Le Conseil supérieur de l'éducation veut encadrer l'usage de l'IA
Dans une recommandation officielle, le CSEFRS alerte sur le retard institutionnel face à la montée en puissance de l'intelligence artificielle générative dans le système éducatif marocain, et propose un cadre national d'orientation.
Le Conseil Supérieur de l'Éducation, de la Formation et de la Recherche Scientifique (CSEFRS) vient de publier une recommandation officielle intitulée « Pour l'adoption d'un cadre national d'orientation de l'usage de l'intelligence artificielle dans l'éducation, la formation et la recherche scientifique ».Ce texte, élaboré par un groupe de travail ad hoc mandaté par l'Assemblée Générale du Conseil, s'inscrit dans les missions constitutionnelles de l'institution et s'aligne sur la Vision Stratégique de la Réforme 2015-2030 ainsi que sur les dispositions de la Loi-cadre n°51.17.Un « décalage » préoccupantLe constat central du Conseil est celui d'un écart significatif entre la réalité du terrain et la réponse institutionnelle. Les outils d'IA générative sont déjà largement utilisés dans les établissements scolaires et universitaires, mais aucun cadre unifié ne régit cet usage.Les initiatives existantes restent dispersées et sans cohérence d'ensemble, selon le document. « Le défi majeur consiste à orienter ces applications au service de l'apprentissage, sans porter atteinte aux fonctions éducatives fondamentales de l'École », note le conseil dans son avis.Des risques identifiésLe CSEFRS identifie par ailleurs plusieurs risques liés à cette transition numérique non encadrée. Le Conseil pointe notamment le risque d'aggravation de la fracture numérique entre apprenants, les menaces sur la protection des données personnelles, ainsi qu'une possible dépendance technologique vis-à-vis de systèmes algorithmiques dominés par des langues étrangères, ce qui constitue selon lui un défi direct au plurilinguisme et à la diversité culturelle nationale.À ces préoccupations s'ajoutent des enjeux de souveraineté numérique, d'équité dans l'accès aux outils, et la nécessité de redéfinir les rôles des acteurs éducatifs à l'ère de l'IA, tout en maintenant l'humain, enseignant comme apprenant au centre du processus pédagogique.Un cadre nationalPour répondre à ces défis, le Conseil recommande la mise en place d'un référentiel national définissant les finalités, principes et conditions d'usage de l'IA dans le secteur éducatif. Ce cadre devrait reposer, selon le texte, sur la primauté de l'intérêt de l'enfant, la transparence des systèmes, la supervision humaine, la protection des données personnelles et la prévention de tout biais algorithmique.Le CSEFRS plaide également pour une approche progressive et expérimentale, couplée à une évaluation continue des résultats, ainsi que pour le renforcement des capacités des enseignants face aux nouveaux outils numériques. L'implication des familles et des apprenants eux-mêmes est présentée comme une condition essentielle à la réussite de cette transformation.En conclusion, le Conseil affirme que l'intégration de l'IA dans l'éducation n'est plus une option mais une nécessité stratégique. Il appelle toutefois à trouver un équilibre entre innovation et protection, entre qualité de service et équité d'accès, en préservant ce qu'il désigne comme « la singularité de l'intelligence humaine », sa capacité à comprendre, à critiquer et à créer. Le texte conclut sur une ambition plus large : transformer les défis du présent en opportunités pour l'avenir du système éducatif marocain.