Internats fermés. Des élèves dans la rue

 

A la province de Chefchouen, les dégâts du Covid-19 prennent une autre dimension. Beaucoup d’élèves vont quitter les bancs de l’école à cause de la fermeture des internats et des dar Talib…

 

Par Hayat Kamal Idrissi

 

Hiba a 13 ans. Originaire de douar Ikrawchen dans la province de Chefchouen, elle devrait poursuivre ses études au collège, à Bab Berred. Mais la fermeture de Dar Taliba à cause de la pandémie du Covid-19 a mis fin à ses projets. Son père, petit agriculteur aux prises avec son pain quotidien, est incapable de lui payer le loyer en ville. Peinant à entretenir ses cinq enfants, il ne pourra pas loger sa cadette à ses propres frais. Pas d’internat, pas d’études pour Hiba. Alors que ses camarades ont déjà entamé leur nouvelle année scolaire, la petite, pourtant bonne élève, se contentera d’aider sa mère dans les travaux ménagers à la bourgade.

Avenir pris en otage

«Beaucoup d’élèves et d’étudiants souffrent profondément de la fermeture des internats. Les familles n’ont pas de quoi manger, alors de là à parler de louer un appartement à leurs enfants en ville pour poursuivre leurs études, c’est une véritable aberration ! », s’insurge Abdelmajid Aharaz, acteur associatif à Bab Berred et influenceur faceboukien. Evoquant le grand taux de pauvreté dans les bourgades de la  province de Chefchouen, l’activiste décrit une situation critique.

« Cette décision a de lourdes répercussions sur l’avenir des élèves et risque de briser plusieurs familles, déjà trop éprouvées par la crise et par la pauvreté. Si on prive leurs enfants du droit à l’éducation, on les enfonce encore plus dans la misère », nous décrit au téléphone Aharaz.

« Plusieurs familles ont d’ailleurs fait le choix difficile de priver leurs enfants de l’école car incapables de payer les loyers trop chers en ville. Les communes locales doivent intervenir pour arrêter l’hémorragie », ajoute de son côté Abdelmounîim Boukhezar, acteur associatif à Bab Taza. Si la région connait un taux important de déperdition scolaire en temps normal, la pandémie a aggravé largement la situation.

Ecarts creusés

« La marginalisation et la situation socio-économique fragilisée des foyers dans les montagnes de Chefchouen ajoutée aux restrictions liées à la crise sanitaire du Covid-19 et la crise économique qui en résulte … tout ça plonge la région dans le marasme. Priver les enfants et les jeunes de leur droit à l’éducation est injuste », analyse Abdelmajid Aharaz. Pour sa part Abdenasser Bekkeur explique comment la fermeture des internats a saturé l’offre de transport scolaire disponible. « Les associations de transport scolaire actives dans les montagnes de Chefchouen se retrouvent submergées par une demande triplée ou quadruplée alors qu’elles sont incapables de combler la demande habituelle des années dernières. La raison ? Avec Covid-19, les transports scolaires ne doivent pas dépasser 50% de leur capacité ! Alors comment voulez-vous qu’ils assurent le transport des anciens et nouveaux utilisateurs !!! », soutient Bekkeur.

Pire encore, Covid-19 ou non, le transport scolaire dans sa version actuelle reste incapable de répondre à la demande locale. « Nous souffrons d’un grand manque de véhicules conjugué à l’éparpillement des  douars ciblés et l’inaccessibilité de certains par manque d’infrastructures et de routes », énumère-t-il. Un véritable casse tête où se mêlent plusieurs problématiques et dont le seul perdant reste les élèves de la région.

 

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