Mohamed Mouftakir raconte son confinement en noir et blanc !

Le confinement a été source d’inspiration pour plusieurs artistes. Et Mohamed Mouftakir en fait partie.  Choisi par le studio créatif Jawjab dans le cadre du « Living Times of Corona », tout comme Hicham Lasri, Raja Saddiki, Hassan Ouazzani ou Mohamed Achaour, le réalisateur de « L’automne des pommiers » a livré en son et en image son témoignage via un court métrage « Confinement » où il a fait parler l’enfant en lui. Une sorte d’introspection en isolement forcé qui lui a permis de « ressusciter son enfance » et de « renaitre ». Une œuvre poétique et touchante filmée en noir et blanc, et partagée entre le 18 et 22 mai sur le site de Jawjab et qui a déjà cumulé plus d’un million de vues.

 Par kawtar Firdaous

 

 Comment est née l’idée de réaliser un court métrage sur le confinement ?

En fait, j’ai été contacté par Younes Lazrak, le directeur général adjoint de Jawjab qui voulait que je raconte un point de vue personnel sur le confinement en 5/6 mn. C’est un court métrage que j’ai réalisé avec beaucoup de sincérité, et c’est ce qui fait sa force. J’étais dans une démarche purement cinématographique. Vous savez, le cinéma a toujours eu ce problème, celui de se chercher en permanence, et pour exister, il est obligé de se ressourcer (du théâtre, du roman, des Arts du spectacle en général….).

Le cinéma ne s’est jamais épanoui parce que le langage cinématographique se retrouve souvent au service de plusieurs choses, alors qu’un film doit être normalement pensé et réalisé dès le départ dans une configuration cinématographique, d’où l’intérêt d’expérimenter autre chose. Ce court métrage n’a pas été écrit, je n’avais pas de scénario, je cherchais mon film en tournant. La caméra servait de stylo, c-à-dire, je filmais, je jetais des plans, j’en gardais et rectifiais d’autres, et au fur et à mesure, le film s’est écrit avec une caméra, mon cellulaire, avec la lumière existante, les acteurs et le décor existant dans le but de créer une atmosphère.

Ce que j’ai appris de cette expérience, c’est que lorsque tu es dans une démarche purement sincère, si tu as quelque chose à dire, peu importe les moyens qu’on te donne, le résultat sera bluffant. Par contre, si tu as tous les moyens possibles et tu n’as rien à dire, tu ne diras rien !

 

Pourquoi avoir opté pour le noir et blanc ?

 

Le film est tourné comme une introspection, un voyage à l’intérieur de soi-même, donc, il n’y avait pas mieux que le noir et blanc pour servir cette idée et ressortir ce côté abstrait de l’oeuvre. C’est aussi un récit nostalgique. Il faudrait être dans ce ressenti. Le noir et blanc était la proposition de Adil El Fadili, mon complice et c’est lui qui me l’avait suggéré pour renforcer ce sentiment.

 

Vous avez choisi de filmer un enfant (votre neveu) pour faire passer le point de vue d’un adulte. Pourquoi ?

 

Oui, comme on est confiné et qu’on n’a pas le droit de sortir, j’ai tourné à la maison. J’ai filmé un enfant mais c’est l’adulte qui parle.  Dans ce confinement, on est tous devenus des enfants. D’ailleurs, dans un chaque artiste, il y a un enfant confiné. Le fait d’être confiné suite à cette pandémie, m’a permis de ressusciter mon enfance.  Vous savez, je suis confiné dans la maison où je suis né, dans la maison où j’ai grandi, chez mes parents. Et je vois aussi mon neveu évoluer dans cet espace où j’ai grandi et c’est ce qui m’a permis de faire ce voyage dans le temps. Je le vois monter le même escalier, je le vois effectuer les mêmes gestes que moi étant enfant, et évoluer dans ce même espace que moi jadis. Vous savez, la mémoire est une représentation du passé et non un retour du passé. On ne peut pas retourner en arrière. Et c’est ça ce qui a créé cette fenêtre, cet escalier, cette lumière, cette terrasse, …C’est là où j’ai grandi et où ma personnalité a été forgée, et donc ce rapport à cet enfant que j’étais en train de filmer dans un décor où j’ai grandi, m’a fait ressentir que la maison était devenue en quelque sorte, un fœtus. Il y a une renaissance de l’adulte après ce confinement. Et la renaissance de son enfance aussi. C’est une dualité : enfance, maturité et enfance, âge adulte.

 

Vous parlez de la nécessité d’écrire même quand on ne sait pas écrire. Pourquoi ?

 

Ça fait référence à l’histoire de Shahrazade dans les contes des milles et une nuit lorsque le sultan lui dit : « raconte une histoire ou je te tue ». En fait, en tant qu’artiste, tu dois raconter, te raconter et créer un récit autour de toi, sinon tu meurs.

On est en permanence dans cette reconstitution, cette recréation du récit pour pouvoir survivre. Sans récit, on n’a pas d’histoire, il faut dire qui on est. Je suis ma propre histoire, mon propre récit. Je suis tout un passé, je suis à la fois ce qui biologique, ce qui est génétique, ce qui est culturel, c’est ce qui constitue mon « MOI ». L’artiste est le thermomètre de la société par excellence, c’est un lanceur d’alerte par intuition.

 

Pensez-vous qu’on est plus créatif lorsqu’on se retrouve confiné ?

 

Je ne crois pas. Car souvent, les idées surgissent là où on ne les attend pas, dans les moments les moins propices pour la création.

L’artiste est un être confiné par essence, il est toujours en dialogue avec lui-même. Moi, je voyage dans mes rêves, mes lectures, dans n’importe quel endroit où je me trouve, c’est pour cela je n’ai pas besoin de voyager ou de me déplacer pour être heureux. Il suffit de donner libre court à mon imagination, et je me retrouve là où je veux.  Je ramène le monde chez moi, je ne suis pas obligé de me déplacer pour apprendre quoi que ce soit.

 

Comment avez-vous passé votre temps pendant le confinement ?

 

Pendant cette période de confinement, j’ai perdu le plaisir de lire. Je lis moins et je regarde moins de films. Pour moi, la lecture et regarder un film sont liés à un sentiment de liberté. Comme je lis énormément dehors dans les parcs ou les cafés, j’avais du mal à retrouver mes habitudes, enfermé dans un espace clos. Par contre, j’ai énormément écrit pendant ces 2 mois, j’ai aussi fait du sport, cuisiné, fait la sieste, et regardé plusieurs émissions culturelles.

 

Vous avez une préférence pour un livre ou un genre cinématographique donné ?

 

Non. Je suis plus fan des œuvres que par ceux qui les produisent. Je peux être admiratif pour l’œuvre mais jamais pour son auteur.

 

Vos projets après le déconfinement ?

 

J’écris le scénario de mon prochain film, en attendant le déconfinement pour sortir mon long métrage « l’automne des pommiers ».

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