L7sla. Sonia Terrab en quête de réconciliation


Dans son nouveau documentaire L7sla (Impasse), Sonia Terrab filme avec nostalgie et amertume, et sans aucun jugement, une génération de jeunes laissés pour compte. Produit par 2MTV et Ali’n Production, l’œuvre de 60 minutes sera diffusée le Dimanche 18 octobre à 21h50 sur 2MTV
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Diffusé dans le cadre Des Histoires et des Hommes sur TV 2M, le nouveau documentaire de Sonia Terrab « L7sla » filme avec une grande maturité et justesse et un zest d’humanité une jeunesse dans l’impasse mais qui garde espoir ; une jeunesse désemparée, désabusée, en proie à toute sorte de drogues et qui reste pourtant digne.
L7sla veut dire l’impasse. Mais c’est aussi une des chansons mythiques du groupe Lemchaheb. Avec Jil Jilala et Nass El Ghiwane, Lemchaheb ont symbolisé dans les années 70 l’âge d’or de la musique populaire marocaine et également l’âme de Hay Mohammadi. Un quartier qui était alors « le » vivier de tant d’artistes, d’écrivains, de sportifs, qui ont fait la fierté du Maroc.
Cinquante ans plus tard, Sonia Terrab, la réalisatrice, est allée à la rencontre de ce passé glorieux. Si les anciens se remémorent avec nostalgie et fierté le passé glorieux du Hay, pour les plus jeunes, H&M (Hay Mohammadi comme ils l’appellent) « n’est plus qu’une périphérie pauvre de la métropole casablancaise où les âmes s’entassent et les rêves se brisent sur l’autel de la misère » nous dit-elle. En somme L7sla. « J’ai toujours été fan de Lemchaheb depuis toute petite, nous confie Sonia Terrab. Les gens connaissent Larbi Batma mais rarement Mohamed Batma ; moi, j’ai voulu un peu rendre hommage à ce poète méconnu. J’ai voulu aussi rendre hommage au groupe mythique Lemchaheb qui à mon sens, ont tout dit pendant les années 70,… leurs paroles sont toujours d’actualité, ils sont comme des visionnaires,… Après mon documentaire Sheakspeare El Bidaoui (2017), il m’arrivait d’écouter leur chanson L7sla, je savais que ça allait être mon 2ème film.

Une immersion au cœur du Hay Mohammadi (HM)

Son immersion durera un an. Elle suivra au quotidien et à différents moments de leur vie Neknouki, Mouad, Achraf, Wawa, Midou, Ayoub et tant d’autres. Elle prendra le temps de se faire accepter et donnera la parole à ceux qui s’estiment des « sans voix ». « C’est Baghi, fils de Hay Mohammadi, qui m’a aidé et introduit auprès de ses amis dans le derb et m’a fait accepter par la communauté, nous affirme Sonia. J’ai partagé beaucoup de moments avec eux, j’ai appris à les connaitre pendant 3 mois, je les accompagnais au stade, au café, …ce n’est qu’une fois qu’ils m’ont connu et m’ont fait confiance que j’ai pu commencer à filmer. Je suis devenue une des leurs… ».
Sans tabous, elle documente sans aucun jugement, des vies qui défilent et où chaque jour ressemble au précédent, encore et encore : derb, foot, drogue, petits deals, chômage, hrig, solidarité. Le tout sur fond de musique des années 70 dans un quartier en déperdition.


Un « besoin viscéral »

Un documentaire très personnel pour la réalisatrice qui avoue que c’était une « nécessité » et « un besoin viscéral » de le produire. « En 2012, nous dit-elle, je marchais dans la rue lorsque soudain, j’ai été agressée par une bande de jeunes au Bd Rachidi, plus précisément, les Ultras du Raja,… j’ai vu leurs yeux, ils étaient comme morts, drogués,… et bizarrement, ça ne m’a pas traumatisé, …toute cette colère traduisait certains travers de notre société, et ça hanté pendant un moment, je voulais comprendre cette jeunesse … je voulais aller vers ces mêmes personnes qui m’ont agressé, explique Terrab qui a tenu à filmer ces jeunes en meute : « J’ai voulu garder cet esprit de solidarité et de meute, explique-t-elle. On les voit souvent en groupe, je ne suis pas rentrée dans leur foyer pour les filmer à part un seul personnage, je voulais reproduire justement cet état de meute qui m’a agressé, …J’avais envie de filmer ces jeunes qu’on voit en meute dans la rue et de leur rendre leur dignité, …pour qu’il y ait cette réconciliation ».

Une ode à l’amitié, unis dans l’impasse, une identité en commun : l’amour du Hay.

Entre parole brute, nostalgie du passé et amour pour l’équipe de foot du Raja, portée par la musique du groupe Lemchaheb, le documentaire dresse le portrait d’un quartier qui devient ainsi un portrait d’une société, d’une jeunesse, d’un pays complexe, entre les poètes du passé et ceux du présent : cette nouvelle génération, perdue, incomprise, mais qui le plus souvent ne demande qu’à être entendue, reconnue.

« Je ne savais pas que le genre documentaire pouvait atteindre autant de personnes, affirme Nabil Ayouch. Avec notre première expérience, on a frôlé les 2 millions sur 2M…ça prouve que les gens veulent des œuvres de qualité, des films humains filmés avec le cœur qui parlent de la réalité de ce qu’ils vivent, de leur quotidien ».

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