Forum de Paris sur la Paix. Rabat au rendez-vous des grandes transitions
Réunis à Rabat à l’initiative du Forum de Paris sur la Paix, décideurs internationaux, experts et acteurs économiques ont débattu des défis des transitions énergétique, agricole et numérique dans un monde sous tension. Le Maroc y a défendu une vision fondée sur la résilience, la coopération et la création de valeur locale, notamment dans les secteurs stratégiques des minerais critiques et des énergies renouvelables.
Les grandes transitions mondiales ne pourront être ni durables ni inclusives sans davantage de coopération internationale. C’est le message porté à Rabat à l’occasion de la Réunion de printemps 2026 du Forum de Paris sur la Paix, organisée les 4 et 5 juin en partenariat avec le Groupe OCP et avec le soutien de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P). Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, les crises énergétiques et les bouleversements technologiques, responsables politiques, experts, investisseurs et représentants de la société civile ont été réunis autour d’une même ambition : construire des « transitions résilientes ».Après une première édition marocaine consacrée aux « transitions justes » en 2024 à Benguerir, cette nouvelle rencontre entend approfondir la réflexion sur la capacité des sociétés à poursuivre leurs objectifs de développement malgré les chocs économiques, climatiques ou géopolitiques.Faire des transitions un facteur de stabilitéEn ouverture des travaux, le fondateur et directeur général du Forum de Paris sur la Paix, Justin Vaïsse, a rappelé que les transitions agricole, énergétique, alimentaire ou numérique sont déjà à l’œuvre partout dans le monde, particulièrement en Afrique. Pour lui, l’enjeu n’est plus seulement de les rendre équitables, mais de garantir leur continuité dans un environnement international devenu plus instable.« Après deux années marquées par des turbulences géopolitiques croissantes, nous devons nous interroger sur notre capacité à préserver ces transitions face aux secousses et à en assurer la continuité », a-t-il noté.Le responsable français a également défendu le rôle singulier du Forum de Paris sur la Paix, qu’il présente comme une plateforme de convergence entre gouvernements, entreprises, institutions internationales, universités, ONG et fondations. L’objectif est moins de produire des rapports que de construire des coalitions d’action capables de faire émerger des solutions concrètes.Selon Justin Vaïsse, l’Afrique occupe aujourd’hui une place centrale dans les transitions mondiales et constitue un terrain d’innovation majeur pour répondre aux défis du développement durable, de la sécurité alimentaire et de la gouvernance des ressources stratégiques.Le Maroc défend une vision pragmatique de la résilienceInvitée à ouvrir officiellement la rencontre, Leila Benali a livré une intervention articulée autour de la notion de résilience, qu’elle considère comme une réalité quotidienne pour le Maroc et pour le continent africain.Face aux crises sanitaires, aux conflits, aux tensions énergétiques, aux dérèglements climatiques et aux mutations liées à l’intelligence artificielle, la ministre a estimé que les États doivent désormais bâtir des systèmes capables d’absorber les chocs tout en saisissant les opportunités qu’ils créent. « Les transitions dont nous parlons aujourd’hui ne sont pas seulement énergétiques ou numériques. Ce sont avant tout des transitions sociales et économiques qui reconfigurent nos sociétés et nos démocraties », a-t-elle déclaré.Cette approche place les populations, l’emploi, la santé et le développement territorial au cœur des politiques publiques liées à l’énergie, aux mines ou à l’environnement.Une large partie de l’intervention de Leila Benali a été consacrée aux minerais critiques, devenus indispensables aux technologies de la transition énergétique et numérique. La ministre a rappelé que les infrastructures énergétiques, les batteries, les véhicules électriques, les centres de données et les applications d’intelligence artificielle reposent sur des volumes croissants de cuivre, cobalt, lithium, terres rares ou encore gallium. Selon elle, l’humanité devra extraire au cours des trois prochaines décennies un volume de minerais équivalent à tout ce qui a été extrait depuis l’origine.Face à cette réalité, le Maroc défend une approche fondée sur un nouveau contrat social minier associant performance économique, responsabilité environnementale et inclusion sociale.C’est dans cet esprit que Rabat a lancé, en novembre 2025 à Marrakech, une initiative africaine visant à définir un cadre RSE adapté aux réalités du continent. Plus de quarante ministres africains des Mines avaient alors participé à cette démarche destinée à favoriser un financement plus durable des projets miniers stratégiques. La ministre a également mis en avant les réformes engagées au Maroc, notamment la modernisation du cadre minier, la numérisation du cadastre et l’ouverture de nouveaux périmètres d’exploration dans la région de Drâa-Tafilalet.Leila Benali a également défendu la stratégie énergétique nationale, estimant que la baisse des coûts des énergies renouvelables, du stockage par batteries et des technologies numériques crée une opportunité sans précédent pour accélérer la transition. Le Maroc affiche aujourd’hui plus de 45 % de capacités électriques installées à partir de sources renouvelables et prévoit le développement de plus de 16 gigawatts supplémentaires d’ici 2030.Au-delà des grands projets, la ministre a insisté sur l’importance des solutions décentralisées, de l’autoproduction électrique et des micro-réseaux, considérés comme des leviers de démocratisation de l’accès à l’énergie. Pour elle, le traditionnel « trilemme énergétique » — sécurité d’approvisionnement, accessibilité et durabilité — peut désormais être transformé en avantage compétitif grâce à l’innovation technologique et à l’intelligence artificielle.Coopération et co-investissement plutôt qu’extractivismeDans un contexte international marqué par la fragmentation géopolitique, la ministre a plaidé pour un modèle fondé sur l’interdépendance et le co-investissement. Elle a notamment mis en avant le positionnement du Maroc comme corridor stratégique entre l’Afrique, l’Europe et l’espace atlantique, capable de connecter les flux énergétiques, logistiques et industriels.Pour Leila Benali, les partenariats du XXIe siècle ne peuvent plus se limiter à l’achat de matières premières ou à l’octroi de licences d’exploitation. Ils doivent intégrer le transfert de technologies, la création d’emplois, la formation des compétences locales et le partage de la valeur. « Sans co-investissement, sans transfert technologique et sans création de valeur locale, ce que nous appelons partenariat n’est finalement qu’un nouveau nom donné à un ancien modèle extractif », a-t-elle affirmé.Cette édition 2026 de la Réunion de printemps du Forum de Paris sur la Paix s’articule autour de trois grandes priorités : la transformation des systèmes alimentaires africains, l’investissement dans les générations futures et la gouvernance responsable des minerais de transition.Autant de sujets qui reflètent l’ambition du Forum : faire émerger des solutions concrètes aux défis globaux tout en préparant la prochaine édition du Forum de Paris sur la Paix, prévue en novembre 2026.