L’heure des leurres

Algérie Bouteflika

Algérie La succession de Bouteflika s’organise autour d’une stratégie où chaque clan avance à pas feutré et susurre des noms de «prétendants» pour donner l’impression d’une vraie compétition.

Opération de communication ratée ? Ou volonté de signifier qu’à défaut d’être bien remis de son accident vasculaire cérébral (AVC), Abdelaziz Bouteflika est (un peu) moins mal que le veut la rumeur ? Il est difficile vue l’opacité ambiante au sommet de l’Etat algérien d’interpréter la diffusion le 12 juin par la télévision d’une image – muette – du président algérien au cinquantième jour de son hospitalisation à Paris. Robe de chambre noire, tasse de café dans la main droite, bras gauche de toute évidence paralysé, Bouteflika a visiblement grand besoin de la « réadaptation fonctionnelle » mise en avant par Alger pour expliquer la durée de son hospitalisation parisienne. On est loin de l’AVC « sans gravité » annoncé dans un premier temps. En effet, le chef de l’Etat n’est toujours pas rentré à Alger. Et, après sa sortie de l’hôpital militaire du Val de Grâce, une convalescence en Suisse ou ailleurs n’a même pas été jugée possible puisqu’il a été transféré aux Invalides, un autre établissement hospitalier militaire à Paris. Autant dire que c’est grave.
Combler le vide
On sait cependant désormais que le Président algérien est vivant – ce qui écarte au moins pour l’instant la mise en application de l’article 88 de la Constitution prévoyant sa destitution en cas « d’empêchement » – et que sa convalescence sera longue. Mais ce n’est déjà plus vraiment un enjeu décisif. Car si le régime semble vouloir ne pas convoquer de présidentielle anticipée avant l’heure, c’est à dire avril 2014 – l’armée a opposé une fin de non recevoir à tous les appels réclamant la destitution de Bouteflika -, tout est fait pour maintenir l’illusion d’une gouvernance « normale » s’accommodant sans difficulté de son absence.
C’est sans doute ainsi qu’il faut interpréter la visite aux Invalides que lui ont rendu le premier ministre Abdelmalek Sellal et le chef d’état-major de l’armée, le général Gaïd Salah. Le premier était là pour combler le vide et incarner la continuité de la vie institutionnelle au moment où la Banque d’Algérie publie un rapport alarmant sur les perspectives économiques en raison de la baisse des prix pétroliers et des exportations d’hydrocarbures et de la hausse constante des dépenses d’importation. La présence du second, Gaïd Salah, vise à montrer que l’armée veille à la souveraineté du pays en ces temps de tempête extérieure, particulièrement au Mali et en Libye. Le tout avec la bénédiction présidentielle…ce qui n’est pas forcément vrai.

Agencer un paysage politique crédible
La « coordination » affichée entre le chef de l’Etat et ses deux interlocuteurs a quoi qu’il en soit un double intérêt : permettre non seulement de préparer la succession, mais aussi gagner le temps nécessaire pour organiser celle-ci au mieux…. La longue absence de Bouteflika a du coup sonné l’heure des leurres et des ballons d’essai à Alger. Un certain nombre de personnalités politiques sont sorties du bois, des ambitions se sont révélées. Cela permet à ceux qui, dans l’ombre, ont la haute main sur la succession d’agencer à partir de là un paysage politique crédible…
Car il n’est pas facile pour des « décideurs » divisés et ayant des stratégies et des intérêts souvent divergents de trouver un consensus sur le futur
« élu ». Depuis le transfert de Bouteflika en France, qui a accéléré le calendrier prévu, le patron des services secrets – le DRS, la colonne vertébrale du régime – et les chefs de l’armée multiplieraient conclaves et consultations. Certaines de ces
réunions seraient élargies aux anciens militaires en retraite pour faciliter le consensus traditionnel.
En attendant, les leurres foisonnent. Le battage autour d’un possible rappel de l’ancien président Liamine Zéroual relève sans doute de cela. Pour croire en une telle hypothèse, il faut vraiment avoir oublié l’énergie déployée par les « décideurs » pour amener Zeroual à la démission à la fin des années 90 – comme il faut avoir oublié les évènements sanglants de 1997 et la campagne médiatique violente menée contre son bras droit, le général Mohamed Betchine…

Rien n’est possible sans la confiance de l’armée
Reste que ce type de « rumeurs informées » fait partie d’une stratégie où chaque clan avance à pas feutré et calculé et susurre des noms de « prétendants » pour donner l’impression d’une vraie compétition.
L’actuel Premier ministre, Abdelmalek Sellal en fait partie, d’autant qu’il occupe le terrain depuis que Bouteflika s’efface doucement mais sûrement des écrans radars… Ali Benflis, muet depuis sa déconvenue à la présidentielle de 2004, refait surface. Idem pour l’ex chef de gouvernement Ahmed Benbitour. L’ancien premier ministre Ahmed Ouyahia, donné longtemps comme le « technocrate » favori des « décideurs » de l’armée et du DRS, est trop silencieux pour ne plus être dans la course. Mouloud Hamrouche, chef de file des réformateurs et personnalité connue pour sa compétence et sa rigueur dans la gestion de l’Etat et l’Economie se tait, conscient que sans la confiance de l’armée, la disqualification est certaine, convaincu sans doute aussi qu’il est trop tôt… Si la liste est loin d’être exhaustive, le verrouillage de la communication autour de la maladie du chef de l’État augure d’une quasi certitude :
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