Pesticides. Le Maroc serre la vis pour sécuriser son agriculture et ses exportations
Avec l’actualisation de son index phytosanitaire, le Maroc renforce l’encadrement des pesticides et accélère la transition vers une agriculture plus durable, plus sûre et mieux alignée sur les exigences des marchés internationaux.
L’Office National de Sécurité Sanitaire des Produits Alimentaires (ONSSA) vient de publier une version actualisée de l’index officiel des produits phytopharmaceutiques homologués, un document stratégique qui encadre l’utilisation des pesticides dans le Royaume. Derrière cette mise à jour technique se dessine une transformation plus profonde : celle d’une agriculture appelée à conjuguer compétitivité, sécurité sanitaire et exigences environnementales.Dans un contexte international marqué par le durcissement des normes sanitaires, notamment en Europe, cette nouvelle nomenclature apparaît comme un levier majeur pour protéger à la fois le consommateur marocain et les performances exportatrices du secteur agricole national. Véritable référence pour les agriculteurs, distributeurs et ingénieurs agronomes, l’index phytosanitaire de l’ONSSA détermine les produits autorisés sur le marché marocain, leurs usages, leurs doses ainsi que les délais à respecter avant récolte.L’édition 2026 recense désormais près de 1.250 spécialités homologuées couvrant les insecticides, herbicides et fongicides utilisés dans les différentes filières agricoles.Mais au-delà du nombre, c’est surtout l’évolution qualitative qui retient l’attention. L’ONSSA a procédé au retrait de 15 matières actives considérées comme à risque au cours des douze derniers mois, dans une logique d’alignement progressif sur les standards internationaux, notamment européens. Cette orientation répond à un double impératif : limiter les risques sanitaires liés aux résidus chimiques et réduire les risques de refoulement des exportations marocaines sur les marchés étrangers.Le biocontrôle gagne du terrainL’une des principales évolutions de cette nouvelle version concerne la montée en puissance des solutions de biocontrôle. Ces produits, fondés sur des mécanismes naturels (micro-organismes, phéromones ou extraits végétau) prennent une place de plus en plus importante dans l’arsenal phytosanitaire marocain.Selon les données de l’ONSSA, les solutions alternatives représentent désormais 12 % de l’index global, contre seulement 5 % il y a trois ans. L’objectif affiché est de porter cette part à 25 % d’ici 2030 dans le cadre de la stratégie agricole « Génération Green ».Cette évolution traduit un changement d’approche dans la protection des cultures. Les nouvelles générations de produits homologués privilégient des molécules plus ciblées, moins persistantes et moins nocives pour les insectes auxiliaires, notamment les abeilles, devenues essentielles à la préservation des équilibres biologiques.Une agriculture sous surveillance renforcéeLa publication de cet index s’accompagne également d’un renforcement des contrôles sur le terrain. Les services de l’ONSSA multiplient les inspections afin de vérifier la conformité des produits commercialisés et lutter contre les pesticides non homologués ou périmés. Depuis le début de l’année, environ 25 tonnes de produits phytosanitaires non conformes ont été saisies et détruites chez différents distributeurs. Parallèlement, plus de 18.000 prélèvements ont été réalisés sur les fruits et légumes destinés au marché local afin de contrôler le respect des Limites Maximales de Résidus (LMR). Le taux de conformité atteint désormais 94 %, ce qui reflète une amélioration progressive des pratiques dans les différentes filières agricoles.Cette stratégie de mise à niveau répond aussi à un impératif économique majeur : préserver la compétitivité des exportations marocaines. L’Union européenne, principal client du Royaume pour les fruits et légumes, applique des normes particulièrement strictes concernant les résidus phytosanitaires. Grâce à l’alignement progressif de l’index marocain sur les standards européens, le Maroc a réussi à réduire de 20 % les notifications émises par le système européen d’alerte rapide RASFF concernant les dépassements de résidus.Pour les professionnels, cette évolution devient indispensable à la pérennité des chaînes exportatrices marocaines. Au-delà des contrôles, cette actualisation pousse progressivement les agriculteurs vers une utilisation plus raisonnée des produits phytosanitaires. L’index détaille désormais avec précision les cultures concernées, les doses homologuées ainsi que les délais avant récolte à respecter pour chaque produit. Cette approche vise à limiter les surdosages, protéger les sols et les nappes phréatiques, tout en améliorant la traçabilité des productions agricoles.