« Hors la loi » pour libérer les corps et les esprits

 

 

Toujours aussi mobilisés, les activistes de « Hors la loi » ne baissent pas les bras. Le combat pour les libertés individuelles et pour le droit de disposer de son corps continue après un an de son lancement

 

Par Hayat Kamal Idrissi

 

« Nous, citoyennes et citoyens marocains, déclarons que nous sommes hors-la-loi ! », c’est en ces termes que le collectif a déclaré le début de son action, il y a un an. Créée suite à l’arrestation de la journaliste Hajar Raissouni et son accusation d’avoir avorté dans un cabinet privé à Rabat, il est lancé dans un premier temps sur les réseaux sociaux.  Le manifeste fondateur du mouvement n’y va pas par quatre chemins : On réclame le respect des libertés individuelles dans leur sens le plus large et on décriminalise les relations consensuelles entre adultes !

« Nous étions plus de 15.000 à nous mobiliser autour du manifeste. Le Maroc est rempli d’autres Hajar, d’autres victimes, directes et indirectes de la criminalisation des libertés individuelles », affirme-t-on auprès de Hors la loi. Un constat que le nombre d’affaires aux tribunaux et les chroniques judicaires des quotidiens confirment chaque jour. « Elles nous écrivent tous les jours pour témoigner de leurs vies brisées, nous remercier de porter leurs voix, nous demander ou nous offrir de l’aide », nous confie Karima Nadir, poète et activiste leader du mouvement.  D’après cette dernière, le collectif a suscité une vague d’espoir. « Nous avons décidé de poursuivre avec un seul mot d’ordre : Tous et toutes hors la loi jusqu’à ce que la loi change ».

Redoutable 490

La loi en question n’est autre que le fameux article 490 du code pénal marocain. Ce dernier stipule qu’elles sont passibles «d’emprisonnement d’un mois à un an toutes personnes de sexe différent qui, n’étant pas unies par les liens du mariage, ont entre elles des relations sexuelles». Aussi le très controversé article 453 exposant à l’emprisonnement  toute personne pratiquant l’avortement. Deux lois qui sont dans la ligne de mire des féministes et des défenseurs des droits humains car minant le fondement même des libertés individuelles.

«Abrogation des lois discriminatoires à l’égard des femmes», «Décriminalisations de l’avortement médical et des relations consensuelles entre adultes», «Respect de l’intimité, de la dignité et de l’inviolabilité du corps des femmes» sont autant de slogans et de hachtags ayant été largement partagés sur les réseaux sociaux suite au déclenchement  de l’affaire Raissouni. Au-delà du large mouvement de solidarité, une réclamation a vite pris forme: Droit à l’avortement et à disposer librement de son corps.

Alignement socio-légal

Le collectif « Hors la loi » est né d’ailleurs de cette forte gestation  et de ce débat social. Des associations féministes aux militants des Droits humains en passant par les chercheurs universitaires, les sociologues et des simples citoyens, un même leitmotiv et un même constat : il est temps de changer les lois et les mentalités pour suivre l’évolution de la société marocaine.

« Notre première action était de faire recours aux mesures édictées par la constitution marocaine de 2011 afin d’encourager les citoyennes et citoyens à participer directement au changement. Nous avons lancé une  pétition parlementaire. Nous avons pu récolter près de 3000 signatures », ajoute-t-on auprès de Hors la loi.  Juste un peu plus de la moitié du seuil requis. Raisons ? Les activistes du collectif ont découvert que la plupart des jeunes et des citoyens ne sont pas inscrits sur les listes électorales, condition sin qua non pour pouvoir signer une pétition !!!

Mais la reconnaissance venue d’ailleurs à travers la consécration par le Prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes, rechargera les batteries du collectif. Les volontaires descendent sur le terrain à la rencontre des signataires. Si la pandémie du Covid-19 stoppe provisoirement leur élan, ils n’en sont pas moins actifs sur les réseaux sociaux.

 

 

«Après le scandale de Sofia Taloni, ce sont des milliers de jeunes de la communauté LGBTQ+, en désarroi, qui inondent nos messageries. Plusieurs adolescents sont au bord du suicide. Nous leur offrons une écoute, une orientation, une alternative… Mais c’est insuffisant. Nous nous sentons parfois impuissants », regrette Karima Nadir.

A Hors la loi, on considère que l’inexistence du droit fondamental de disposer de son corps cause des « dégâts ravageurs » : Viol, harcèlement, suicide mais aussi pédophilie… Pour le collectif, seule la liberté de disposer de son corps peut venir à bout de ces phénomènes malsains. En attendant, le combat de Hors la loi continue !

 

 

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