Omar Seghrouchni : « Sans confiance, pas d’économie numérique »
À l’heure où l’intelligence artificielle redéfinit les usages numériques, le président de la CNDP appelle à placer la protection des données personnelles au cœur de l’innovation. Depuis le Rally IA Future Lab de Merzouga, Omar Seghrouchni a rappelé que la confiance des citoyens constitue la condition indispensable au développement de l’IA, de l’économie numérique et des services digitaux.
Au milieu des ateliers, conférences et échanges consacrés à l’avenir de l’intelligence artificielle, une thématique s’est imposée comme un préalable incontournable à toute innovation numérique : la protection des données personnelles. Intervenant devant plus d’un millier de jeunes participants réunis dans le cadre du Rally IA Future Lab, organisé par le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Omar Seghrouchni, président de la CNDP a été catégorique : l’intelligence artificielle ne pourra se développer durablement sans un cadre de confiance fondé sur le respect de la vie privée et des droits des citoyens. Pour le président de la CNDP, la protection des données personnelles ne doit plus être perçue comme une simple obligation réglementaire ou un exercice juridique réservé aux spécialistes. Elle constitue désormais un enjeu de société qui concerne l’ensemble des citoyens, en particulier les jeunes générations appelées à construire l’écosystème numérique de demain. « Il ne s’agit pas simplement de respecter une loi parce qu’elle existe », a-t-il expliqué. L’objectif est avant tout de bâtir un environnement numérique cohérent, serein et respectueux des individus. Une fois ces principes partagés collectivement, la loi vient naturellement les traduire en règles applicables à tous.Une culture numérique fondée sur la responsabilitéFace à des participants engagés dans la conception de projets innovants basés sur l’intelligence artificielle, Omar Seghrouchni a insisté sur la nécessité d’intégrer la protection des données dès les premières étapes de développement des solutions numériques. Pour illustrer son propos, il a comparé la réglementation relative aux données personnelles aux règles de circulation routière. De la même manière que le Code de la route organise les déplacements et réduit les risques d’accidents, les règles de protection des données encadrent les usages numériques afin de garantir la sécurité et les droits de chacun.Selon lui, le risque zéro n’existe pas dans le monde numérique. Les fuites de données, les cyberattaques ou les usages abusifs des informations personnelles font désormais partie des réalités auxquelles sont confrontés citoyens, entreprises et administrations. Toutefois, une meilleure connaissance des règles et une culture plus développée de la protection des données permettent de limiter ces risques et d'en réduire les conséquences.Le président de la CNDP a également mis en lumière le lien direct entre protection des données et développement économique. Pour lui, la confiance numérique est devenue une ressource stratégique, au même titre que les infrastructures ou les compétences. « Aucun service numérique ne peut réussir durablement sans la confiance des citoyens », a-t-il souligné. Lorsque les utilisateurs doutent de la sécurité de leurs données ou craignent une utilisation abusive de leurs informations personnelles, ils hésitent à adopter les services digitaux. Cette méfiance peut alors freiner l’innovation, limiter le développement des entreprises et ralentir la transformation numérique de l’économie.À l’inverse, un environnement numérique fiable et transparent favorise l’investissement, encourage l’innovation et renforce l’adoption des nouvelles technologies par les citoyens. Dans ce contexte, la protection des données personnelles apparaît non pas comme un frein au développement technologique, mais comme l’un des leviers essentiels de sa réussite.L'IA face à l’exigence de confianceCette réflexion prend une dimension particulière avec l’essor rapide de l’intelligence artificielle. Les systèmes d’IA reposent en grande partie sur la collecte, l’analyse et l’exploitation de volumes massifs de données. Dès lors, la question de leur utilisation responsable devient centrale.Pour Omar Seghrouchni, l’avenir de l’intelligence artificielle est indissociable de la capacité des institutions, des entreprises et des développeurs à instaurer un cadre juridique et éthique solide. Le développement d’algorithmes performants ne suffit pas. Encore faut-il garantir le respect des droits fondamentaux, de la vie privée et des libertés individuelles.Cette exigence est d’autant plus importante que les technologies intelligentes s’intègrent progressivement dans des domaines sensibles tels que la santé, l’éducation, les services publics ou encore les activités économiques.Au-delà des aspects réglementaires, le président de la CNDP a plaidé pour une véritable culture nationale de la protection des données. Une culture fondée sur la responsabilité, le respect d’autrui et la conscience des enjeux liés à l’utilisation des technologies numériques.Dans un contexte où les échanges dématérialisés remplacent progressivement les documents papier et où les données circulent instantanément à grande échelle, les responsabilités deviennent encore plus importantes, a-t-il rappelé.