Dr. Mohcine Benzakour Psycho-sociologue et médiateur : « Les personnes ayant des idées suicidaires ne sont pas irrécupérables »

Dr. Mohcine Benzakour Psycho-sociologue et médiateur

 

Le suicide n’est pas une fatalité. Le silence doit être brisé sur ce phénomène dans notre pays et des actions concrètes doivent être menées, sans tarder. Surtout que des solutions existent.

L’observateur du Maroc et d’afrique : comment peut-on en arriver à attenter à sa propre vie ?
Dr. Mohcine Benzakour : Deux facteurs essentiels peuvent expliquer le passage à l’acte. Un individu peut mettre fin à ses jours sous l’impact d’une hystérie totale qui peut être provoquée et aggravée par la consommation de drogues. Mais, il peut aussi attenter à sa vie sous l’emprise des idées noires. Ces dernières ont un rapport étroit avec un déséquilibre social qui peut résulter chez les jeunes d’une déchirure familiale, de la déscolarisation à un âge précoce, de la pauvreté, du chômage, d’un divorce violent, la perte de son emploi… Il y a d’autres facteurs aussi cruciaux tels la prédisposition génétique de certaines personnes au suicide et la fragilité psy- chique. Ces personnes ne sont pas pré- munies contre les attaques sociales que représentent les épreuves de la vie. Si ces facteurs se réunissent et que l’individu est

sous l’emprise de la drogue ; les crises qui sont gérées « normalement » par les autres, prennent pour lui les allures d’épreuves insoutenables. N’ayant pas acquis cette immunité psychique résultant du cumul d’expériences et permettant d’affronter les crises, souvent ces personnes en finissent avec la vie en se représentant la mort comme une issue leur permettant une fuite à leur mal être.

Les rescapés des tentatives de suicide sont-ils récupérables ? Spécialement ceux accros à la drogue…
Effectivement, ils sont récupérables à condition d’être pris en charge. Pour commencer ils doivent subir un sevrage des drogues pour se sortir de l’addiction, ensuite ils doivent suivre une thérapie psy- chologique et chimique. Les médicaments serviront à accompagner le suivi psy- chique. Pour qu’au bout de son traitement un individu ne replonge pas dans l’addic- tion et ne développe pas un comportement récidiviste en retrouvant son milieu « natu- rel », il a besoin du soutien de son environ- nement social. Si les mêmes conditions persistent, il se retrouvera dans le même processus l’ayant conduit auparavant à l’addiction et par extension au suicide.

comment y remédier sachant que l’on ne peut pas changer radicalement un milieu favorisant ces comportements ?

Pour y remédier, dans d’autres pays, on a développé le système de médiation sociale qui a réalisé de bons résultats avec les personnes touchées. Ce sont des groupes d’écoute placés sous la tutelle du minis- tère des affaires sociales. Dans le cas de la province de Chefchaouen, un site large- ment touché, de telles unités devraient être installées sur place pour assurer l’accompagnement des jeunes ayant suivis des thérapies de désintoxication et post-suicide. C’est une solution adé- quate qui assurera le suivi quotidien de ces personnes fragilisées pour faciliter leur réintégration dans le tissu social. Ceci tout en évitant et en prévoyant tout risque de rechute ou de récidive. Des médiateurs sociaux, de préférences ori- ginaires de la même région, seront for- més à ce métier afin d’assurer un suivi de proximité, d’orienter et de proposer des solutions adéquates et rapides sans besoin de se déplacer jusqu’aux centres lointains. C’est là que l’on peut évoquer le rôle des élus locaux, de l’école et de la société civile dans la prévention et la médiation sociale. Ceci sans oublier les volets sécuritaire et économique qui devraient suivre et assurer un environ- nement plus sain et moins hostile .

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