Transport : Les taxis terrassés par l’impact de la Covid-19

 

 

L’activité tourne au ralenti pour les chauffeurs de grands taxis. Les doléances sont nombreuses de ces autres victimes de la crise causée par le nouveau coronavirus.

 

Hayat Kamal Idrissi et Abdelhak Razek

 

Casablanca, 9h00 au centre ville, à Côté du H’yatt Regency. La station des grands taxis qui grouillait de monde en temps normal, est aujourd’hui déserte. Une vingtaine de taxis sont alignés, en file, portières désespérément ouvertes dans l’attente de clients qui ne viennent pas.  Les chauffeurs, résignés, sont installés à l’ombre des arbres, guettant des « places » qui tardent trop à arriver.

 

Longue attente

 

« J’attends depuis deux heures pour compléter les trois places autorisées. C’est quasiment mort. La recette ne suffit même pas à régler la facture du carburant ! », se lamente Said, la quarantaine, père de famille et chauffeur de grand taxi depuis plus de dix ans. Le taxi au complet enfin, il quitte la station sur les chapeaux de roues en cédant la place à Hamid qui est déjà préparé, psychiquement, à une attente qui risque de trop durer. « Mais je n’ai pas le choix. Je dois travailler et je dois absolument m’en sortir. Le propriétaire du taxi ne veut rien savoir ! Confinement ou pas, tant que son véhicule roule, il doit recevoir sa recette au complet. Mais avec les places réduites à trois, le grand manque de clients et l’activité commerciale et économique à l’arrêt, ça devient de plus en plus herculéen », nous explique, le verbe désolé, le jeune chauffeur en ajustant son masque.

 

Un mal double

 

Pour les chauffeurs de taxis, le mal est double en ces temps de crise. Au-delà des recettes largement réduites, se sont les charges qui n’ont pas changé et dont ils doivent s’acquitter coûte que coûte. « Les propriétaires d’agréments doivent être solidaires et réduire de moitié leur dû.  Vous pouvez juger vous-même ! Parfois, on trime toute la journée pour faire une recette qui ne dépasse pas les 200 dhs. Qu’allons-nous régler avec une telle somme, la facture du carburant ? La « recetta » du propriétaire ? Nos propres factures ? Nous vivotons à peine ! », s’insurge Khalid. Ce dernier nous affirme que depuis le début du confinement, le nombre des « aller-retour » pour l’axe centre-ville-Sidi Bernoussi, ne dépasse pas les trois tours. « Largement insuffisant ! Même le temps d’action est trop limité : de 5h du matin à 18h avec parfois une attente de trois heures pour racoler trois place ; je vous laisse imaginer la situation », rajoute-t-il, la mort dans l’âme, tandis qu’il s’active à décontaminer les sièges de son taxi.

Les produits désinfectants, une autre charge qui se rajoute au budget déjà trop éprouvé des chauffeurs. « Nous sommes trop soucieux de la sécurité de tous. Nous veillons à la désinfection régulière et continue de nos véhicules. Si certaines communes sont dépassées, nous nous en chargeons personnellement. Il en va de notre sécurité et celle de nos clients », nous assure Khalid en accueillant, soulagé, un premier passager et en guettant du regard un autre.  C’est une autre journée de confinement qui se profile avec ses attentes, ses craintes mais aussi avec ses espoirs de meilleurs lendemains.

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