Abir El Abed. « Non, je ne suis pas folle ! »

Agée de 28 ans, la chanteuse tangéroise connue pour son style arabo-judéo-andalous fait de plus en plus parler d’elle sur les réseaux sociaux. Après sa boule à zéro qui a choqué plus d’un, la voilà qu’elle récidive avec une vidéo devenue virale sur la toile…

 

En plein confinement, les fans de Abir El Abed découvrent une chanteuse méconnaissable. Dans un post Instagram où on la voit crâne rasé, l’artiste dément les rumeurs d’un quelconque cancer et revendique un acte à teneur féministe. « Il y a une mentalité prédominante, masculine, qui défend le fait que la féminité est liée aux cheveux longs, écrit-elle sur son post. Une femme aux cheveux courts n’en est donc pas une. Il faut cesser de propager ce mode de pensée ».

 

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Publiée par Abir El Abed sur Vendredi 12 juin 2020

 

Connue pour être une artiste posée et classique, la chanteuse choisit les médias pour s’expliquer sur son nouveau look et avouer devant le monde entier sa maladie de Trichotillamie – qui consiste à s’arracher malgré soi ses cheveux – dont elle souffre depuis une quizaine d’années et qui lui empoisonne la vie depuis son plus jeune âge.

Après cette révélation fracassante, la jeune chanteuse va encore plus loin et sort plus tard une vidéo, toujours sur son compte Instagram où elle parodie les instagrammeuses avec leur Giveaways. Sauf que cette fois, la parodie n’a pas été du goût de tout le monde !

Critiquée par plusieurs de ses fans, la vidéo qui a fait en quelques jours des milliers de vues a été mal interprétée par certains. Plusieurs followers croient à un vrai Giveaway, d’autres  plutôt déçus, trouvent cet « acte inapproprié », tandis que certains pensent qu’elle frôle la folie !

« C’était juste une plaisanterie », s’explique Abir El Abed, « Mon objectif n’était pas de faire le Buzz comme l’affirment certains. Je suis quelqu’un qui adore l’humour, je voulais juste dénoncer ces Giveaways qui inondent Instagram », précise la chanteuse qui assume plus que jamais son nouveau look et semble réconciliée une fois pour toute avec ses vieux démons.

 

 

 

Que répondez-vous aux gens qui ont été déçus par cette vidéo ou ceux qui croient que vous frôlez la folie ?

 

Je voulais juste rigoler entre amis et ça a fait 1 million de vue sur Facebook, je n’ai rien compris, parce que finalement, c’est ce que les gens veulent voir. Je ne m’attendais à ce que cette vidéo fasse un tel score, je n’ai jamais eu ce genre de vues pour une de mes chansons sur ma chaine Youtube ! Il y a des gens qui ont cru que je faisais un vrai Giveway, certains m’ont critiqué et n’ont pas compris que je faisais une parodie, alors que je me suis filmée chez moi !

 

 

Les gens ne voient en vous que le côté artistique, surtout quand on chante un style ancien, ils te collent une certaine image. On doit donc correspondre à une certaine image, avoir un certain caractère…moi, je suis du genre qui aime bien rigoler, j’adore plaisanter, c’est le côté humain de toute personne. Après, l’Art c’est l’Art, les gens ne font pas malheureusement la différence.

 

Cela fait 15 ans que vous souffrez de la maladie de la Trichotillomanie ? Diriez-vous que vous assumez aujourd’hui votre nouveau look ?

 

Exactement. Ça n’est pas venu du jour au lendemain. Cela fait très longtemps que je pense ça. Ça fait 15 ans que je souffre de cette maladie, et je peux dire que le confinement n’a pas arrangé les choses. Pendant plusieurs mois, il n’y avait plus de scène, plus de fêtes, je me suis dit que c’était l’occasion ou jamais pour me raser le crâne, histoire d’arrêter de m’arracher les cheveux. Et comme les salons de coiffure étaient fermés et que je ne pouvais plus entretenir ma perruque abîmée, c’était le moment idéal pour moi pour passer à autre chose. J’en avais assez des fausses apparences, je ne voulais plus faire semblant. C’était un peu mon auto thérapie à moi. Avant, j’étais intimement convaincue que le symbole de la beauté de la femme, c’était ses cheveux, je m’achetais pleins des perruques pour paraître coquette et présentable, mais là, je vois les choses autrement. J’ai donc décidé de faire la boule à zéro, et je me suis dit que ça sera le début de la guérison.

Ça m’a aussi permis de me délivrer de mes angoisses. Certaines personnes de mon entourage me menaçaient de divulguer mon secret mais là, je n’ai plus honte, j’assume qui je suis et je n’ai plus peur de parler ouvertement de ma maladie.

 

Est-ce que vous ne pensez que ça ne va pas desservir votre carrière de chanteuse ?

 

Non, pas du tout, je viens de tourner avec 2M une émission où on me voit chanter avec une « Tekchita », c’était magnifique. Mon nouveau look ne me dérange absolument pas.

 

Vous pensez vous orienter vers un nouveau style musical ?

 

Oui, à part la musique andalouse, je compte prochainement lancer un album avec mes propres compositions et mes propres paroles. Les  gens vont découvrir un nouveau style de musique avec une touche andalouse qui me ressemble. Je pense que lorsqu’on vient d’une école traditionnelle comme « Andaloussi », il ne faut pas se contenter des reprises. Il y a beaucoup d’interprètes qui chantent « Tourat », la relève est assurée. Pour se démarquer, il faut oser faire des chansons originales.

J’avais déjà fait un album « Andalusian Echoes » (2018) avec  l’Orchestre Andalou d’Amsterdam, et qui a été distribué en Hollande, mais je ne pense pas que les gens ont eu l’occasion de le découvrir. J’ai aussi chanté une chanson pour les mamans que j’ai composée moi-même. Mais là, je pense qu’il est temps de passer à autre chose.

Dans mon album, je vais essayer de faire une fusion où s’entremêlent plusieurs genres et rythmes : africains, espagnols (Flamenco), jazzy, Blues avec une touche andalouse… le tout sur fond de musique électronique. J’aimerais que ça parle aux jeunes Marocains et que ça puisse être aussi écouté à l’étranger. Ce sera une bonne combinaison entre l’artistique et le commercial, un album plus accessible à tous, et qui peut toucher le plus grand nombre.

 

Quels sont les sujets qui vous tiennent à cœur ?

 

La plupart de mes chansons racontent des histoires réelles de ma vie, j’aime critiquer les sujets sociétaux, c’est plus ma vocation, que de parler de l’amour. J’essaie d’évoquer la souffrance humaine, en général. Je trouve qu’il y a d’autres thèmes à traiter que les relations de couple, tout le monde parle de ça, il y a d’autres sujets dont on ne parle jamais, comme la dépression, le stress, la fatigue, … Il n’y a pas que les histoires de couple dans la vie !

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