Libre cours

Naim KAMAL

MUSTAPHA EL KHALFI, MINISTRE de la Communication, porte-parole du gouvernement, a mis au défi les députés de trouver dans les cahiers des charges de l’audiovisuel public une seule disposition qui serait contraire à la Constitution du royaume. Pour du toupet c’en est vraiment un et de grand calibre. Ce qu’il essaye de faire oublier par là c’est qu’avant même d’entrer dans le vif du sujet des cahiers des charges, il s’est placé en dehors de la loi fondamentale. Les articles 92 et 93 sont d’une clarté irréprochable. C’est le Conseil du gouvernement qui délibère des politiques publiques et sectorielles et si les ministres sont en charge de leur application, chacun dans son secteur, ils sont tenus expressément d’en rendre compte au conseil.

Or aujourd’hui, personne ne nie que le ministre de la Communication a préparé et fait adopter les cahiers des charges dans le dos de ses confrères. Le vice se trouve donc en amont de leur élaboration et ne pouvait en conséquence que s’étendre à leur contenu pour se poursuivre jusqu’à leur mise en oeuvre.

Après la télévision, c’est le cinéma marocain qui est dans le collimateur des islamistes à travers cette curieuse notion qu’est «l’art propre». Le reste suivra.

Les juristes le savent bien, dans le domaine des lois, les questions de forme valent autant que les sujets de fond, voire les conditionnent. A LA LUMIÈRE DES DÉBATS qui ont suivi les cahiers des charges, ce contournement de la loi fondamentale apparaît pour ce qu’il est : un acte délibéré pour faire passer une vision spécifique de ce que devrait être l’audiovisuel public qui n’a jamais autant mal porté son nom.

L’énergie qu’a mise le ministre pour détailler les programmes en s’immisçant dans leur durée, leur temps de passage, leur contenu, la qualité des intervenants, n’avait, in fine, qu’un objectif, parsemer un peu partout les émissions des opérateurs publics d’obligations religieuses. C’est ainsi qu’à chaque tournure, on tombe sur le mot religion et hommes de religion alors même que celle-ci et ceux-ci ont une chaîne dédiée. Les Saoudiens, qui ne passent pas pour un modèle d’ouverture, ont mieux compris les missions et les fonctions de l’audiovisuel. Aux côtés d’Iqrae, ils ont bien donné naissance à Alarabia pour l’information et autres bouquets MBC et Rotana pour le divertissement dans ce qu’il a de plus attractif et ouvert.

Ce qui se profile en fait derrière la politique des islamistes, c’est une perception théocrate et autocrate de la société marocaine. Après la télévision c’est le cinéma marocain qui est dans le collimateur à travers cette curieuse notion qu’est «l’art propre». Le reste suivra : la peinture qui ne tache pas, le roman qui ne souille pas, la sculpture qui ne salit pas, la chanson qui n’enchante pas, pour finir par la l’abolition de la danse au profit de la transe.продвижение сайтов

laissez un commentaire

Commentaires (1)
  1. Belhaja

    « …..pour finir par la l’abolition de la danse au profit de la transe. »
    C est ce Naime là que j ai aimé durant les ans années 70 à coté de Jamii. ils (les deux) nous fascinaient; c est par leur cahier de cinéma que j ai pu comprendre et voir l Etat de siège; Ce sont eux qui m ont poussé à lire le livre de Frantz Fanon : »Les Damnés de la terre »,manifeste pour la lutte anticoloniale et l’émancipation du tiers-monde, préfacé par J.P. Sartre.
    Oui mon cher kamal; notre ministre de la communication préfère la transe , et pourquoi ne pas dire AJJADBA , au lieu de la danse classique ou moderne.

    Répondre