L’art du décalé par Mouna Fassi Fihri

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‘Afin de dépoussiérer l’art artisanal et le rendre plus moderne, Mouna Fassi Fihri propose des formes contemporaines à la fois, design, décalées et utilitaires ‘

Enfant, Mouna aimait se perdre dans les dédales des ruelles de la médina de Fès, et se laissait surprendre lorsqu’apparaissaient le quartier des potiers, des dinandiers, ou celui des brodeuses de babouches. Après un Master en Finances à l’Université d’Aix en Provence, sa passion pour la décoration d’intérieur la démange. Le voyage, la découvertes d’autres cultures, ou encore courir les expos à Londres ou Paris, complètent son inspiration. Habiter Tanger fut un accomplissement car il est peu probable de se détourner de l’éclectisme et de la créativité qui y règne. Grâce au design, l’artiste chevronnée se livre à une fantaisie contrôlée, et se glisse hors des limites. Dans une démarche décomplexée, ses créations sont totalement libérées de l’impératif. Son travail se finalise entre les doigts d’habiles artisans à qui elle définit et trace le produit. Créatrice d’espaces, elle dessine ellemême les meubles pour générer une ambiance équilibrée et authentique.

Que cherchez-vous en mettant le design au service de l’artisanat ?

Bien que réalisé d’une manière 100% artisanale, le style de mon travail est assez moderne. L’idée est de moderniser le travail artisanal, en repoussant ses limites autant techniques qu’esthétiques, pour proposer autre chose. Dans la conscience des gens, le travail artisanal reste quelque chose de très limité, avec des modèles qu’on voit et qu’on revoit depuis des décennies, donc, j’ai voulu donner de nouvelles formes, plus contemporaines qui s’adaptent aux intérieurs modernes marocains. C’est une autre dimension, mon travail peut être considéré, sans prétention, comme une bouffée d’oxygène dans le style et la réalisation artisanale.

C’est le mobilier qui vous emballe ?

Oui, exactement, j’ai fait aussi des petites pièces décoratives qui sont plus à la portée des bourses et plus faciles à embarquer. En fait, à défaut de pouvoir prendre un meuble et de l’emmener chez soi, on peut repartir avec un modèle réduit ou une petite chose qui est tout à fait dans l’esprit de mon travail.

Vous avez un Master en Finances, mais vous avez préféré vous orienter vers le design. Pourquoi ?

C’est avant tout une passion qui m’habite depuis toute petite et je trouve formidable d’exercer un métier qui est une passion parce qu’on n’a pas l’impression de travailler. C’est un mode d’expression pour soi, au-delà de la parole, il y a l’idée, la forme et le mouvement dans le meuble qui révèle beaucoup de choses sur la personnalité de l’artiste.

Où avez-vous appris cet art ?

J’ai appris de manière tout à fait autodidacte, j’ai beaucoup regardé le travail des autres, j’ai cherché à affiner mon appréciation de l’art et donc mon acuité visuelle et intellectuelle s’est développée avec l’expérience de découvrir le travail des autres. Pour moi, c’est toujours une curiosité de comprendre la démarche artistique d’un créateur, un artiste, un peintre. De plus, mon mari est architecte, j’ai approché le côté technique et scientifique de la chose en collaborant avec lui, en ayant un regard sur son travail, et c’est là que j’ai développé ma personnalité professionnelle. Ça a été une recherche, un chemin de vie qui a abouti à cela, j’ai appris sur le chemin de ma vie, et je peux me définir comme un professionnel à part entière.

Ça fait longtemps que vous vous êtes lancée dans le design ?

J’ai commencé à faire du design il y a une dizaine d’années, très doucement, je travaillais avec des gens pour créer leurs intérieurs, et progressivement, ça a pris de l’ampleur. Puis, je me suis installée dans ce métier, j’ai pris de l’assurance et j’ai eu envie de créer mes propres formes, de me réaliser, tout à fait dans mes idées. Parce que quand on crée un intérieur pour quelqu’un, on cherche à correspondre à la personnalité de la personne pour laquelle on travaille, vu que c’est lui qui va vivre dans cet espace. Or le meuble me donne une liberté d’expression plus grande, et me permet de m’exprimer, moi, avec ma personne.

Le thème proposé par la Galerie H, c’est le voyage « Ici et ailleurs ». Comment avez-vous réussi à transposer cela dans vos oeuvres ?

En fait, l’idée du voyage, on la retrouve dans toutes les pièces exposées, j’ai par exemple un coffre qui simule une malle de voyage ancienne « Malle l’Othoman », et qui est un meuble qui peut servir de rangement dans une chambre à coucher, un dessous de lit. J’ai un fauteuil d’inspiration exotique, pourtant, il est 100% marocain, il est réalisé avec du bois marocain. Dans mes créations, les formes sont originales et un peu décalées, par rapport au modèle artisanal classique. On peut travailler de manière artisanale et faire des choses différentes du cliché artisanal ; c’est à la fois moderne, design et utilitaire, parfaitement adapté à nos intérieurs actuels. J’ai aussi créé un meuble à livre « Etagère Vibration », à l’image d’un électro encéphalogramme, sa forme évoque l’activité intellectuelle au moment de la lecture, et donc une activité cérébrale qui est en mouvement, d’où l’esthétique de la chose. En fait, c’est une façon de tourner en dérision un meuble à lire, qui au départ, peut être réduit à une simple étagère, j’essaie de sortir un peu des sentiers battus par cette forme qui monte et qui descend, toujours avec une touche marocaine. D’ailleurs, dans l’ensemble de mes créations, dans les formes que j’utilise, il y a toujours un petit rappel de marocanité, on retrouve des fois de la mosaïque, du Zellij,… ça fait partie de notre patrimoine. Du coup, on va souvent retrouver dans des meubles contemporains, un motif ancestral de style marocain, ce qui, à mon sens, n’est pas du tout incompatible ✱

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