Se moquer du monde

Vincent HERVOUET

L’élection présidentielle en France est une expérience qui relève de la psychanalyse nationale. Les Français se coltinent avec leurs passions, replongent dans le passé en quête d’une identité devenue insaisissable, éprouvent la puissance des symboles comme s’ils cherchaient un père de substitution, deux siècles après avoir tué Louis XVI. Et ce grand piétinement se fait comme toute analyse, à huis clos. L’écho du monde alentour parvient assourdi, comme à travers la porte (capitonnée !) du cabinet médical.

C’est d’ailleurs, l’aspect le plus frappant de cette campagne 2012. La France s’imagine le temps suspendu. Les grandes affaires internationales aussi. Comme si elles devaient attendre pour reprendre qu’un nouveau locataire s’installe à l’Elysée ou que le sortant voit son bail reconduit… L’actualité étrangère est donc reléguée en pages intérieures des journaux. Et les candidats se gardent bien d’en parler, sauf pour en tirer un avantage d’image. On a vu ainsi le François Hollande gagner Londres, Bruxelles et Berlin pour montrer qu’il y avait des relations et prendre une posture de chef d’Etat. Marine Le Pen s’est rendu à New-York, François Bayrou a fait le tour de l’Europe et même Jean-Luc Mélenchon a voulu prouver qu’il avait la fibre de l’International.

A ce jeu, Nicolas Sarkozy a évidemment une longueur d’avance et n’hésite pas à en profiter, comme ce coup de fil passé en vidéo-conférence à Barack Obama auquel deux journalistes auront pu assister. Le monde apparait ainsi comme un décor flatteur, un cadre pour le héros national. Mais en aucun cas, les grandes questions internationales n’auront été traitées de front par les candidats. C’est le paradoxe d’une élection dominée par une crise économique dont la dimension mondiale n’échappe à personne.

Impossible de savoir ce qui différence Sarkollande ou Mélenpen quant à la politique à mener face aux convulsions en Syrie, à la déstabilisation du Sahel, ou à la menace d’une guerre préventive lancée par les Israéliens pour enrayer la course au nucléaire des Iraniens.

Tous les candidats envisagent de relever les frontières pour se protéger des errements de la City, des réseaux mafieux ou des importations chinoises, chacun entonne un hymne au «Made in France» et on finirait par croire que la mondialisation est un choix à options, que l’Union Européenne peut revenir en arrière, qu’il suffit que l’Elysée l’ordonne pour qu’on rembobine le film… Sur les dossiers en souffrance, une véritable conspiration du silence a uni les candidats. Les institutions européennes sans cesse accusées de tous les maux contemporains auront ainsi servi de repoussoir universel.

C’est vrai que le travail pédagogique à infliger aux électeurs sur un dossier aussi aride pouvait rebuter n’importe quel candidat mais il aurait été instructif de savoir comment les uns et les autres envisageaient de relancer le chantier européen et de tirer les leçons de l’échec fédéral. De même, impossible de savoir ce qui différence Sarkollande ou Mélenpen quant à la politique à mener face aux convulsions en Syrie, à la déstabilisation du Sahel, ou à la menace d’une guerre préventive lancée par les Israéliens pour enrayer la course au nucléaire des Iraniens. Ce seront pourtant les premiers dossiers que le nouvel élu trouvera sur son bureau du faubourg Saint Honoré et les seuls sur lesquels il pourra imposer son autorité sans avoir à trop composer avec son opposition.

Un grand silence et une sorte de consensus mou se sont donc imposés pendant les mois qui ont précédé le premier tour. La prudence tacticienne masque mal l’absence de vista des différents candidats. Peut-être que les deux dernières semaines d’une campagne qui s’annonce acharnée permettront de sortir du déni. Et empêcheront les Français de croire que le prochain président pourra répondre à toutes leurs attentes en dehors des contraintes internationales. Il y a bien un moment où il faut cesser de se moquer du monde.сколько стоит продвижение сайта

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