Les Turcs fatigués des belles paroles européennes

UE- TURQUIE La France et l’Allemagne font encore une fois miroiter à Ankara une reprise des négociations d’adhésion à l’Europe.
Cela s’appelle un «frémissement». Reste à savoir s’ il recouvre une réalité ou s’ il exprime seulement une volonté quelque peu opportuniste de caresser dans le sens du poil la Turquie, puissance économique et allié stratégique fondamental de l’Otan. Au moment où la Croatie est aux portes de l’Union Européenne, l’Allemagne et la France font quoi qu’il en soit de (très) petits pas en faveur d’une reprise des discussions sur le serpent de mer qu’est devenue l’adhésion d’Ankara à l’UE. En février dernier, la chancelière allemande Angela Merkel – qui depuis son arrivée au pouvoir en 2005 a tout fait pour freiner ce processus – a pris soin, à la veille de sa visite à Ankara, d’appeler à un «nouveau départ» dans les discussions en vue de cette intégration.

Les précisions qu’elle y apporte indiquent toutefois que cette évolution relève surtout d’une bonne manière face à un pays où sont déployés 280 soldats allemands et deux batteries de missiles Patriot à la frontière avec la Syrie dans le cadre d’une opération de l’Otan visant à protéger la Turquie contre une éventuelle agression du régime de Bachar el-Assad. «Il y a encore un long chemin à parcourir», observe en effet la chancelière sans cacher un «scepticisme » d’autant plus fort qu’elle a l’oeil rivé sur les législatives de septembre en Allemagne et que près des deux tiers des Allemands sont opposés à cette adhésion. Paris veut «compenser» la loi pénalisant le génocide arménien L’annonce par la France – l’autre grand pays européen qui s’oppose à l’intégration – du déblocage de l’un des volets des négociations pourrait relever d’une volonté d’apaisement analogue à l’égard d’Ankara.

Nicolas Sarkozy avait fait une partie de sa campagne présidentielle victorieuse de 2007 sur le « non » à la Turquie en Europe. Son successeur à l’Elysée amorce un prudent virage qui vise aussi sans doute à «compenser» la promesse du candidat socialiste Hollande de faire adopter une nouvelle loi pénalisant la négation du génocide arménien, hantise des Turcs. En réalité, la perspective de voir un pays de 75 millions d’habitants se lasser et se détourner d’une zone euro frappée par la crise financière inquiète les Européens. La Turquie est en effet classée au 17ème rang économique mondial et au septième rang européen (Russie comprise) et Ankara se voit même comme la première économie européenne en 2050 en dépit du contrecoup en 2012 de ses deux années précédentes de croissance record…Or au fil des années et des frustrations, l’opinion turque est de moins en moins europhile : 43% seulement des Turcs se disent prêts aujourd’hui à voter «oui» à un référendum sur l’adhésion à l’UE.

Les Turcs fatigués des belles paroles européennes

Ancrage à l’Est ou à l’Ouest ? Pour enfoncer le clou, Recep Tayyip Erdogan ne s’est pas privé de laisser entendre que la patience d’Ankara avait des limites. «Si la Turquie n’est pas membre d’ici 2023, nous nous détournerons de l’Union Européenne», affirmait-il fin janvier. Si la question de l’ancrage de la Turquie à l’Est ou à l’Ouest est classique, le blocage à Bruxelles, la question de Chypre, la réduction de la part de l’Europe dans sa balance commerciale (moins de 40 %) et la crise du Vieux Continent l’ont relancé avec force. Avant les révoltes arabes, Ankara envisageait même la création d’une zone de libre-échange avec le Liban et la Jordanie et lorgnait du côté de la Russie et de l’Iran, ses deux principaux fournisseurs d’énergie. Mais ces «printemps» et surtout la révolution en Syrie – où Ankara soutient sans ambiguïté l’opposition au grand dam de Téhéran et Moscou – ont contraint les Turcs à revenir à une diplomatie plus «classique » et à ses alliances traditionnelles, tout en développant débouchés et échanges avec les pays d’Asie, du Moyen-Orient et d’Afrique. Obama arrache la réconciliation avec Israël Cet échec d’une diplomatie turque «alternative» a de toute évidence permis à Barack Obama de mettre fin à plus de trois ans de brouille et de tensions entre Ankara et Tel-Aviv, deux alliés historiques au Proche-Orient.

A la dernière minute de sa visite en Israël le 22 mars, le président américain a obtenu que le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, appelle depuis la voiture qui le ramenait à l’aéroport son homologue turc pour s’excuser de l’arraisonnement sanglant par Israël d’une flottille humanitaire pour Gaza en mai 2010. Un grand pas vers une réconciliation et un rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays que la guerre en Syrie et le programme nucléaire iranien inquiètent au plus haut point. L’agacement manifesté la semaine dernière par les Israéliens contre la volonté de Recep Tayyip Erdogan de se rendre à Gaza montre que la normalisation ne sera pas simple. Mais un pas essentiel a été fait grâce aux excuses arrachées par Obama…qui restent d’ailleurs le principal résultat de la visite du chef de l’exécutif américain à Tel Aviv ! Une jeunesse de plus en plus eurosceptique Le retour de la Turquie dans un giron occidental – qu’elle n’a d’ailleurs jamais vraiment quitté -, son potentiel économique en dépit du ralentissement de sa croissance, sa politique d’apaisement à l’égard des Kurdes et son engagement anti-Assad en Syrie expliquent le «frémissement » allemand et français.

Encore faudrait-il que celui-ci soit suivi d’effet. Car si officiellement Ankara est toujours en «négociations» avec l’UE, ce maintien dans un statut intermédiaire irrite beaucoup de Turcs tandis que les doutes sur une possible intégration de la Turquie se multiplient surtout dans la jeunesse. Du coup, l’euro – scepticisme fait des pas de géant dans ce pays où la moitié de la population a moins de 30 ans et où les jeunes n’ont connu leur pays que comme «candidat». D’autant que l’exemple grec et chypriote nourrit la crainte d’une certaine intrusion dans les affaires intérieures du pays… Autant dire que la préoccupation exprimée par le chef de la diplomatie allemande est largement fondée. «Si nous n’y prêtons pas attention, affirmaitil récemment, l’heure va venir où l’Europe sera plus intéressée par la Turquie que la Turquie par l’Europe».acheter les stimulateurs de clitoris

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