Trait d’union : « Fragments » de Marilyn Monroe

Marilyn Monroe

Par : Jamila Arif
Contre toute attente, la rentrée littéraire française de 2010 a été marquée par celle dont on ne soupçonnait même pas qu’elle sache tenir un stylo : Marilyn Monroe ! On s’arrache ses « Fragments » de poésie, de lettres, et carnets intimes posthumes. Et tout le monde de s’étonner : « La plus belle femme du monde était aussi intelligente ! ».
L’incompatibilité d’un quelconque talent ou d’une sensibilité intellectuelle, littéraire et de la beauté, du sex-appeal reste un préjugé toujours bien ancré dans les mentalités, même 51 ans plus tard…
Marilyn Monroe, 51 ans déjà et toujours aussi fascinante. Sa mort date d’un demi-siècle, mais aujourd’hui encore, elle reste une légende vivante. C’est dans la nuit du 4 août 1962 que la star s’empoisonne à coup de barbituriques. Elle avait alors 36 ans. L’année précédant son décès, l’actrice vivait une période perturbée de sa vie. Elle venait de divorcer de l’écrivain Arthur Miller et sa carrière cinématographique était en berne .
Sa vie secrète, ses amours interdites fascinent encore. Dernièrement, c’est l’actrice américaine Michelle Williams qui s’est glissée dans la peau de Marilyn pour le biopic My week with
Marilyn. Il y a eu des centaines de romans, de recueils, de biographies, d’enquêtes, d’images et de bandes-dessinées. Tant d’ouvrages «sur» Marilyn Monroe, mais pas «de» Marilyn Monroe. Pour la première fois, un livre intitulé
« Fragments » a vu le jour avec pour signature ce nom qui déchaîne bien souvent les passions. L’ouvrage présente un recueil de poèmes, de carnets intimes de journaux, et de lettres ainsi que 33 photos personnelles couvrant une période allant de 1943 à la veille de la mort de la star. Les fans de l’icône glamour des années 50 vont découvrir une femme amatrice de grande littérature, et toucher la sensibilité intellectuelle de Marilyn, qui passait souvent pour plus superficielle qu’elle ne l’était. Bernard Comment, le coresponsable de l’editing chez Le Seuil, a livré quelques grandes lignes de l’ouvrage.
« Il y a une certaine mélancolie dans le ton du livre, et ce qui est très beau dans certaines notes est la façon avec laquelle s’associent les idées, même si elles sont disséminées sur la page », explique-t-il. Des références culturelles sont semées tout au long de l’œuvre, du dramaturge Arthur Miller, un de ses trois maris, au grand Samuel Beckett, en passant par James Joyce, écrivain du XIXe siècle. « On retrouve, dans ses textes très personnels, James Joyce, qu’elle avait découvert à vingt-six ans, en interprétant des extraits du mythique monologue de Molly. Elle admirait également Samuel Beckett, aux succès naissants, alors qu’elle fréquentait l’Actor’s Studio, à son arrivée à New York. Plus surprenante encore, sa fascination pour le barde Walt Whitman, le fondateur de la poésie américaine moderne », raconte Bernard Comment. Et d’ajouter : « Il n’y a pas de révélation fracassante mais pour la première fois peut-être on entre dans l’univers mental de Marilyn qui cherche à comprendre le monde qui l’entoure, ses relations aux autres, avec elle-même ».
Selon lui, la majeure partie du livre concerne les années 50, « au moment où elle quitte Hollywood, où elle vient d’enchaîner les succès, pour New York et l’Actor’s Studio ».
Dans « Fragments», la littérature est très présente, tout comme les textes des auteurs qu’elle a lus, même si elle y fait rarement directement référence.
Marilyn l’écrivain disposait également d’une importante bibliothèque regroupant tous les grands auteurs. Elle a été présentée lors d’une grande vente aux enchères de la maison Christie’s en 1999 au profit d’une association caritative pour les écrivains dans le besoin, selon Bernard Comment.
« Ce qui est bouleversant, c’est le regard qu’elle porte sur elle-même et sur le monde factice qui l’entoure, sur le travail d’actrice. C’est quelqu’un qui fait tout pour ne pas sombrer dans l’abîme, qui lutte avec ses mots », explique de son côté Caroline Gutmann, collaboratrice de B. Comment.
Justement, contrairement à une Marilyn qui a toujours souffert de son manque d’éducation et qui n’a eu de cesse d’apprendre et de se cultiver. Dans ses « Fragments », c’est d’ailleurs ce qui prédomine, cette volonté de s’en sortir, d’être « sauvée » par son travail, son attachement à son professeur d’art dramatique Lee Strasberg, sa carrière dont notamment la création d’une maison de production indépendante… Son physique et sa beauté sont très peu abordés dans sa prose, hormis un beau passage où elle n’ose croiser le reflet de son miroir, de peur d’y voir la tristesse de ses yeux (elle y compare ses vaisseaux à des rivières et ses cheveux à des serpents). La cause de son désespoir est davantage de ne pas être à la hauteur -intellectuelle- des proches qu’elle aime et admire, à commencer par son mari, Arthur Miller, que de s’inquiéter de sa beauté.
Dans ce livre, amplement commenté par de nombreux critiques, elle fait preuve de quelques fulgurances poétiques dont ses « haïkus » sur ses promenades nocturnes dans la ville où elle compare les immeubles à des squelettes ou encore son poème sur les ponts qui la rattachent à la vie malgré elle.
Le livre « Fragments »permet d’atteindre la réalité du mythe de Marilyn Monroe, de découvrir la sensibilité exacerbée, la véritable créativité, qui se cachaient derrière l’image de la blonde pulpeuse. Il nous révèle la grâce d’un être fragile, sujet à une perpétuelle introspection et en permanente quête d’amour. Elle demeure une étoile plus vive que jamais, sur le dallage maculé de Sunset boulevard.

Belle lecture !раскрутка сайтов

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