TRIOMPHE TERRORISTE A TOMBOUCTOU

Vincent HERVOUET

S’il y avait un Prix annuel de l’Idiot Utile, le Capitaine Amadou Sanogo pourrait concourir. Sans attendre la fin 2012, on pourrait même poser sur sa casquette règlementaire de l’armée malienne la couronne de l’Idiot International. Avoir renversé le pouvoir du vieux président Amadou Toumani Touré au moment où celui-ci s’apprêtait à passer la main et que le Mali entrait en campagne (législatives, présidentielle et référendum constitutionnel) était déjà un pari étrange. Mais c’est un comble d’avoir justifié cette mutinerie en dénonçant l’incurie du pouvoir face à la rébellion touareg et de se retrouver dix jours plus tard, à la tête d’un pays coupé du monde et amputé des deux tiers…

En trois jours, les villes de Kidal, Gao et Tombouctou ont été conquises par les rebelles. Les bandes armées n’ont même pas eu à combattre. Il leur a suffi d’apparaitre pour que l’armée et ses supplétifs recrutés à la hâte se débandent. Les miliciens n’ont eu qu’à planter leur drapeau sur les casernes abandonnées, à se servir à l’armurerie et à jouir du butin. Cela a coupé court aux déclarations martiales et aux joies du pillage auxquelles le capitaine Sanogo et ses camarades de régiment s’étaient laissés aller à Bamako. Ils ont découvert un peu tard, une vérité soigneusement cachée : le pouvoir d’ATT reposait sur une illusion. Une poignée de sable.

Le rêve des putschistes s’est évanoui mais l’Etat malien lui aussi s’est dissout comme un mirage dans le désert. Le Mali lui-même n’a plus beaucoup de réalité. Au concours de l’Idiot utile, il faudrait réserver un lot à l’Otan. En envoyant Kadhafi en enfer, elle a libéré et armé les démons du Sahel. La légion Touareg qu’il employait et qui profitait de ses pétrodollars est sortie intacte de Libye. Avec ses armes (nombreuses) et la farouche volonté de continuer à en vivre, en guise de bagages. De 400 hommes à un millier, selon les estimations. Qui se sont lancés aussitôt à la recherche d’une autre manne. L’exemple offert par les terroristes d’AQMI enrichis de tous les trafics et des rançons soutirées aux Européens a suscité des vocations.

L’alliance qu’il a nouée avec les chefs d’AQMI ressemble à celle du Mollah Omar avec Ben Laden.

L’irrédentisme touareg dont les braises ne se sont jamais éteintes a de nouveau flambé. C’était prévisible. Personne n’a été surpris en décembre (et surtout pas les 200 000 civils qui se sont déplacés pour échapper au pire !). Mais ce que les experts n’avaient pas annoncé, c’est que la rébellion touareg soit rapidement débordée par les djihadistes. Que les combattants laïcs du Mouvement national pour l’indépendance de l’Azawad soient chassés vers le sud par leurs cousins islamistes qui ont fondé Ansar Dine. Les indépendantistes touaregs qui prétendaient régner sur ces immensités désertiques comme leurs ancêtres le faisaient avant la colonisation ont été chassés par leur frère Iyad Ag Ghaly qui, dans l’ombre, attendait son heure depuis longtemps. Eux aussi peuvent concourir au titre décidément disputé d’Idiots Utiles…
Depuis un an, le prétendu « printemps arabe » nous a habitués à l’accélération foudroyante de l’histoire et à toutes sortes de prodiges.

Que la loi islamique soit imposée à Tombouctou n’est pas le moindre. Les hôtels ont été pillés et les bars détruits, la musique prohibée tout comme les tenues occidentales, les femmes interdites de circuler en ville au risque de se faire enlever…
Et surtout, trois des quatre principaux chefs algériens d’AQMI débarquent dans la ville aux 333 saints ! Mokhtar Belmokhtar, le trafiquant borgne, Abou Zeid , l’exécuteur d’otages et Yahia Abou el Hamame, son lieutenant dont la mort avait été annoncée en Mauritanie, se retrouvent à la mosquée à palabrer avec les immans…

Pour la première fois, des terroristes qui se revendiquent d’Al Qaida contrôlent une ville. Et c’est dans une ville de légende qu’ils font régner leur loi. Iyad Al Ghaly s’appuie sur eux. Il les connait bien et depuis longtemps. Il a négocié pour le compte des Européens la libération des otages qu’ils détenaient. Il ne partage pas forcément leur férocité, le goût du carnage, la logique nihiliste. Mais le chef de guerre qui avait mené la rébellion Touareg des années 90 et négocié ensuite la paix avec Bamako s’est converti au djihad. Il se serait radicalisé au Pakistan et au contact des terroristes.

A l’automne, il a retrouvé des combattants de sa fraction des Irayakane revenus de Libye. Ensemble, ils ont appuyé le MLNA dans les combats avec l’armée malienne, la prise des bourgades d’Aguelok et de Tessalit. Mais l’heure de vérité a sonné avec la prise de Kidal, sa ville.

Ansar Dine s’est allié aux colonnes d’AQMI qui n’ont aucun scrupule à exécuter des prisonniers et qui disposent de puissants moyens. Ensemble, ils viennent de se débarrasser du MLNA, au moins pour un temps. Mais à terme, il n’est pas sûr qu’ils poursuivent le même but. Celui d’Iyad Al Ghaly est clair : la charia, pas l’indépendance. Son ambition est de conquérir tout le Mali, pas seulement de se tailler un fief touareg. L’alliance qu’il a nouée avec les chefs d’AQMI ressemble à celle du Mollah Omar avec Ben Laden. Il n’est pas dit qu’elle dure aussi longtemps. L’un des deux sera tôt ou tard l’idiot utile de l’autre.translation english to russian free

laissez un commentaire