Législatives 2026. Quelles solutions des partis face à la crise du logement ?
Accès à la propriété, soutien aux jeunes et à la classe moyenne, lutte contre la spéculation foncière, développement du locatif et simplification de l’urbanisme : à l’approche des législatives du 23 septembre 2026, les partis politiques déclinent leurs recettes pour répondre à la hausse des prix et aux difficultés d’accès à la propriété.
À quelques semaines du scrutin législatif, l’habitat s’invite au cœur des programmes électoraux. Dans un contexte marqué par la pression sur les prix de l’immobilier, le coût du foncier et les difficultés d’accès au crédit, les formations politiques proposent des approches allant de la consolidation des dispositifs existants à une intervention plus forte de l’État dans la régulation du marché.RNI : consolider l’aide directe et simplifier l’accès au logementChef de file de la majorité sortante, le Rassemblement National des Indépendants (RNI) inscrit sa stratégie pour l’habitat dans la continuité du dispositif d’aide directe au logement mis en place au cours de la précédente mandature.Pour la période 2026-2031, la formation entend ainsi pérenniser le programme Daam Sakane, fondé sur des aides directes accordées aux acquéreurs et pouvant atteindre 70.000 à 100.000 dirhams, selon la valeur du logement. Le dispositif cible notamment les primo-accédants, les ménages à revenus modestes et la classe moyenne, avec des logements éligibles pouvant atteindre 700.000 dirhams.Le RNI privilégie ainsi une logique de soutien direct à la demande, plutôt qu’un retour aux mécanismes d’exonérations fiscales massives accordées par le passé aux promoteurs immobiliers. La formation prévoit également de maintenir certains allègements liés au financement immobilier, notamment le droit fixe de 200 dirhams appliqué aux inscriptions hypothécaires, afin de réduire le coût global de l’acquisition.Au-delà du financement, le RNI fait de la simplification administrative un autre axe majeur de sa stratégie. Le programme prévoit la généralisation des guichets uniques et la dématérialisation des procédures d’urbanisme afin d’accélérer les autorisations de construire, d’aménager et d’habiter.L’objectif est également de réduire les coûts administratifs supportés par les opérateurs et, à terme, de limiter leur impact sur les prix de vente.Le parti inscrit enfin la politique du logement dans une vision plus large de développement territorial, avec l’intégration des infrastructures scolaires et sanitaires dans les nouveaux programmes résidentiels et la poursuite des opérations de résorption de l’habitat insalubre.PAM : 100.000 solutions de logement pour les jeunes et la classe moyenneLe Parti Authenticité et Modernité (PAM) intègre le logement dans son programme électoral global, chiffré à 350 milliards de dirhams sur cinq ans, soit une enveloppe moyenne de 70 milliards de dirhams par an pour l’ensemble de ses engagements.Sur le volet de l’habitat, la formation avance un objectif de 100.000 solutions de logement sur la période 2027-2031, destinées prioritairement aux jeunes actifs, aux primo-accédants et aux ménages de la classe moyenne.Le PAM prévoit également la création d’un fonds public de garantie destiné à faciliter l’accès au crédit immobilier, notamment pour les jeunes et les travailleurs indépendants qui ne disposent pas toujours des garanties exigées par les établissements bancaires.La question du logement est également liée, dans le programme du parti, à la mobilité professionnelle. Le PAM ambitionne d’accompagner l’insertion de 500.000 jeunes, notamment à travers un « Passeport Mobilité » comprenant des mécanismes d’aide à l’installation et au logement pour les personnes amenées à changer de région afin d’occuper un emploi.Le programme inscrit par ailleurs les nouvelles politiques de logement dans une logique d’intégration urbaine, avec le développement d’équipements et de services de proximité. Le financement de l’ensemble du programme repose notamment sur une contribution annoncée de 150 milliards de dirhams de l’État, 40 milliards de dirhams des collectivités territoriales et 10 milliards de dirhams issus de gains d’efficience.Istiqlal : faire du premier logement un levier de stabilité familialeLe Parti de l’Istiqlal place, pour sa part, le logement au cœur de son programme « Watani.. Mustaqbali », considérant l’accès à la propriété comme un facteur déterminant de stabilité familiale et d’amélioration des conditions de vie de la classe moyenne. La formation propose notamment une « prime de lancement familial », associée à une aide pouvant atteindre 5.000 dirhams pour les jeunes ménages, afin de contribuer aux premières dépenses liées à l’installation.Le Parti de l’Istiqlal souhaite également revoir les conditions d’accès au crédit destiné au premier logement. Ses propositions portent sur une réduction de l’apport personnel exigé, des taux plus avantageux et un allongement des durées de remboursement afin d’alléger les mensualités.Face aux difficultés rencontrées par certains ménages pour accéder directement à la propriété, la formation défend également le développement de la location-vente et de l’accession progressive à la propriété.Ces mécanismes permettraient aux ménages de constituer progressivement leur apport tout en occupant leur logement, sans supporter immédiatement l’ensemble du coût d’une acquisition. L’Istiqlal accorde également une attention particulière à l’urbanisme rural. Le parti propose l’adoption d’une loi spécifique à la construction en milieu rural afin d’adapter les règles aux réalités des territoires et de faciliter la régularisation de certaines situations.Sur le plan administratif, la formation plaide pour une simplification des procédures, notamment à travers des mécanismes de traitement accéléré des dossiers et le remplacement de certaines autorisations par des cahiers des charges plus transparents.USFP : 250.000 familles de la classe moyenne dans le viseurDans l’opposition, l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) fait du logement l’un des principaux leviers de sa stratégie en faveur du pouvoir d’achat et de la classe moyenne. La mesure phare du programme consiste à accompagner 250.000 familles de la classe moyenne dans l’acquisition de leur première résidence principale au cours de la mandature 2026-2031.L’approche défendue par l’USFP repose sur une politique de solvabilisation directe des ménages, en rupture avec une logique principalement centrée sur le soutien à l’offre immobilière. Cette stratégie est intégrée à un ensemble plus large de mesures économiques, avec notamment un objectif d’augmentation de 20% du salaire moyen et de 15% du revenu net des salariés, afin de renforcer la capacité financière et d’endettement des ménages.Le parti propose également d’imposer un quota minimal de logements abordables dans les grands projets immobiliers privés, dans le but de favoriser davantage de mixité sociale et d’éviter la multiplication de zones urbaines isolées.L’USFP souhaite par ailleurs conditionner les grands projets d’aménagement à l’intégration d’équipements de proximité, notamment des établissements scolaires, des centres de santé et des espaces verts.La question du logement est également associée à celle de la justice territoriale. Le programme prévoit une augmentation de 50% de la valeur des investissements publics destinés aux régions et provinces les moins développées, avec un objectif de réduction des disparités territoriales de 30%.La formation défend également le renforcement des infrastructures de base dans les zones périurbaines et rurales, notamment l’accès à l’eau potable, à l’électricité et à l’assainissement.PPS : réguler le foncier et relancer le marché locatifLe Parti du Progrès et du Socialisme (PPS) adopte une approche plus interventionniste du marché immobilier dans le cadre de son « Pacte de dignité ». Pour la formation dirigée par Nabil Benabdellah, la crise du logement est étroitement liée à la spéculation foncière, au maintien de logements vacants et à l’inadéquation entre certaines offres immobilières et les besoins réels des ménages.Le PPS propose ainsi la création d’un Observatoire national des prix fonciers et immobiliers, chargé de suivre l’évolution des prix, d’établir des références et de renforcer la transparence du marché. Le parti souhaite également renforcer les mécanismes fiscaux et juridiques contre la rétention spéculative des terrains constructibles afin d’encourager leur mobilisation effective pour la construction.Sur le logement subventionné, le PPS défend une révision des critères afin de privilégier des unités comprises entre 60 et 100 m², considérant que les formats proposés dans certains programmes ne répondent plus suffisamment aux besoins des familles.La formation plaide également pour la généralisation de mécanismes de crédit immobilier à taux préférentiels afin de faciliter l’acquisition du premier logement.Autre axe majeur : le développement du marché locatif. Le PPS propose des incitations fiscales destinées aux propriétaires qui remettent leurs logements vacants sur le marché de la location à des conditions encadrées.Le parti envisage également une fiscalité progressive visant les logements de luxe durablement vacants et certaines résidences secondaires inoccupées, afin de lutter contre la vacance spéculative et de mobiliser de nouvelles ressources en faveur du logement social.