Législatives 2026. Ce que proposent les partis pour réformer le système de soins
À l’approche des législatives du 23 septembre, la santé s’impose comme un enjeu électoral majeur : du renforcement de l’hôpital public et des soins de proximité à la santé mentale, au numérique et à la souveraineté pharmaceutique, les principaux partis avancent des réponses différentes à un même défi, garantir un accès effectif, équitable et de qualité aux soins pour tous les Marocains.
La généralisation de l'Assurance Maladie Obligatoire (AMO), la réorganisation territoriale de l'offre de soins et la montée en puissance des Groupements Sanitaires Territoriaux (GST) ont ouvert une nouvelle phase de la réforme. Mais sur le terrain, les attentes restent nombreuses : manque de personnel médical, délais d'attente, disparités territoriales, coût des soins et pression persistante sur les hôpitaux publics.Face à ces défis, majorité et opposition proposent des approches différentes. Certains misent sur des objectifs chiffrés et le renforcement de l'hôpital public, d'autres sur la consolidation des réformes engagées, tandis que plusieurs formations mettent en avant de nouvelles priorités, notamment la santé mentale, la médecine de proximité et le numérique.RNI : consolider l'État social et territorialiser les soinsChef de file de la majorité sortante, le Rassemblement National des Indépendants (RNI) inscrit ses propositions dans la continuité des réformes engagées au cours des dernières années.Après la mise en place des principaux textes structurants de la réforme sanitaire, notamment la généralisation de l'AMO et la création des nouvelles structures de gouvernance, le parti entend désormais passer d'une phase de déploiement institutionnel à une amélioration plus concrète de l'accès aux soins.La formation place ainsi la territorialisation de l'offre sanitaire au cœur de sa stratégie pour la période 2026-2031. Pour répondre aux disparités territoriales et à la pression exercée sur les grands centres hospitaliers, le RNI défend la poursuite de la modernisation des dispensaires et des centres de santé de proximité, notamment les établissements de niveau 1 et 2.La formation met également en avant la nécessité de réduire les écarts entre régions, notamment en matière d'accès aux équipements et aux professionnels de santé dans les zones rurales et périurbaines.Le numérique constitue un autre axe majeur de la stratégie du RNI. Le parti propose la généralisation du dossier médical partagé, afin d'améliorer la circulation des informations médicales et de fluidifier le parcours des patients entre les différentes structures de soins.La formation mise également sur le développement de la télémédecine et des outils de diagnostic à distance, notamment pour améliorer l'accès aux soins spécialisés dans les zones éloignées.Le RNI entend également poursuivre l'opérationnalisation des Groupements Sanitaires Territoriaux (GST), appelés à devenir l'un des piliers de la nouvelle organisation du système de santé.L'enjeu est de renforcer la gestion régionale afin d'adapter les recrutements, les budgets et l'offre de soins aux besoins spécifiques de chaque territoire. Le parti insiste également sur la nécessité de garantir la pérennité financière de la protection sociale, notamment pour assurer la continuité du financement de l'AMO et de la prise en charge des affections de longue durée.Pour le RNI, l'enjeu de la prochaine législature consiste donc moins à lancer une nouvelle réforme qu'à consolider l'architecture déjà mise en place et à améliorer son efficacité sur le terrain.PAM. Infrastructures et réduction des disparités territorialesLe Parti Authenticité et Modernité (PAM) inscrit la santé au cœur de son « Pacte de citoyenneté », un programme électoral global chiffré à 350 milliards de dirhams. Le constat de la formation est que la généralisation de l'Assurance Maladie Obligatoire constitue une avancée importante, mais que l'élargissement de la couverture médicale doit désormais s'accompagner d'une amélioration effective de l'offre de soins.L'ambition affichée est ainsi de réduire le fossé entre la couverture théorique et l'accès réel aux services de santé, avec l'objectif de bâtir un hôpital public capable de rivaliser avec le secteur privé.Le premier axe de la stratégie du PAM concerne le renforcement des infrastructures sanitaires et de la médecine de proximité.La formation propose la mise à niveau et la modernisation de 1.600 centres de santé de base, afin d'améliorer la prise en charge des patients au plus près de leur lieu de résidence et de réduire la pression sur les hôpitaux et les services d'urgence.Le PAM s'engage également à accélérer le développement des infrastructures hospitalières régionales, avec la livraison de quatre nouveaux Centres Hospitaliers Universitaires d'ici 2028. Au-delà du taux de couverture, le PAM met l'accent sur l'effectivité réelle des prestations. Le parti ambitionne ainsi d'atteindre un taux de couverture médicale effective de 100%, en améliorant l'accès aux soins essentiels et en renforçant la régulation des tarifs afin de réduire le reste à charge supporté par les ménages.Le PAM intègre également la dimension technologique dans sa stratégie sanitaire. La formation propose notamment de mobiliser le programme « IA Maroc » pour améliorer le diagnostic, optimiser le suivi des parcours de soins et renforcer la gestion des stocks de médicaments.Autre axe : la création d'un Cloud souverain dédié aux données de santé, afin de garantir la protection des informations médicales des citoyens et leur stockage sur des infrastructures implantées au Maroc.Istiqlal : santé mentale, addictions et urgences au cœur des propositionsLe Parti de l'Istiqlal élargit le champ de ses propositions en matière de santé en mettant l'accent sur des enjeux encore peu présents dans le débat public, notamment la santé mentale, les addictions et la souveraineté pharmaceutique. La formation propose d'intégrer les consultations psychologiques et la prise en charge psychiatrique dans le panier de soins de l'AMO, tout en élaborant une carte nationale de la santé mentale et en créant des centres régionaux spécialisés.Le parti souhaite également faire reconnaître les addictions, qu'elles soient liées aux substances ou comportementales, comme des affections de longue durée, et ériger l'addictologie en spécialité médicale à part entière.Autre proposition majeure : la création d'une Agence nationale des urgences, encadrée par une loi spécifique, afin de mieux organiser, standardiser et financer les services d'urgence à l'échelle nationale.Le programme prévoit aussi la mise en place d'un parcours de soins structuré autour du médecin référent, afin de mieux orienter les patients et de réduire la pression sur les CHU et les grands hôpitaux. Le parti défend également un cadre renouvelé pour les partenariats public-privé afin de compléter l'offre publique.Enfin, l'Istiqlal fait de la souveraineté sanitaire un axe stratégique. Il propose la création d'un pôle industriel national dédié à la production des principes actifs et des vaccins, ainsi qu'une loi-cadre pour constituer des stocks stratégiques de médicaments essentiels et de dispositifs médicaux vitaux.USFP : renforcer le service public et alléger le coût des soinsÀ la tête de l’opposition durant le mandat sortant, l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) aborde les législatives de 2026 avec une lecture critique de la gestion des réformes sociales par la majorité. Pour la formation socialiste, la généralisation de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO) ne saurait à elle seule garantir un accès effectif aux soins, tant que persistent les insuffisances de l’offre publique et le poids des dépenses directement supportées par les ménages.Son programme 2026-2031 mise ainsi sur un renforcement significatif des capacités du système public, avec pour objectif de porter la densité médicale et paramédicale à 4,5 prestataires de soins pour 1.000 habitants, notamment à travers le doublement du nombre de diplômés dans les métiers de la santé.L’USFP veut parallèlement réduire de 50% les délais d’attente dans les structures publiques et achever en priorité les CHU actuellement en chantier, tout en renforçant le réseau hospitalier régional afin de mieux corriger les disparités territoriales. Le parti place également le pouvoir d’achat au cœur de sa stratégie, en proposant de réduire de 20% les dépenses de santé directement supportées par les ménages et de garantir un accès prioritaire à l’ensemble des services de santé aux retraités et aux personnes âgées.Sur le plan de la gouvernance, l’USFP défend un rôle accru de l’État dans la production de soins et une régulation plus stricte du secteur privé, notamment des pratiques tarifaires et des dépassements d’honoraires, avec l’ambition de limiter le recours systématique aux prestations privées.Enfin, la formation socialiste entend renforcer la souveraineté sanitaire à travers des contrats industriels destinés à développer la production nationale de médicaments essentiels, réduire les prix des produits pharmaceutiques et sécuriser l’approvisionnement du marché national. À travers cette feuille de route, l’USFP fait ainsi le choix d’un modèle davantage centré sur l’hôpital public, le renforcement des ressources humaines, la maîtrise du coût des soins et une intervention plus forte de l’État dans la régulation du système de santé.PPS : une réforme de la santé axée sur l’hôpital public et la justice territoriale
Le Parti du Progrès et du Socialisme (PPS) fait de la santé l’un des piliers de son « Pacte de dignité », avec une enveloppe annoncée de 47 milliards de dirhams sur cinq ans. La formation entend faire de l'accès aux soins un droit effectivement garanti par l'État, en s'attaquant à la fois aux déserts médicaux, au manque de personnel et au coût des prestations.Pour renforcer le système public, le PPS propose le recrutement de 15.000 médecins et 33.500 infirmiers et professionnels paramédicaux supplémentaires au cours de la prochaine mandature, ainsi que la création de 9.000 lits hospitaliers afin de désengorger les urgences et réduire les délais de prise en charge.Le parti veut également revoir la carte sanitaire pour que 90% des citoyens puissent accéder à un établissement de santé en moins d'une heure, avec une attention particulière portée aux zones rurales et montagneuses.Sur le volet de la protection sociale, le PPS plaide pour une généralisation effective de l'AMO aux 8,5 millions de personnes qui resteraient encore en dehors du dispositif, tout en proposant de plafonner à 25% le reste à charge direct des ménages, contre plus de 45% actuellement selon les données avancées par le parti.La formation veut par ailleurs instaurer une démarche davantage fondée sur la concertation, à travers l'organisation d'Assises nationales de la santé réunissant professionnels, syndicats, étudiants et acteurs associatifs afin de réévaluer les politiques publiques du secteur.Enfin, le PPS met l'accent sur la revalorisation des carrières et l'amélioration des conditions de travail et de rémunération dans le public, avec l'objectif de limiter le départ des compétences vers le secteur privé ou l'étranger.Mouvement Populaire : rapprocher la santé des territoires isolésLe Mouvement Populaire (MP) fait de la réduction des fractures sanitaires territoriales l’un des axes majeurs de son « Pacte Haraki » pour les législatives du 23 septembre 2026.Dans l’opposition, la formation entend placer la justice spatiale au cœur de sa politique de santé, avec une attention particulière portée aux zones rurales, montagneuses et enclavées. Le parti propose ainsi de réorganiser le parcours de soins autour d’un dossier médical unifié attribué dès la naissance, destiné à centraliser l’historique médical, les vaccinations et les traitements et à faciliter le partage d’informations entre les différents niveaux de prise en charge. Cette transformation numérique serait accompagnée par l’interconnexion progressive des centres de santé de proximité avec les établissements hospitaliers provinciaux et régionaux.Sur le terrain, le MP mise sur le développement de structures d’urgence de proximité dans les zones rurales et montagneuses, dotées de moyens permettant une évacuation rapide des patients, ainsi que sur le déploiement de caravanes médicales connectées intégrant la télémédecine et le télé-diagnostic pour rapprocher les consultations spécialisées des populations éloignées.Pour lutter contre le déficit de personnel dans ces territoires, la formation préconise également de renforcer les mécanismes d’incitation destinés aux médecins et infirmiers, notamment à travers des primes d’éloignement et des dispositifs d’accompagnement au logement.Sur le volet du financement, le MP insiste enfin sur la nécessité d’éviter que la généralisation de la couverture médicale ne se traduise, pour les ménages ruraux, par de nouvelles contraintes administratives ou par des coûts liés à l’éloignement des structures de soins. Le parti défend ainsi une réorientation plus ciblée de la dépense publique vers les soins de proximité et les infrastructures de base, plutôt qu’une concentration des moyens sur les grands pôles hospitaliers.À travers ce dispositif, le Mouvement Populaire veut faire de la territorialisation, du numérique et du désenclavement sanitaire les principaux leviers d’un système de santé davantage adapté aux réalités des territoires.