intellectuels sont menacés, seuls quelques manifestants répondent aux appels pour dénoncer les discours de haine. Après l’abject crime d’Imlil, les manifestations ont été très symboliques.
Le combat culturel, qui avait une certaine force après le 16 mai 2009, a beaucoup perdu de son acuité. Il faut assumer ses responsabilités et noter qu’il y a un manque de vigilance qui s’est installé et que la torpeur de la société vis-à-vis du fait terroriste est une évidence. Or, elle est dangereuse.
Il ne faut pas confondre manque de vigilance et résilience. Cette dernière est très positive parce qu’elle signifie que le terrorisme n’a pas installé la terreur, ce qui est son premier objectif. Le manque de vigilance, lui, signifie que les populations pensent que la lutte anti-terroriste est uniquement du ressort des sécuritaires. Les autres dimensions de cette lutte sont à l’abandon dans presque toutes les sphères. Les intellectuels, en général, ont déserté le combat et ne réagissent que lors d’événements meurtriers alors que cette bataille des idées ne peut se concevoir que de manière pérenne. A leur décharge, la vie culturelle dans son ensemble a perdu de sa vigueur, ce qui est en soi un drame, qui laisse à l’obscurantisme, matrice du Jihadisme terroriste, un terreau fertile.
Si nous voulons assécher les sources du terrorisme, la société ne peut pas laisser les sécuritaires seuls au front, au motif qu’ils font bien leur travail. Il faut au contraire une mobilisation de tout un chacun, sur tous les sujets qui concourent à l’avance obscurantiste.
Oulémas , intellectuels, ONG, enseignants, éducateurs, sont tous appelés à assumer leur rôle dans une lutte de longue haleine contre une menace très présente.

 

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