Free Fire, un danger qui nous guette

En mai dernier, ce le jeu mobile a atteint un record de 80 millions d’utilisateurs actifs par jour.

En mai dernier, ce le jeu mobile a atteint un record de 80 millions d’utilisateurs actifs par jour.

 

Blue Whale Challenge, Free Fire…l’addiction aux jeux vidéo et mobile s’étend et s’est accentuée encore plus pendant la période du confinement. Signaux d’alerte et pistes pour s’en sortir.

 

Mounia Kabiri Kettani

 

Un enfant de 11 ans peut passer 48h à jouer au « Free Fire » sans aucune pause. Sa mère s’est levée le matin pour le couvrir, il s’est réveillé, s’est mis en position du tir comme s’il allait tuer quelqu’un avec un revolver, a commencé à parler tout seul et s’est rendormi.

La mère est inquiète pour la santé de son enfant. Elle publie un post sur un groupe privé sur Facebook afin de chercher une solution pour stopper l’addiction de son fils. Elle regrette amèrement de lui avoir acheté un smartphone durant ce confinement. Selon elle, l’objectif était de lui permettre de suivre ses études à distance. Mais l’enfant s’est progressivement isolé, ne sortant que peu de sa chambre ou tardivement la nuit, refusant progressivement de partager les repas familiaux, coupant presque toute communication avec ses parents, passant beaucoup de temps sur son mobile à jouer à son jeu favori. Un autre post d’une autre femme fait froid dans le dos.

Cette fois-ci, le concerné est un père de famille âgé de 37 ans. Il jouait de façon raisonné jusqu’à ce confinement où il devient tellement accro qu’il ramène sa femme et ses enfants pour vivre chez sa mère. Cette décision avait pour objectif de se rapprocher de son frère de 24 ans, lui aussi accro. Ils s’enferment tous les deux dans une chambre jour et nuit, n’ont plus d’activité sociale et ne communiquent plus avec leur famille. Selon la femme, son mari prétend qu’il travaille, alors qu’elle le surprend tout le temps en train de jouer.   Malgré les promesses, les menaces et les supplications, il ne change pas d’attitude depuis des mois même s’il est dans une situation financière délicate.

Ces témoignages reflètent la souffrance de certaines personnes avec leurs proches qui sont tombés dans le piège de l’addiction au fameux « Free Fire ». Notons qu’il s’agit d’un jeu de combat et de guerre où un ensemble d’une cinquantaine de soldats vont être libérés dans une île abandonnée afin de survivre.

Un engouement inquiétant

En mai dernier, selon l’éditeur Garena basé à Singapour, le jeu mobile a atteint un record de 80 millions d’utilisateurs actifs par jour. Un autre signe que les jeux se renforcent pendant la pandémie. Le record précédent en mars était de 60 millions d’utilisateurs actifs quotidiens. Dans l’ensemble, les revenus ajustés de Garena pour le divertissement numérique au cours du premier trimestre clos le 31 mars se sont élevés à 512,4 millions de dollars, en hausse de 30,3% d’une année sur l’autre par rapport à 393,3 millions de dollars. Free Fire a été classée au troisième rang mondial par les téléchargements pour Google Play dans la catégorie des jeux mobiles au premier trimestre 2020 et comptait 402,1 millions d’utilisateurs actifs trimestriels, en hausse de 48% pour l’année.

Signaux d’alerte

Cet engouement pour les jeux en ligne ou même mobiles n’est pas nouveau. Sous forme de défis, ces jeux sont pensés pour rendre l’utilisateur « accro » : les parties sont courtes, on progresse rapidement et les premiers niveaux sont faciles à atteindre. Résultat, le joueur se pique au jeu, a envie de continuer et de faire d’autres parties. Une contagion difficile à stopper…Depuis 2018, l’OMS a déclaré l’addiction aux jeux vidéo comme une maladie mentale. De nombreux cas de joueurs compulsifs incapables de se détacher de leur jeu, au point d’abandonner toute vie sociale et de mettre en danger leur santé ont en effet été décrits. Selon Dounia Semmar, psychologue, « la dépendance au jeu vidéo ou mobile désigne un trouble psychologique caractérisant un besoin irrésistible et obsessionnel de jouer à un jeu.

Comment déceler l’addiction ?

«Chez l’adulte comme chez l’adolescent, il faut se méfier de plusieurs signes. On parle d’addiction quand le jeu devient le principal centre d’intérêt, voire l’unique, au détriment des autres activités (relationnelle, artistique, scolaire, sportive…)», explique la psychologue qui ajoute aussi que ces jeux font essentiellement des ravages chez ceux qui sont en difficulté, en souffrance; qui ont vécu des épisodes difficiles qu’ils ne parviennent pas à évacuer, à dépasser. « Pour les adolescents, une baisse des résultats scolaires sera visible, pour les adultes des difficultés professionnelles apparaîtront.

A cela s’ajoute une alimentation déséquilibrée, des troubles de sommeil, de l’anxiété, de l’agressivité…. Ces derniers symptômes sont identiques à ceux de l’addiction au casinos et autres jeux d’argent », détaille Semmar.

Pour s’en sortir, la psychologue note que la première étape de la guérison est la prise de conscience de l’addiction. Ensuite «le joueur va avoir besoin d’aide extérieure. Parce que finalement, il ne s’agit pas d’arrêter de jouer aux jeux vidéo et mobile mais de faire en sorte que le jeu ne devienne plus un refuge », conclut Semmar.

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Commentaires (2)
  1. Fikri Asmaa

    Cet article décrit exactement la galère de la plupart des parents que je connaisse avec leurs enfants y compris moi même surtout durant et après le confinement .
    Il faut tirer une sonnette d’alarme et réagir le plus vite possible avant qu’il ne soit trop tard.

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  2. Abidi

    Bonjour,
    L’article relate la réalité de plusieurs familles avec ces nouvelles addictions que sont pires que d’autres dans la mesure qu’elles agissent directement sur la socialité des personnes les isolent et leur enlèvent toute envie pour pratique autre activité sportive ou autre.
    Est ce que les pouvoirs publiques n’ont pas de rôle à jouer face à ces nouvelles malédictions, laissant les parents et la familles batailler tous seuls ???

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