Washington réduit le personnel des médias d’Etat chinois

USA-Chine
Le département d’Etat exige la réduction de l’effectif de 160 à 100 salariés dans les médias d’Etat chinois basés aux Etats-Unis.

 

L’Administration Trump a demandé aux principaux médias d’État chinois de réduire le nombre de ressortissants chinois aux États-Unis, en représailles des restrictions imposées aux médias américains par Pékin, depuis des années.

Des responsables du Département d’État ont déclaré lundi qu’un plafonnement du personnel était imposé à l’encontre de quatre médias chinois, les obligeant à réduire leurs employés chinois aux États-Unis à 100 au total, contre 160.

Les médias ciblés dont l’agence de presse Xinhua, China Radio International, China Global Television Network et China Daily, doivent respecter les nouvelles restrictions d’ici le 13 mars, ont indiqué les responsables américains. Ces médias expriment les opinions du gouvernement chinois. Et pour cause, le département d’État a déclaré le mois dernier que leurs activités aux États-Unis seraient soumises aux règles applicables aux missions étrangères au lieu d’être traitées comme des médias d’information indépendants.

L’Administration Trump a adopté une politique de tolérance zéro à l’égard de Pékin, en utilisant les tarifs douaniers, revus des investissements et d’autres outils comme moyen de sanctions contre ce qu’elle considère comme un manque de réciprocité dans le traitement que la Chine accorde aux entreprises, aux produits et, maintenant, aux organes de presse américains.

En annonçant les nouvelles restrictions, les responsables du Département d’État ont cité « une tendance négative persistante » dans le traitement réservé aux journalistes étrangers par Pékin.

Pékin a ordonné, en février, l’expulsion de trois journalistes du Wall Street Journal en représailles à un titre jugé raciste par Pékin et beaucoup de Chinois. Le titre de la tribune en question faisait référence à la Chine comme étant « le véritable homme malade de l’Asie ».

Les autorités américaines n’ont pas cité l’expulsion des journalistes du WSJ comme justification. A ce sujet, un haut fonctionnaire du Département d’État a qualifié l’expulsion des journalistes
d’« exemple flagrant ».

« Indépendamment des raisons que le gouvernement chinois peut avancer pour justifier l’expulsion de tel ou tel journaliste, il est clair que le Parti communiste chinois ne veut tout simplement pas que la lumière soit faite sur un large éventail d’activités, de politiques et de conditions quotidiennes, en Chine », a souligné le haut responsable de l’Administration.

Les médias concernés et l’ambassade de Chine n’ont pas répondu aux demandes de commentaires à ce sujet. Le ministère chinois des Affaires étrangères a précédemment déclaré qu’il avait le droit de déterminer quels organes de presse et journalistes étrangers seraient autorisés à rendre compte des faits depuis la Chine et qu’ils devaient respecter les lois chinoises.

William Lewis, le directeur général de Dow Jones & Co. et éditeur du WSJ, a déclaré dans un communiqué: « Notre objectif est de soutenir nos journalistes, leur travail et leur sécurité tout en tenant notre engagement à fournir aux lecteurs une bonne compréhension des questions importantes liées à la Chine ». Et M. Lewis d’ajouter « Nous n’avons pas demandé au gouvernement américain de prendre cette mesure ».

L’expulsion des journalistes du WSJ fût la première en son genre puisque c’était la première fois que Pékin a expulsé simultanément autant de journalistes d’un organisme de médias étranger en au moins quatre décennies. Le gouvernement communiste dirigé par le président Xi Jinping a intensifié la surveillance et la censure de l’expression en Chine en utilisant les visas et les cartes de presse, ainsi que le harcèlement policier, comme leviers pour intimider les journalistes étrangers basés en Chine.

Selon le département d’Etat, une centaine de journalistes américains travaillent pour des médias américains ou étrangers en Chine. En revanche, les États-Unis ont délivré des visas «I» pour les représentants des médias étrangers et leurs proches, dont 425 ressortissants chinois en 2019. Quant aux données concernant les proches autorisés à accompagner les journalistes américains en Chine, elles ne sont pas disponibles à ce stade.

Dans le cadre de la décision annoncée lundi, les responsables du département d’État ont affirmé que les Etats-Unis n’avaient pas expulsé des ressortissants chinois. Washington a plutôt fixé des plafonds laissant aux médias chinois le soin de décider du nombre et de la catégorie des employés : journalistes, cadres ou autres fonctions pour se conformer à la règle.

Interrogés sur la possibilité de représailles chinoises contre les journalistes américains en Chine suite à cette décision, les responsables américains y ont objecté, évoquant la nécessité d’une réciprocité.

« Nous ne disposons pas de beaucoup d’outils pour effectuer cela. Mais de là à permettre aux organes de propagande d’État de fonctionner librement aux États-Unis alors que les médias indépendants n’ont pas le même accès en Chine – il faut dire qu’il est grand temps de s’attaquer à ce problème », rétorqua un deuxième haut responsable.  « C’est le grand ménage. Nous aurions dû régler ce problème dans le passé. Mais nous y somme arrivés aujourd’hui ».

En resserrant les contrôles dans le pays, le gouvernement chinois a poussé les médias d’État à étendre leur présence à l’étranger pour promouvoir les positions de Pékin et influencer l’opinion publique internationale. Au cours des dernières années, leurs activités aux États-Unis ont été soumises au contrôle du Département d’État et du Département de la justice.

D’ailleurs, en février, le Département d’État a désigné les quatre organes de médias d’État – désormais soumis à des plafonnements d’effectifs-  comme « missions étrangères ». Une cinquième entité, le distributeur américain du quotidien chinois Poeple’s Daily, a fait l’objet de la même désignation, bien qu’il ne soit pas affecté par le plafonnement, car il ne compte que deux employés qui ne sont pas des ressortissants chinois, précisent les responsables américains.

Le statut de « missions étrangères », généralement réservé aux diplomates et aux représentants officiels des gouvernements étrangers aux États-Unis, a fourni une justification réglementaire de la nouvelle politique. En tant que missions étrangères, ces organismes de médias sont tenus de déclarer leurs effectifs et leurs propriétés au Département d’État. L’annonce faite lundi a donné aux quatre médias jusqu’à vendredi pour fournir les noms des salariés qui doivent quitter les Etats-Unis.

En vertu de ces restrictions – qui n’affectent pas les résidents légaux des États-Unis – China Radio International est limité à deux ressortissants chinois, China Daily peut en employer neuf, China Global Television Network est limité à 30, et l’agence de presse Xinhua 59. Cependant, le département d’État n’a pas fourni le nombre de ressortissants chinois qui travaillent actuellement dans ces organes de presse aux États-Unis

Le ministère de la Justice a également incité les médias Xinhua et le China Global Television Network à s’inscrire à la Foreign Agents Registration Act, (FARA) une loi adoptée en 1938, destinée à restreindre la propagande étrangère et à réglementer le plaidoyer des États étrangers aux États-Unis. Jusqu’à présent, la CGTN s’est conformée à cette loi. La chaine de télévision chinoise s’y est inscrite qualifiant la démarche d’ « excès de prudence, dans un esprit de coopération avec les autorités américaines ».

Après l’inscription de la CGTN, le comité qui contrôle les accréditations de presse au Capitol Hill a révoqué les cartes de presse de la chaîne, affirmant que les agents étrangers ne pouvaient pas en disposer. Sans cartes de presse, la chaîne a un accès limité au Capitol Hill. Quant à l’agence de presse  Xinhua , jusqu’à présent, elle conserve ses cartes de presse. Byron Tau a contribué à cet article.

Par Courtney McBride et Rebecca Ballhaus
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