Libre cours

Naim KAMAL

LE MOUVEMENT DE L’UNICITE et de la Réforme a organisé au théâtre Mohammed V de Rabat son deuxième festival d’al amdah (les louanges du prophète). Une bonne occasion de rendre hommage au grand Abdelhadi Belkhyate qui, après une longue carrière de «lalla ou moulati», s’est converti dans le chant religieux. Tout arrive avec l’âge. Même si pour la vérité historique il faut dire que Belkhayate avait été pris plus tôt par les démons du soufisme. Le théâtre a affiché complet, les frères ont chanté, transé, ce qui est une autre forme de danse et il n’y a rien à redire. Nous sommes des millions et des millions de Marocains à organiser périodiquement des soirées de talba et d’almadihine. Mais nous sommes aussi des millions et des millions de Marocains à prendre également plaisir à écouter autre chose.

Les islamistes ont inventé une nouvelle notion pour leur art, l’art propre. Ce qui est déjà l’entame d’un débat qui ne sent pas bon. L’art est allergique à la machine à laver. Il n’y a pas d’art propre pas plus qu’il n’y a d’art sale. Il n’y a que les beaux arts. Et c’est au pluriel.

JUSQUE-LA IL N’Y AURAIT aucun problème si les frères du MUR-PJD n’avaient mobilisé ce festival pour souligner ostentatoirement que la leçon politique de cet évènement est qu’un autre art que celui du «dévergondage» est possible. Ce que nul ne peut leur contester. Sauf que quand ils parlent de «dévergondage» pour les autres, ils ne font pas seulement qu’insulter tous ceux qui ne sont pas de leur avis, mais glissent sur le terrain inquisitorial des jugements de valeur. Dès lors, les procès, les bûchers ne sont plus loin.

Les islamistes ont même inventé une nouvelle notion pour leur art, l’art propre. Ce qui est déjà l’entame d’un débat qui ne sent pas bon. L’art échappe par définition à la définition. Qu’il s’agisse de la musique, du cinéma, de la peinture ou de la sculpture, etc. on parlera d’écoles, de courants ou de tendances. Ils ne s’annulent pas mais se complètent et s’enrichissent mutuellement. La soul musique, d’essence religieuse, n’a pas remplacé la grande musique qui n’a pas non plus déserté les églises sans cesser d’enchanter les grands bals.

L’impressionnisme n’a pas tué le figuratif mais s’est inscrit dans sa continuité. Il y a l’art pour l’art et il y a l’art engagé. Celuici peut tout aussi bien servir les bonnes causes que se transformer en cauchemar. On a vu ce qu’il est devenu entre les mains des nazis, des staliniens et plus tard des maoïstes. Un outil de propagande. Figer la création dans un concept précis revient à l’embastiller. Le totalitarisme est alors à l’affût. L’art est allergique à la machine à laver. Il n’y a pas d’art propre pas plus qu’il n’y a d’art sale. Il n’y a que les beaux arts et c’est au pluriel. Le jour où les islamistes le comprendront, ce jour-là ils deviendront de vrais démocrates.korean to english translation

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