Immobilier: Sans aide, le secteur est mort

L’immobilier agonise. Le secteur était déjà en mauvaise passe. Mais, la covid-19 a été le coup de grâce. Pour relancer la machine, les promoteurs ont une série de doléances. Objectifs : booster la demande et soutenir l’acquéreur.

Mounia Kabiri Kettani

«Nous comprenons parfaitement que l’Etat n’a pas la capacité aujourd’hui de subventionner les opérateurs. Et nous ne voulons rien pour nous. Si nous demandons quelque chose , c’est une aide frontale au profit du consommateur », lance d’emblée le vice-président de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers, Rachid Khayatey. Tout le monde le sait. Le secteur immobilier est dans l’impasse déjà depuis quelques années. Mais l’impact de la covid-19 a été « destructeur », comme le souligne Rachid Khayatey qui évoque une baisse drastique des transactions immobilières de presque 70%. Le professionnel est catégorique : « il faut réagir et agir en urgence surtout qu’en l’absence d’un plan de relance bien réfléchi, ce sont 300.000 emplois qui seront menacés de suppression lors des mois à venir, dans un secteur qui emploie plus d’un million de personnes dont 75% au niveau de la promotion immobilière ».

Agir sur la capacité d’acquisition

Le problème selon Khayatey ne réside ni dans la suroffre ni dans l’insuffisance de la demande. Ce n’est pas question de prix non. Qu’en est-il alors ? «la véritable problématique concerne plutôt la capacité d’acquisition d’un logement », insiste t-il.  La preuve : «même le logement social qui coûte 250.000 DH considéré à la portée de tout le monde, ne l’est plus aujourd’hui ».

Pour relancer le secteur, la loi de finances rectificative a introduit quelques « mesurettes » ciblant à la fois les acquéreurs et les promoteurs notamment à travers la suspension de l’application du référentiel des prix de l’immobilier, l’exonération totale du droit d’enregistrement au profit des acquéreurs des logements sociaux à 140.000  et à 250.000 DH jusqu’au 31 décembre 2020… « Ces mesures demeurent insuffisantes pour atteindre l’objectif escompté », juge le vice président de la FNPI. Solution ? «Nous nous sommes penchés sur la question et avons conclu que l’Etat doit aider le citoyen en cette période, c’est son devoir. Et le logement pour tous est un droit qu’il faut placer en tête des priorités », estime Rachid Khayatey.

Les 3 commandements de la FNPI

Aujourd’hui, la FNPI propose trois nouvelles mesures importantes. La première concerne la mise à jour et la refonte de certains textes de loi tels que l’article 11 de la loi 25-90. «Cette loi est pénalisante. Elle prévoit qu’un projet doit être achevé en une période de 3 ans mais ne prend pas en considération la taille de ce projet. Elle n’a pas été revue depuis 1992.  Et l’administration savait que c’est une aberration et donc fermait l’œil. Ce n’est que maintenant, en pleine crise, qu’on s’est réveillé pour exiger son application sur le terrain. C’est insensé ! », s’indigne Rachid Khayatey. Les promoteurs demandent aussi, la révision de la loi 107-12 relative à la VEFA afin de protéger les droits de l’acquéreur. En parallèle, la FNPI préconise l’assouplissement de certaines procédures administratives (délivrance des autorisations, réception des permis d’habitat…). Ici, Rachid Khayatey nous confie qu’une étude effectuée par l’ensemble de l’écosystème révèle que le délai administratif par projet est estimé à 13 mois. «Nous avons émis une série de solutions qui permettront de ramener la durée à 4 mois seulement, même si cela rete supérieure au délai moyen à l’international fixé à 3 mois », déclare t-il.

Le dernier volet, concerne le financement. Rachid Khayatey pointe du doigt les banques qui selon lui, ne jouent pas le jeu et continuent d’appliquer des taux d’intérêt élevés qui découragent de passer à l’acte d’achat. « il faut agir sur ces taux et surtout  faciliter l’octroi des crédits via l’allégement des conditions  et la réduction des délais de traitement des dossiers  », recommande le représentant de la FNPI qui propose aussi une aide étatique directe aux acquéreurs.

Revoir le mode d’urbanisme

En dehors de ces recommandations, Rachid Khayatey évoque le problème de l’urbanisme pratiqué au Maroc. «C’est un urbanisme de luxe qui ne tient pas compte de la réalité et qui provoque la dilapidation de tout le foncier.  Opter pour l’horizontalité au moment où le monde entier va vers la verticalité pour un urbanisme durable, est un mauvais choix qui mène finalement au surenchérissement des prix et donc à l’inadéquation entre l’offre et la demande », conclut-il.

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