Une disparition et c’est le blues du jazz

Blues jazz

Par : Anis hajjam
Le 10 janvier, l’un des organisateurs des plus grandes manifestations jazzistiques du monde (et au-delà) rendait l’âme : le Suisse Claude Nobs, patron, depuis 45 ans, du Montreux Jazz Festival. Il avait 76 ans et a succombé à un accident de sport de neige. Me voici parlant de lui, en utilisant partialement le JE, puisque l’ayant fréquenté pendant plusieurs éditions de son bien unique événement.

Jeune, très jeune, j’entends parler de ce festival de jazz déterminant, ouvert à d’autres expressions musicales et pas forcément soutenu par des puristes qui finissent par abdiquer. Le Montreux Jazz Festival (MJF), une force, une idée folle. Son principal promoteur, un cuisinier de formation et amoureux du jazz par délectation, décide de parler de son pari fou en 1965 lors d’un premier voyage aux Etats-Unis, à New York, où il rencontre en forçant leur porte, les frères Ertegun, patrons d’Atlantic Records. Proposition faite et idée bien accueillie : monter un festival de jazz en Suisse, mais à Montreux. Les Ertegun sont ravis et disent leur soutien à l’harmoniciste qu’est Nobs. Deux années plus tard, Claude et ses deux autres associés montent sur trois jours le premier festival vaudois, traitant exclusivement de jazz. Au menu : Keith Jarrett et Charles Lloyd. Les locaux apprécient et en redemandent. En 1968, Claude Nobs s’assure les services de Bill Evans et Nina Simone pendant que d’autres jouent du pavé. 1969 est déjà l’année de l’ouverture. Montreux se fait le plaisir périlleux de recevoir la formation blues rock Ten Years After en même temps qu’Ella Fitzgerald. Claude Nobs entend ratisser large, c’est ce qu’il réussit. Mais entrer très tôt dans l’histoire, ce n’et pas encore dans son récent souffle. En 1971, pendant la tenue du festival, Franck Zappa est en concert sur la première scène du festival- le Casino de la ville. Un détraqué met le feu. Panique générale pendant que le groupe Deep Purple enregistre l’album «Machine head» dans le bâtiment adjacent. Nobs se mêle à la foule, essayant de sauver les personnes qui se présentent à lui. Purple assistent en diagonal à l’évènement et composent dans la foulée «Smoke on the water» en citant Funky Claude, héros en sauvetage de SON public. Cette chanson devient l’une des plus citées de la carrière du groupe anglais. Les années passent et Nobs se réinvente. En 1991 et pour trois années, il propose à son vieil ami -Quincy Jones- de coproduire le festival. Ce qui débouche sur l’arrivée d’artistes r’n’b et hip hop. Avec Quincy, je parle et propose une interview. Il est disponible. Je la réalise sur trois jours. A l’époque, il était le mari de Nastasia Kinsky. Autre belle histoire –et j’en ai eu à Montreux !-, concerne ma non rencontre avec Miles Davis. Faisant la planque, comme nous disons dans le jargon du métier, je vois sa limousine arriver. Le temps de m’approcher, il est déjà sur scène, des gaillards impressionnants le «délocalisent». Mon grand dommage. En fréquentant et pendant quelques années le MJF, je rencontre Claude, un fou constructif, un patron chouchoutant ses seconds, maltraitant le présent pour que le futur soit meilleur. Notre fragile amitié nous conduit, tout de même, à présenter ensemble un MJF sur ARTE en 1993. Un jour, il me dit ceci de surprenant : « Il y en a qui disent que j’ai monté ce festival uniquement pour jouer de l’harmonica». Accordons-lui le fait que l’évènement demeure sien, que le lendemain prenne de sa graine pour aller de l’avant ou non, sachant que le sur-place ne nous embête pas. Claude aura fait du Nobs jusqu’au bout (même en passant la main) avec noblesse.раскрутка сайтов

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