Profession d’avocat : Les barreaux serrent les rangs
Les Robes noires parlent désormais d'une seule voix

Les robes noires entrent dans une nouvelle phase du bras de fer avec la tutelle. Après des semaines de tension autour du projet de loi 66.23, la mobilisation fédère l'ensemble de la profession qui parle désormais d’une seule voix : de Casablanca à Rabat, barreaux locaux et association nationale haussent ensemble le ton face à un texte qu'ils jugent "inacceptable".

Rejetant les amendements jugés attentatoires à l’indépendance de la profession et aux conditions d’accès au métier, l’ABAM vient d’annoncer un sit-in national devant le Parlement prévu le 29 juin tandis que le Barreau de Casablanca se rétracte et décide de rejoindre le mouvement collectif en suspendant l’ensemble de ses services à partir de ce 24 juin et ceci jusqu’à nouvel ordre.ABAM : cap sur le ParlementPas question de lever le pied ! L’Association des barreaux du Maroc (ABAM) ne compte pas relâcher la pression en poursuivant son mouvement de protestation contre le projet de loi n°66.23, avec en point d'orgue un « sit-in national devant le Parlement à Rabat, lundi 29 juin à partir de 11h00 ». Ceci pour exprimer, selon ses termes « le rejet collectif des dispositions jugées dangereuses contenues dans le projet de loi ».Avant cela, une conférence de presse nationale est prévue le vendredi 26 juin au siège du barreau de Casablanca, avec l'ambition affichée d'informer l'opinion publique nationale et internationale sur ce que l'Association qualifie de « reculs majeurs portés par le dit texte ». Des régressions qui toucheraient, selon l’association, à l'indépendance de la défense, aux garanties d'un procès équitable et aux droits des citoyens.Le ton du communiqué de l'ABAM est sans ambiguïté. Le fait de passer des dispositions « rejetées professionnellement », en dépit d'un consensus qualifié « d'historique et sans précédent au sein de la profession », est présentée comme la preuve d'une « volonté délibérée d'affaiblir l'avocature et de la priver des fondements de son indépendance », déplore l’AMAB dans son communiqué.L'Association va plus loin en affirmant que ce projet ne se limite pas à un désaccord technique, mais touche « à l'essence même de la profession, à ses constantes historiques, à son rang constitutionnel et à ses acquis professionnels ». Le bureau de l'ABAM annonce par ailleurs que d'autres « étapes d'escalade » seront dévoilées prochainement, confirmant que ce mouvement est loin d'avoir atteint son point culminant.Le barreau de Casablanca se rétracteFait marquant de ce bras de fer qui dure depuis des mois: Le Barreau de Casablanca vient d’opérer un revirement significatif. Alors qu'il avait jusqu'ici affiché sa volonté de maintenir l'exercice professionnel et refusé toute cessation d'activité, le conseil de l'Ordre a finalement décidé, à l'issue d'une réunion ouverte, de « suspendre l'ensemble des services professionnels à compter de ce mercredi 24 juin, et ce jusqu'à nouvel ordre », annonce le Barreau de Casablanca.Ce changement de position intervient après examen des amendements acceptés par la commission de la Justice et de la Législation au Conseil des conseillers lors de sa séance du 22 juin 2026. Le bilan dressé est sans équivoque. Le barreau de Casablanca pointe notamment : Le relèvement de l'âge d'accès à la profession à 50 ans. Une mesure sans équivalent dans les autres professions et fonctions, déplore le barreau. L'absence de protection de l'accès à la profession et l’atteinte à l'indépendance via des restrictions au droit d'adhésion, renvoyées à un texte réglementaire dont la portée est jugée dangereuse.
Mobilisation collective contre le nouveau projet de loi
Le barreau pointe également la soumission des avocats à une formation continue placée sous tutelle de l'Institut, perçue comme « une ingérence » par les Robes noires et surtout, ce que le conseil qualifie d'atteinte à l'indépendance financière des barreaux. (NDLR : les amendements prévoient en effet de soumettre les comptes, dépôts et paiements des avocats au contrôle de la Cour des comptes). Ce que le barreau considère comme une violation manifeste des dispositions constitutionnelles et de la loi 62.99 relative au code des juridictions financières. Le conseil va jusqu'à dénoncer ce qu'il appelle du « clientélisme législatif » et tient le gouvernement et le Parlement pour « pleinement responsables de cette dérive dans le processus d'élaboration de la loi ».Ces deux décisions dessinent en effet une nouvelle configuration : le barreau de Casablanca, l’un des plus grand et des plus influent du Royaume, qui rejoint le mouvement de grève, et une association nationale qui structure une mobilisation collective en portant la contestation jusque devant les portes du Parlement en ultime recours. Les avocats ont ainsi choisi la rue. Reste à savoir si la tutelle et le législateur choisiront, eux, le dialogue.