Élections 2026 : que promettent les partis aux enfants ?
Les partis tiendront-ils leurs promesses à l'enfance ?

Ils ne voteront pas le 23 septembre. Pourtant, près d’un Marocain sur trois est un enfant et les décisions prises par le prochain Parlement et le prochain gouvernement pèseront directement sur leur avenir. Éducation, santé, protection, inclusion sociale, pauvreté et changement climatique : Derrière les programmes électoraux, la promesse du Maroc dans lequel vivront et grandiront les enfants d’aujourd’hui.

Ils n’ont pas de bulletin de vote, mais ils sont au cœur de l’équation. À quelques semaines des élections législatives du 23 septembre 2026, l’enfance s’impose comme un révélateur des politiques publiques. Car derrière les débats sur le pouvoir d’achat, l’emploi, la croissance ou les services publics, se trouve une génération qui dépend largement des choix budgétaires et sociaux des cinq prochaines années.C’est précisément le message porté par l’UNICEF Maroc. Dans un appel publié le 17 août, l’organisation invite les formations politiques à renforcer la place des droits de l’enfant dans leurs programmes électoraux et à les inscrire au cœur de l’action du prochain Parlement et du futur gouvernement. « Les enfants ne votent pas, mais les décisions prises aujourd’hui façonneront leur avenir et celui du Maroc pour les décennies à venir », souligne l’organisation.Pour l’UNICEF, investir dans les enfants constitue un levier de développement humain, de cohésion sociale et de prospérité durable. Le Maroc a certes enregistré des avancées au cours de la dernière décennie, notamment avec l’extension de la protection sociale, les réformes de la santé et de l’éducation, les programmes territoriaux de développement intégré et le renforcement du cadre juridique de protection de l’enfance. Mais il reste du chemin à parcourir.UrgencesLes chiffres avancés par l’UNICEF donnent la mesure du défi. Près de 8.000 nouveau-nés meurent chaque année avant d’atteindre l’âge d’un mois. Au cours de l’année scolaire 2024-2025, plus de 276.000 élèves ont quitté l’école. Sur la même période, environ 103.000 mineurs âgés de 7 à 17 ans étaient encore exposés au travail des enfants. À cela s’ajoute l’urgence climatique : près de 6,9 millions d’enfants subissent déjà les conséquences du stress hydrique et du changement climatique.Ces données changent la nature du débat. L’enfance ne peut plus être traitée comme un simple volet social des programmes politiques. Elle traverse l’école, la santé, la protection sociale, l’emploi des parents, le logement, l’environnement et même les politiques territoriales. L’organisation insiste par ailleurs sur la nécessité de produire des politiques publiques fondées sur les données, mieux ciblées vers les enfants les plus vulnérables et capables de réduire les inégalités territoriales.RNI : Agir d’abord sur l’écoleDans le programme 2026-2031 du RNI, l’enfance apparaît surtout à travers l’école, la réussite scolaire et le soutien aux familles. La formation promet de généraliser les écoles et collèges pionniers à l’horizon 2028, puis les lycées pionniers d’ici 2031. Elle vise également à réduire d’au moins 50% le taux de décrochage scolaire. Le programme prévoit le renforcement du transport scolaire dans les zones rurales, l’extension progressive des cantines scolaires, notamment pour les élèves du préscolaire et du primaire public, ainsi que le recours aux technologies numériques pour individualiser le soutien scolaire.Le parti entend aussi agir directement sur le budget des ménages. Il propose notamment un crédit d’impôt pouvant atteindre 5.000 DH par an et par enfant pour contribuer aux frais de scolarité, principalement au bénéfice des familles de la classe moyenne. Une philosophie qui se base essentiellement sur l’amélioration de l’offre éducative tout en réduisant le coût supporté par les familles.PAM : zéro décrochageLe PAM place également l’école au centre de son offre sociale. Son programme 2026 repose sur cinq « pactes » et vingt engagements, avec une enveloppe annoncée de 350 milliards de dirhams sur cinq ans. L'une des propositions les plus directement liées à l’enfance concerne le décrochage scolaire. Le parti propose la mise en place d’un mécanisme national de repérage des jeunes ayant quitté l’école, particulièrement entre 15 et 18 ans, afin de les orienter vers un retour à l’enseignement, la formation professionnelle ou l’apprentissage.Le PAM affiche ainsi l’objectif de « zéro interruption de la scolarité sans solution alternative» et envisage progressivement de garantir l’éducation ou la formation jusqu’à l’âge de 18 ans. Son programme prévoit également une transformation de l’école publique : généralisation du préscolaire à partir de 4 ans, transport scolaire dans le monde rural, restauration dans les zones vulnérables, dépistage médical régulier des capacités auditives et visuelles, temps quotidien consacré à la lecture et développement de l’éducation physique.Le parti revendique une école publique davantage conçue comme un outil d’égalité des chances et de promotion sociale. Ici, l’approche est davantage préventive : il ne s’agit pas seulement de rattraper les enfants déjà sortis du système, mais d’éviter que de nouvelles générations basculent dans le décrochage.Istiqlal : A travers la familleChez l’Istiqlal, l’enfance est davantage abordée à travers la famille et les services publics. Le programme 2026-2031, présenté sous le slogan «Watani Moustaqbali » ( Ma patrie, mon avenir ), s’articule autour de cinq grands engagements et accorde une place importante à la cohésion familiale.Le parti propose notamment de renforcer le rôle de l’école, de la culture et des médias publics dans la construction des valeurs communes, de développer les contenus en arabe et en amazighe et de mieux protéger les jeunes contre les risques liés aux réseaux sociaux. Il met également en avant la « médiation familiale », les crèches sociales et différents mécanismes de prise en charge des personnes vulnérables.Cette orientation traduit une conception plus familiale de la politique sociale : améliorer les conditions de vie de la cellule familiale pour mieux protéger l’enfant. Elle rejoint, sur certains aspects, les préoccupations de l’UNICEF concernant l’inclusion sociale et l’accès aux services essentiels, mais la question reste de savoir comment ces engagements seront déclinés en politiques spécifiquement centrées sur les droits de l’enfant.USFP : les droits d’abordL’USFP porte, de son côté, une approche plus explicitement fondée sur les droits de l’enfant. Ses engagements mettent notamment en avant la nécessité d’un arsenal juridique et législatif complet pour protéger les droits de l’enfant, leur intégration dans les politiques publiques et le renforcement des mécanismes institutionnels de protection.Le parti propose également des commissions régionales de protection de l’enfance, une meilleure prise en charge des enfants vulnérables et la lutte contre le phénomène des enfants vivant dans la rue. Dans son approche, la protection de l’enfance ne relève donc pas uniquement de l’aide sociale, mais d’un dispositif institutionnel associant droit, prévention, accompagnement et politiques territoriales.Cette logique rejoint directement l’un des axes de l’UNICEF : passer d’interventions dispersées à des systèmes territoriaux de protection capables d’identifier les enfants vulnérables, d’intervenir rapidement et d’éviter autant que possible la rupture avec la famille.PPS : Au cœur du développement humainLe PPS inscrit l’enfance dans une approche plus globale du développement humain. Son programme présenté début septembre compte 220 engagements répartis autour de quatre grands axes, avec une forte place accordée à la santé, à l’éducation et aux politiques sociales. Le parti défend notamment une remise à niveau de l’école et de l’hôpital publics et revendique une politique sociale plus ambitieuse.Sa lecture de la question de l’enfance passe ainsi par les déterminants sociaux : qualité des services publics, égalité territoriale, santé, éducation et réduction des inégalités. Une approche qui rejoint une réalité souvent rappelée par les organisations internationales : les droits de l’enfant ne peuvent être garantis par une seule politique sectorielle. Un enfant pauvre, éloigné d’une école de qualité, privé d’accès aux soins ou vivant dans une zone fortement touchée par le stress hydrique cumule plusieurs vulnérabilités.À la lecture des programmes, les propositions existent. Certaines sont précises et chiffrées. D’autres restent formulées en termes d’objectifs généraux. Le véritable test sera celui de leur financement, de leur calendrier d’exécution et de leur évaluation. Car l’expérience des dernières années montre que le Maroc ne manque pas nécessairement de stratégies. Le défi réside davantage dans leur territorialisation, leur coordination et leur capacité à atteindre effectivement les enfants les plus vulnérables.