Morgan Ji : Une âme de guerrière !

Venue présenter son dernier album « Woman soldier » au Tanjazz, la chanteuse et compositrice d’origine réunionnaise a envoûté le public avec sa voix sensuelle, animale et guerrière. Un univers fantastique qui prend aux tripes entre simplicité brute et haute technicité.

Après le Jazzablanca, vous voilà au Tanjazz.

Oui, je suis très honorée de participer à ce festival, il y a une énergie très positive de la part des gens, une douceur de vivre, une vraie chaleur qu’on ressent, donc, on a envie d’être à la hauteur.

Votre dernier album « Woman soldier » confirme en quelque sorte votre côté engagé ?

Vous savez, ce n’est pas toujours évident de faire de la musique quand on est une femme, il faut en vouloir, il faut persévérer et il ne faut pas se laisser abattre, il faut avoir une énergie un peu guerrière, et puis, c’est un album que j’avais envie de dédier en écriture à toutes les femmes, qui ont des combats. On peut mener un combat en élevant ses enfants chez soi, on peut mener un combat sur un champ de bataille, chacun a son combat et je suis assez sensible au fait que les femmes ont plus de liberté, plus de droits et plus d’égalité.

Vous êtes originaire de l’île de la Réunion. Comment voyez-vous l’évolution des droits des femmes là-bas ?

C’est difficile de dire cela sur une génération, on a plutôt des échos des anciens mais je crois que les choses sont amenées à changer. Vous savez, à la Réunion comme partout dans le monde, il y a des femmes dont les combats sont mis en valeur, et je pense que c’est inspirant pour beaucoup de générations ; internet est d’ailleurs un média qui permet de relayer ces informations. Quand on voit quelqu’un se battre et donner de l’énergie pour accomplir quelque chose, son énergie finit forcément par rayonner et donne aussi envie à d’autres femmes de faire de même !

Il y a dans le jazz un léger carcan par rapport à l’énergie « animale » que j’ai envie de véhiculer

Votre style musical, un mélange de rock, de folk et d’électro…pourquoi ce choix ?

Je suis arrivée dans la musique par le jazz, de par le timbre de ma voix. Je ressentais dans le jazz un léger carcan par rapport à l’énergie « animale » que j’avais envie de véhiculer, et donc j’avais envie de la transmettre cette énergie rock aussi, d’où le fait d’intégrer des moments un peu électriques. J’aime beaucoup le feeling du jazz mais j’aime aussi quand il y a l’énergie, l’électricité. Et puis, le côté électronique, c’est plus dans le process des gens en studio, sur le découpage de son, les créations…il y a un process éléctro, une énergie rock et puis une voix qui arrive du jazz.

Le banjo c’est un instrument qui vous tient à cœur ?

Oui c’est un instrument très roots. Dans les sonorités, j’aime beaucoup des instruments authentiques comme le gembri ou le banjo, et même si des fois, ils ne sonnent pas tout à fait juste, mais ils ont cette beauté et cette authenticité qui me touchent. Le banjo, je le joue sur scène avec des effets, des distorsions, des délais…l’idée c’est d’être en permanence dans la créativité sonore, que ce soit par rapport à la voix mais aussi par rapport à l’instrument. Je travaille en collaboration avec le réalisateur artistique r.k sur tous les albums, et on est vraiment dans cette démarche de création sonore. On a dans notre studio troglodytique des centaines d’objets usuels, des pelles, des pierres, du verre,… et on crée des sons avec ces matériaux, on y rajoute des effets, …en fait, cette démarche est très inspirante pour nous.

Les cris chamaniques dans la plupart de vos chansons, votre maquillage et votre look ethnique, ça fait partie de votre identité quelque part ?

Je ne peux pas faire autrement, ce sont des moments de liberté, une sorte d’exutoire où l’animalité peut prendre place, peut exister, c’est important de se laisser aller…La musique c’est la vie, c’est être sincère, se laisser aller par moment et avoir du lâcher prise. Après, on appelle cela cris, incantation…je ne sais pas mais c’est comme ça.

Vous avez toujours voulu faire de la musique ?

Aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours chanté ou fait de la musique même en étant enfant. Finalement, j’ai toujours fait de la musique, je fais aussi de la création visuelle puisque je réalise les visuels de l’album, je crée des vidéos clips,… La création a toujours été au cœur de ma vie, la peinture, le dessin, la vidéo, la musique, ça a toujours été très présent. Je me souviens, quand j’étais jeune, je passais des heures entières à dessiner, à chanter ou à jouer du piano. Je suis venue à la musique assez naturellement, ça m’a pris aux tripes et depuis, ça ne s’est plus arrêté !

Vous êtes à la fois chanteuse, musicienne, compositrice, vidéaste…quelle discipline vous ressemble le plus ?

C’est un mélange de toutes ces disciplines qui fait ce que je suis, et puis, il y a aussi les moments de vie qui rentrent en considération : l’automne par exemple est une saison très agréable pour la composition car on peut s’isoler chez soi, faire du feu puis créer. L’été, on a plus envie d’être sur scène puis par moment, on a besoin de se ressourcer et faire de la vidéo, ça nous permet d’avoir un regard complètement différent sur les choses, on lâche un peu prise sur la musique et quand on revient vers la musique, on a un regard neuf.

Des projets ?

J’ai des projets de clips ainsi que des tournées qui s’annoncent pour 2018. J’ai également des projets de collaboration avec d’autres artistes, c’est une pratique qui m’inspire énormément, notamment en vidéo. Je travaille actuellement avec des indiens du Rajasthan, d’ailleurs, je pars avec eux en Inde au mois de décembre pour les filmer et surtout me ressourcer.

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