Raphaël Sévère « Quand je compose, j’évite de tomber dans les répétitions » !

Raphaël Sévère

« Quand je compose, j’évite de tomber dans les répétitions » !

Apprécié pour son jeu racé et sa tenue stylistique, le clarinettiste breton d’une rare précocité, a charmé le public avec sa sonorité souple et soyeuse lors de la 19e édition du Printemps des Alizés à Essaouira. L’un des instrumentistes phares de sa génération, interprétant magistralement les grandes œuvres les plus variées, partage avec nous sa passion pour la composition et évoque sa relation affective avec la musique de chambre.

 

 

C’est la 1èrefois que vous vous produisez au Maroc. Quel est votre sentiment de jouer en concert d’ouverture à Dar Souiri ?

 

Je suis d’abord enchanté, c’est une magnifique organisation, on est très bien accueilli, le public était au rendez-vous, très enthousiaste avec une très belle écoute. Essaouira est vraiment splendide, c’est une ville fortifiée, il y a ici une atmosphère particulière qui fascine, c’est un endroit assez paradisiaque et puis, la nourriture est excellente (tajines, poissons…).

 

Dar Souiri, c’est un lieu mythique, qui a une âme…vous êtes un peu habitué à jouer dans ce genre d’endroits ?

 

La musique classique se joue souvent dans des endroits au patrimoine assez riche, avec de beaux cadres, on est habitués de jouer dans de beaux lieux mais là, c’est vraiment très beau, c’est intimiste…c’est un magnifique cadre pour la musique de chambre.

 

On vous sent plutôt à l’aise dans les œuvres que vous avez interprétées ?

 

Oui, on a joué le trio pour piano, opus 11, qui est assez inhabituel à l’époque, je pense même que c’est le premier. C’est une œuvre particulière, un mariage heureux : clarinette, et violoncelle, ça marche très bien, on a un mélange de tons, c’est bien choisi…Les concerts de Beethoven sont toujours très enthousiasmants, il y en a pour tous les goûts, c’est à la fois profond, recherché et méticuleux. Il y a beaucoup d’humour et en même temps, c’est très brillant et assez varié. Pour le reste, ce sont des morceaux connus -clarinette et piano- de grands compositeurs comme Brahms ou Schuman, ce sont de très belles œuvres du romanisme allemand, et puis, Poulenc c’est très lyrique aussi, un concert chargé d’émotion.

 

Ce sont des compositeurs qui vous parlent particulièrement ?

 

Oui, Brahms et Schuman pour la clarinette, sont des compositeurs très importants, surtout Brahms, qui nous a laissé des pages sublimes, les sonates, le trio, le quintet, forcément il y a une affinité particulière avec ce compositeur. La sonate de Poulenc, c’est l’œuvre qui m’accompagne depuis mon enfance, que je joue et que j’ai joué le plus…donc, bien sûr, ce sont des œuvres dans lesquelles je suis particulièrement en confiance et que je connais bien.

 

Qu’est ce que vous aimez dans l’œuvre de Poulenc ?

 

Ce que j’adore, c’est qu’il y a un langage très particulier et atypique, on le reconnait tout de suite. Il y a une couleur, une harmonie qui lui est propre et qui lui appartient, il a une façon d’écrire qui se suit très bien, c’est très clair, on comprend ce qu’il veut, c’est très expressif, puis, je l’aime parce qu’il a beaucoup écrit pour les instruments à vents et c’est très varié.

 

Pourquoi la clarinette ?

 

Parce que mon père est clarinettiste, moi, j’ai grandi en entendant ce son et je voulais faire comme lui. C’est un choix que j’assume totalement.

 

Vous avez dit que c’était le son le plus proche de la voix humaine ?

 

Oui, c’est un des instruments les plus proches de la voix humaine avec le violoncelle. C’est proche parce qu’on travaille avec du souffle et puis, on peut faire partir le son de rien, jusqu’à très fort. La clarinette a une belle variété de timbres, on peut produire pas mal de couleurs, on peut avoir quelque chose de très agressif, de chaleureux, …et donc, c’est assez proche de la voix.

 

Que signifie pour vous la musique de chambre ?

 

C’est le répertoire qui nous emmène vers la musique de chambre, on a des œuvres magnifiques. Plusieurs grands compositeurs comme Brahms, Schuman ou Mozart ont écrit pour la clarinette en musique de chambre, c’est pour cela qu’on en fait beaucoup. Ça n’a rien à voir avec les concertos, ce sont de vrais échanges, de vrais dialogues, c’est beaucoup d’expériences et de rencontres…

 

Vous aimez composez aussi.

 

Oui, je compose de plus en plus, j’adore cela, je fais cela depuis tout petit et au départ, je ne voulais pas le rendre trop public parce qu’on a déjà tout fait dans ce domaine. Mais lorsque je jouais autre chose dans les cadres privés, les gens appréciaient mon jeu et me conseillaient de développer mes morceaux. Avec le temps, j’ai commencé à avoir des commandes et j’écris de plus en plus de choses. C’est que du plaisir et de passion !

 

Avez-vous un « mood » particulier pour composer ?

 

J’essaie de faire quelque chose de varié, pas répétitif. Quand je compose et que j’ai une idée en tête, ça sort spontanément, après, il y a un gros travail derrière. C’est par période, il y a des périodes chargées où je voyage beaucoup et où je donne pleins de concerts, et une période plutôt creuse que je consacre à la composition. Il y a des jours où c’est un peu le syndrome de la page blanche et des jours où je vais développer une idée, et là, je peux travailler toute la journée.

 

Qu’est ce qui vous inspire pour la composition ?

 

Ça peut être tout et n’importe quoi. Je me mets au piano, et puis, d’un seul coup, c’est instantané. Des fois, j’improvise et puis, j’essaie de développer l’idée et c’est surtout cela qui est difficile !

 

Si vous aviez à choisir entre interprète et compositeur ?

 

Compositeur mais malheureusement aujourd’hui, il y a peut être une dizaine de compositeurs qui arrivent à vivre de musique classique dans le monde !

 

Comment se démarquer de la masse et avoir son propre style, dans un milieu déjà saturé ?

 

C’est beaucoup de chance, il faut rencontrer les bonnes personnes, écrire de bonnes choses, ça ne suffit pas, c’est sûr.

 

Vos projets ?

 

Un enregistrement. Il y en a un qui est sorti il n’y a pas longtemps qui a été un beau succès ; il y a un été de festivals, de concerts, puis, j’ai eu une très belle commande de l’Orchestre de Bretagne en France qui m’a commandé un concerto clarinette, et que je vais écrire pour l’année prochaine. Ça doit évoquer la musique populaire bretonne et tout le folklore breton : légendes et paysages… C’est de là d’où je viens, je suis né à Rennes, et donc, ça doit couler de source.

Accroche

 La clarinette a une belle variété de timbres. Ça peut être très agressif ou chaleureux…, c’est assez proche de la voix humaine.

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