Conjoncture. Les Marocains doivent s’attendre au pire

Récession , hausse des impayés bancaires, aggravation du taux de chômage, détérioration de la situation budgétaire…Bank Al Maghrib dresse un tableau sombre de la conjoncture.

«Le scénario de reprise économique en V annoncé en juin dernier n’est plus à l’ordre du jour. La récession économique devrait atteindre 6,3% en 2020 au lieu de 5,2% prévu initialement sous l’effet conjugué des conditions climatiques défavorables et de la pandémie du Covid-19,», déclare le wali  de Bank al-Maghrib, Abdellatif Jouahri. La baisse serait, selon le scénario de la BAM, de 5,3% pour la valeur ajoutée agricole et de 6,3% pour celle des secteurs non agricoles. En 2021, la croissance économique rebondirait à 4,7%, avec  une augmentation de 12,6% de la valeur ajoutée agricole, sous l’hypothèse d’une récolte céréalière de 75 MQx ; et  une amélioration de la valeur ajoutée non agricole de 3,7%. «Ces perspectives restent entourées d’un niveau exceptionnellement élevé d’incertitudes liées à l’évolution de la pandémie, à l’ampleur de ses retombées ainsi qu’au rythme de la reprise de l’activité économique aussi bien au niveau national qu’international. Elles vont devoir être régulièrement actualisées », affirme Jouahri qui reconnait que pour le gouvernement, le choix entre la mort de l’économie et la mort à cause de la Covid, n’est pas du tout facile.

Sur le volet emploi, Bank Al Maghrib, se base sur les données du HCP pour évoquer une perte nette de 589 mille emplois au T2-2020, en comparaison avec T2-2019. « En outre, près des 2/3 des personnes ayant préservé leurs emplois ont travaillé moins que d’habitude et le volume horaire hebdomadaire par personne a reculé de 45 à 22 heures », souligne la BAM. Le taux de chômage s’est aggravé ainsi de 8,1% à 12,3%, avec en particulier une forte hausse de 36,1% à 47,4% pour les jeunes citadins de 15 à 24 ans.

Pour les IDE, la BAM prévoit un recul de 1,5% du PIB cette année, contre 2,9% en 2019, avant de revenir en 2021 au niveau moyen observé avant la crise.

Aggravation du déficit

Concernant les exportations, Bank Al Maghrib note un recul de 17% à fin juillet, tirées notamment par des replis des ventes de 28,7% pour le secteur automobile et de 29,5% pour le textile. Elles ressortiraient en repli de 16,6% pour l’ensemble de l’année 2020, avant d’augmenter de 22,4% en 2021, portées en particulier par la progression prévue des expéditions du secteur automobile. Côté importations, les chiffres montrent  une baisse de 17,5%, à fin juillet avec des régressions de 18,5% pour les biens d’équipement, de 24,8% des achats de produits finis de consommation et de 31,6% de la facture énergétique.  Pour 2020, leur contraction serait de 17,4% et serait suivie d’une hausse de 17% en 2021.  Les recettes de voyage connaitraient une diminution, revenant de 78,8 milliards de dirhams en 2019 à 23,9 milliards en 2020 et rebondiraient à 49,1 milliards en 2021.  Plus résilients à la crise, les transferts des MRE accuseraient une baisse limitée de 5% à 61,5 milliards avant de progresser de 2,4% à 63 milliards en 2021. Dans ces conditions, le déficit du compte courant devrait se creuser de 4,1% du PIB en 2019 à 6% en 2020 et s’alléger à 5,2% en 2021

Hausse des impayés bancaires

A fin juillet, le wali de Bank Al Maghrib parle d’une hausse de créances en souffrance qui avoisine les 7 MMDH  avec un taux de 8,1%. « Il faut attendre la fin de l’année pour évaluer la situation. Mais il faut savoir que tout ce qui est garanti par l’Etat représente un risque limité pour les banques. Pour les autres crédits, les banques vont négocier avec les emprunteurs au cas par cas », analyse Abdellatif Jouahri. En gros, le crédit bancaire au secteur non financier, a augmenté de 5,5% en décembre 2019 à 6% en juillet, avec notamment une accélération de la progression des prêts accordés aux entreprises privées. En revanche, le crédit aux ménages a connu une sensible décélération. Tenant compte de l’évolution prévue de l’activité économique, des effets escomptés du programme Intelaka et des mesures de soutien et de relance, sa hausse devrait avoisiner 4% aussi bien cette année qu’en 2021.

Détérioration de la situation budgétaire

D’après Jouahri, l’exécution budgétaire au titre des huit premiers mois de 2020 s’est soldée par un déficit de 46,5 milliards, contre 35,2 milliards un an auparavant et ce, compte tenu du solde positif de 9 milliards du Fonds spécial de la gestion de la pandémie. Dans le détail, les recettes ordinaires ont reculé de 6,5%, impactées par la baisse de 8,4% des rentrées fiscales  et les dépenses ordinaires ont augmenté de 4,3%, suite à la hausse de 8,3% des dépenses des autres biens et services. En revanche, les dépenses d’investissement ont diminué de 4,7% et celles au titre de la compensation de 6,4%. « A partir des données de la loi de finances rectificative 2020 et de la poursuite de la mobilisation des financements spécifiques en 2021, le déficit budgétaire, hors privatisation, devrait s’aggraver de 4,1% du PIB en 2019 à 7,9% cette année, avant de s’atténuer à 5,1% en 2021 », alerte Bank Al Maghrib. Concernant l’endettement du trésor, la banque centrale table sur une augmentation de l’ordre de 65% du PIB en 2019 et 76,1% en 2020 pour se situer à 75,9% en 2021. Sa composante intérieure progresserait de 50,9% du PIB en 2019 à 57,7% en 2020, avant de revenir à 56,6% en 2021. La dette extérieure du Trésor, par contre, passerait de 14% du PIB en 2019 à 18,4% en 2020 et à 19,3% en 2021.

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