Les sons d’une fresque

Latifa Raafat

La ville d’Agadir a joué gros et sans bluff son avenir à l’occasion du 10e festival Timitar Signes et Cultures, tenu du 26 au 29 juin. Une programmation délicatement chiadée pour un public, à l’arrivée, enchanté par des sonorités souvent aériennes.

Entre stars locales, nationales et internationales, le choix était difficile à opérer cette année. Les plus pernicieux auraient aimé départager ce monde dont les acteurs étaient si différents et en même temps complémentaires aux yeux d’un public de plus en plus présent, davantage fidèle. Dix ans de recherche et de défis, une décennie de remises en question pour arriver à un résultat scandaleusement satisfaisant. Sans rien ôter à sa mission première, Timitar a frappé fort lors de cette édition. Son thème, «Les artistes amazighes accueillent les musiques du monde», demeure intact, se développant en phase avec des engagements qui ne font que grandir un festival parti timidement pour exploser aux yeux du monde justement et de ses plus fins professionnels. Timitar mixe, depuis sa naissance, sons divers et préoccupations artistiques certaines, parfois aléatoires. Ce qui confirme un défrichement sans relâche. Celui d’un soldat du feu et de l’apaisement, Brahim El Mazned, directeur artistique du festival. S’il se retire quelque temps après la clôture de Timitar (et encore !) –il est conseiller des Arts populaires de Marrakech-, il remue ses contacts avec une opiniâtreté propre à un fondamentaliste extrémiste. Ce qui, fatalement, réjouit et illumine. Listons, pour ceux qui n’ont pas pu faire le déplacement, la panoplie d’artistes qui ont accompagné une présence populaire outrageusement fêtarde. Et commençons par la soirée de clôture dont les deux têtes d’affiche ont fini par instaurer un délire quasi généralisé. Nass El Ghiwane, emmenés par le patriarche de la formation d’origine Omar Essayed, ont déroulé le plus significatif de leur répertoire agrémenté de nouveautés et un extrait de l’album à venir, chanté en amazigh, une première dans la vie du combo. Pour boucler la boucle et mettre les Gadiris en émoi jusqu’à la rue qui n’a pas pu fouler l’espace Al Amal comble et enchanté, Khaled. L’Algérien qui court depuis près d’une quarantaine d’années a foudroyé, album 2013 sous le bras, un nouveau-né (un garçon !) plein les veines, les narines et le cœur. La vague humaine qui l’acclamait a eu son compte face à un artiste redoutable qui jauge ses foules. En somme, une clôture mouvementée et mémorable. L’Algérie a fait son show, précédemment dans le calendrier de cette dixième édition, grâce à une autre figure emblématique. Le Kabyle universalisé depuis quelques décennies Idir et dont le répertoire a fait l’objet de reprises interminables, par Khaled et Cheb Mami notamment. Artiste ample et généreux, pénétrant par la mélodie, le jeu et le texte. Volons maintenant au secours des occidentaux qui nous ont rendu visite. Nous pensons au porte étendard de la country des années 70 et 80, Kenny Rogers. A soixante-quinze hivers, il foule la scène Al Amal en héros simulant une jeunesse statique et touchante. Seulement, les nostalgiques et leurs rejetons étaient ravis et récitaient en chœurs ce que déclamait l’Ancien. D’un autre côté, deux jours auparavant et sur une autre scène, The Original Blues Brothers Band faisaient leur numéro en simulant des tours extra musicaux. Ce qui n’était pas pour déplaire. On a eu droit aussi et avec bonheur au grand Ismaël Lo, fin musicien folk africain (Sénégalais), adepte comme une flopée d’artistes à travers la planète de Bob Dylan. Avec un cœur gros comme ça, il a saisi et émerveillé. La Française Nolwenn Leroy n’a pas démérité malgré son discours breton récurrent. Son jeu de violon, son charme et son trémoussement ont dû frapper les esprits. Arrivons à l’immense libanais Marcel Khalifa. Sa prestation au Théâtre de Verdure (et privée) n’a fait que confirmer devant un parterre acquis un talent inégalé et enviable. Sa chère compatriote Majda Roumi, terrible chanteuse donnant dans le classique moderne et au sourire ravageur a ébloui de sincérité. Par prolongement, parlons des hôtes en évoquant, d’abord et par délicatesse naturelle, la grande et définitivement incontournable Latifa Raafat. Ses indéfinissables cordes vocables, son élégance et sa manière d’entretenir le public resteront à jamais propres à elle. Ainsi perdure-t-elle. On citera aussi tous les artistes locaux dont Fatima Tabaamrant, Oudaden, Rays Elhaj Ider…, qui accueillaient tout ce beau monde et ceux qui assurent autrement la relève comme Ribab Fusion, Jbara, Ahmed Soultane, Fnaïre, Hoba Hoba Spirit et autres DJ’s. Timitar n’est pas seulement un festival. Il est ce qu’il n’avoue pas : un envoûteurкупить чугунную сковороду москва

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