Transition énergétique : le Maroc doit revoir sa copie

Le CESE appelle à la révision de la stratégie énergétique adoptée en 2009. Insuffisances et recommandations.

Le CESE présente son avis sur la transition énergétique au Maroc. Constats: le Maroc est un pays particulièrement dépendant de l’extérieur pour son énergie, la  facture énergétique contribue significativement au déficit commercial du pays et met régulièrement une forte pression sur le budget de l’Etat (ou le budget des ménages et des entreprises) de manière exogène et difficile à anticiper. Pourtant, le Maroc, comme le précise le CESE, dispose d’un gisement d’énergie verte qui permettrait de le positionner entant que  leader de la transition énergétique.

Quantification des bénéfices

Sur la base d’une modélisation prospective 2030- 2040 et 2050, la transition énergétique pourrait selon le CESE pourrait faire baisser jusqu’ à 17% en 2050 la dépendance énergétique et la dépendance spécifique aux produits pétroliers.  La part des EnR pourrait atteindre 96% de la puissance installée du mix électrique et la facture énergétique pourrait se réduire de 12% alors que l’énergie consommée serait multipliée par 3. La balance des paiements serait allégée aussi de 74 MMDH en 2050 et le coût de revient moyen du kWh électrique sur le réseau pourrait baisser de près de 39%. Côté emplois, le CESE précise que la filière énergétique pourrait créer 300 000 emplois permanents. Et sur le volet émissions de gaz à effet de serre, les EnR permettraient une économie  de 30 % améliorant ainsi la santé de la population et renforçant l’atténuation face aux changements climatiques.

Limites de la stratégie énergétique

En soulignant toute la pertinence de la vision de la stratégie de 2009 et la rupture qu’elle a engagée, avec la volonté de porter la part des énergies renouvelables dans la puissance électrique installée à 42% en 2020 et à 52% en 2030, le CESE note, suite aux auditions avec les différentes parties prenantes, quelques insuffisances en matière d’implémentation de la dite stratégie. Ainsi, le CESE fait référence à des choix technologiques chers et un faible taux d’intégration industrielle locale : coût de revient du KWh: 1,62 Dhs pour Noor 1, 1,38 Dhs pour Noor 2 et 1,42 Dhs pour Noor 3, tandis le KWh est revendu à l’ONEE à 0,85 Dhs. Le CESE note aussi une libéralisation qui n’était pas bien préparée. Résultat : un  marché des hydrocarbures dysfonctionnel. Autre hics : une faible exécution des objectifs d’efficacité énergétique, un déséquilibre financier des entreprises publiques du secteur, une gouvernance inadaptée à l’évolution du secteur avec l’absence d’effectivité de l’ANRE, des tarifs et des modalités d’accès au réseau non explicitées  et un blocage de la loi 13-09 depuis une dizaine d’années . Le CESE met l’accent aussi sur la délimitation du périmètre d’activité de certaines entités qui reste floue (cas de l’AMEE et de la SIE). La décompensation a été également pointée du doigt. Selon le CESE celle-ci- a provoqué une augmentation structurelle des prix.

Recommandations phares

Pour rectifier le tir, le CESE met en place une série de recommandations. En gros : e conseil propose de mettre en place une nouvelle stratégie afin d’accélérer la transition énergétique et installer le Maroc dans la croissance verte.

Le CESE considère que la nouvelle stratégie énergétique devra  être socialement juste, équitable et inclusive, responsable sur le plan environnemental et soutenable sur le plan financier. Elle doit en définitive, permettre de bien gérer les impacts, en maitrisant et en minimisant les plus nocifs d’entre eux et en maximisant les plus avantageux pour l’ensemble de la communauté. Elle doit aussi être planifiée de manière holistique et s’articuler autour de l’augmentation de la part des EnR dans le mix énergétique, de la maitrise de la demande par la promotion de l’efficacité énergétique et de la production décentralisée, l’émergence et le développement de filières du futur autour du « Power to X », le soutien de l’innovation et de l’appropriation technologique au service de l’intégration industrielle. Le tout doit s’accompagner d’une refonte de la gouvernance pour s’adapter aux évolutions du secteur et d’une reconfiguration des politiques publiques qui touchent à l’énergie en traitant de manière coordonnée et intégrée, plusieurs politiques connexes, actuellement, pensées et élaborées en silos. Et pour réussir le pari : le CESE préconise de reposer la future stratégie sur une adhésion citoyenne élargie avec l’implication des citoyens et des territoires pour lier la transition énergétique aux enjeux du développement local

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