Désinformation : les médias algériens déforment les déclarations d’un magistrat belge pour viser le Maroc
L’Agence de presse officielle algérienne et d'autres médias algériens ont présenté de manière déformée les déclarations du procureur du Roi à Bruxelles, Julien Moinil, laissant entendre que le Maroc constituerait une base à partir de laquelle seraient dirigés des réseaux de trafic de drogue actifs en Belgique. Une partie essentielle des propos du magistrat belge, qui a explicitement salué le niveau de coopération avec les autorités marocaines dans la lutte contre la criminalité organisée, a été délibérément passée sous silence.
Lors d’une conférence de presse tenue le 28 août sur la recrudescence des violences liées au trafic de drogue à Bruxelles, Julien Moinil avait insisté sur la nécessité de renforcer la coopération internationale afin de poursuivre les réseaux criminels. Il avait expliqué qu’un certain nombre de leurs dirigeants se trouvaient hors de Belgique, citant dans ce contexte le Maroc et la Thaïlande, tout en signalant que certaines personnes continuaient également de diriger des activités criminelles depuis les prisons belges.Le responsable judiciaire a cependant tenu, dans le même temps, à mettre en avant la coopération existante avec le Maroc, affirmant qu’elle « fonctionne bien ». Il a révélé que plusieurs réunions avaient été organisées, que des demandes d’entraide judiciaire avaient été adressées et que des perquisitions avaient été menées au Maroc à la demande des autorités belges. Il a également remercié les autorités marocaines pour leur réactivité et leur disposition à coopérer.Julien Moinil a appelé à renforcer davantage ce partenariat, notamment en matière de récupération des produits et des biens issus des activités criminelles, précisant que les opérations de blanchiment d’argent ne se limitaient pas à l’Europe mais s’étendaient également à l’Afrique. Ces déclarations replacent donc ses propos sur le Maroc dans le cadre de la coopération judiciaire internationale et de la lutte contre des réseaux transfrontaliers, et non dans celui d’une mise en cause des autorités marocaines ou d’un doute sur leur coopération.L’Agence de presse algérienne et d’autres médias, dont « Ennahar Online », ont pourtant choisi, dans leur couverture publiée le 29 août, de mettre en avant le passage relatif à la présence de suspects au Maroc, tout en minimisant l’éloge formulé par le procureur à l’égard de la coopération marocaine. Cette présentation confère ainsi à ses déclarations une signification différente de celle qui ressort de leur contexte intégral.Cette sélection orientée des propos ne s’est pas arrêtée là. Les médias algériens ont également associé les déclarations du responsable belge à une opération sécuritaire menée par les autorités espagnoles et portugaises. Celle-ci avait permis le démantèlement d’un réseau opérant à la frontière entre les deux pays, l’arrestation de dix personnes et la saisie de 10,6 tonnes de résine de cannabis.Ce rapprochement révèle encore plus clairement une tentative d’impliquer le Maroc dans cette affaire, alors que les informations disponibles sur l’opération hispano-portugaise ne comportent aucun élément établissant un lien avec le Royaume. Rien n’indique non plus, selon les éléments rapportés dans l’article, que la presse ibérique ayant couvert l’opération ait établi un tel rapprochement.Une narration médiatique a ainsi été construite à partir de deux dossiers distincts : d’un côté, des déclarations judiciaires belges évoquant des réseaux internationaux tout en saluant simultanément la coopération marocaine ; de l’autre, une opération sécuritaire hispano-portugaise dont aucun lien avec le Maroc n’a été établi. Les deux ont été amalgamés dans une même couverture donnant l’impression d’une relation que les faits disponibles ne démontrent pas.Cette méthode révèle davantage une intention malveillante de désinformation ciblant spécifiquement le Maroc qu’elle n’apporte de nouvelles informations sur la lutte contre le trafic de drogue.**related_articles[22776-Le pôle DGSN-DGST dément toute intrusion dans ses systèmes informatiques et ses bases de données sécuritaires]**