Carlinhos Brown et Hamid El Kasri : quand le gembri épouse les percussions de Bahia
Carlinhos Brown et Hamid El Kasri ont livré une fusion envoûtante célébrant les racines communes du Maroc et du Brésil. Festival Gnaoua d'Essaouira 2026.
Pendant près de deux heures, Carlinhos Brown a fait battre le cœur de Moulay Hassan au rythme des percussions afro-brésiliennes avant d'offrir, avec Maâlem Hamid El Kasri, une fusion aussi généreuse qu'envoûtante. Une ultime soirée où la musique est devenue mémoire, dialogue et célébration de racines communes.
Il aura suffi de quelques frappes de qraqebs, d'un guembri aux sonorités telluriques et des percussions incandescentes de Carlinhos Brown pour transformer la scène Moulay Hassan en un immense carrefour des mémoires africaines. Pour clore la 27ᵉ édition du Festival Gnaoua d'Essaouira, le musicien brésilien et Maâlem Hamid El Kasri ont livré bien plus qu'une simple fusion musicale : une célébration des racines communes du Maroc et du Brésil, portée par une intensité artistique rare, où chaque rythme semblait raconter une histoire vieille de plusieurs siècles.
Dès son entrée en scène, l'artiste bahianais venu retrouver le public d'Essaouira près d'une décennie après son précédent passage, a immédiatement imposé son énergie communicative. Percussions, chants, danse et interaction permanente avec les festivaliers ont rapidement transformé l'esplanade en une immense célébration populaire. Fidèle à son univers haut en couleurs, Brown a entraîné les festivaliers dans un voyage reliant Salvador de Bahia aux rivages atlantiques d'Essaouira, où les héritages africains dialoguent naturellement à travers les rythmes.Une traversée musicale entre Bahia et EssaouiraLe moment le plus saisissant de la soirée est cependant intervenu lorsque Maâlem Hamid El Kasri l'a rejoint sur scène. Autour du guembri, des qraqebs et des percussions brésiliennes, les deux artistes ont fait naître une conversation musicale d'une remarquable fluidité. Loin d'un simple exercice de style, cette création a révélé les profondes correspondances entre la tradition gnaoua et les rythmes afro-brésiliens, tous deux façonnés par une mémoire commune et une histoire partagée de résistance et de transmission. Comme l'ont souligné les organisateurs du festival, cette rencontre réunissait deux grandes figures dont les traditions musicales, nourries d'un même héritage africain, ne demandaient qu'à se reconnaître.
Le chanteur brésilien Carlinhos Brown en clôture de la 27e édition du Festival Gnaoua d'Essaouira.
Dans l'entretien qu'il nous a accordé avant son concert, Carlinhos Brown confiait vivre ce retour à Essaouira comme des retrouvailles. Séduit par l'atmosphère singulière de la cité des Alizés, son hospitalité et cette «musique portée par le vent» qui, selon lui, imprègne la ville, le percussionniste estimait revenir avec une maturité artistique acquise au fil des années et le désir d'offrir au public une expérience renouvelée. « Essaouira est ma cité de cœur », a-t-il d'ailleurs lancé depuis la scène Moulay Hassan sous une salve d'applaudissements, une déclaration qui résume à elle seule le lien privilégié qu'il entretient avec le public marocain.Pour l'artiste brésilien, cette rencontre avec Hamid El Kasri dépasse largement le cadre d'une collaboration ponctuelle. Il y voit la réunion de deux patrimoines dont les langages musicaux partagent une même matrice africaine. Cette proximité ne relève pas du hasard mais de l'histoire, celle des circulations culturelles entre l'Afrique, le Maroc et le Brésil. Sur scène, expliquait-il, cette filiation devient presque organique, chaque musicien enrichissant l'univers de l'autre sans jamais renoncer à son identité.Si l'improvisation demeure au cœur de sa démarche artistique, Brown insiste néanmoins sur la nécessité d'une préparation minutieuse. Une fusion réussie repose, selon lui, sur un équilibre subtil entre liberté créatrice et rigueur musicale. C'est cette organisation qui permet ensuite aux artistes de dialoguer spontanément tout en conservant la cohérence du propos artistique.
Carlinhos Brown a enflammé la scène Moulay Hassan en clôture de la 27e édition du Festival Gnaoua d'Essaouira.
Cette philosophie s'applique également à sa vision des rencontres interculturelles. Après avoir collaboré avec des musiciens issus de nombreux horizons, Carlinhos Brown considère que le véritable secret d'une fusion réside avant tout dans l'écoute de l'autre, le respect mutuel et l'authenticité. Des valeurs qui se sont pleinement incarnées lors de cette création avec Maâlem Hamid El Kasri.Le musicien voit également dans le dialogue entre les rythmes gnaoua et les percussions afro-brésiliennes un puissant symbole de résilience. Tous deux portent la mémoire des populations africaines déplacées par l'esclavage tout en affirmant, à travers la musique, une volonté de préserver leur identité culturelle. Pour Brown, ces héritages constituent aujourd'hui un formidable vecteur de transmission, d'éducation et de réconciliation avec l'histoire.Toujours animé par une insatiable curiosité artistique, celui qui a exploré aussi bien les univers électroniques que symphoniques revendique une conception profondément ouverte de la création. À ses yeux, la tradition ne prend tout son sens que lorsqu'elle demeure vivante, capable de se réinventer sans renier ses racines. La musique, affirme-t-il, ne connaît finalement ni frontières ni catégories : elle demeure un langage universel en perpétuelle évolution.Si la musique occupait naturellement le cœur de la rencontre, le football s'est également invité dans la conversation. Interrogé sur les liens qui unissent le Maroc et le Brésil, Carlinhos Brown a préféré mettre en avant l'admiration réciproque entre les deux peuples plutôt que la rivalité sportive. « Le Brésil aime le Maroc et le Maroc aime le Brésil », a-t-il résumé avec le sourire. L'artiste n'a pas caché son admiration pour Achraf Hakimi, qu'il considère comme une véritable icône au Brésil. Selon lui, le latéral marocain incarne un football spectaculaire et inspirant, au point que « les enfants brésiliens scandent son nom ». Une déclaration qui témoigne du rayonnement du capitaine des Lions de l'Atlas bien au-delà des frontières du Royaume.