Les Baronnes arrivent au Maroc : quand quatre grands-mères prennent le pouvoir sur scène
Les Baronnes réunit Saadia Bentaïeb dans le rôle de Fatima, aux côtés de Rachida Bouganhem, Halima Amrani et Rachida Riahi.

Quinze ans après Les Barons, Nabil Ben Yadir revient avec une œuvre qui change de regard et de génération. Coréalisé avec sa mère Mokhtaria Badaoui, Les Baronnes sort dans les salles marocaines le 9 septembre et place quatre grands-mères de Molenbeek au centre d’une histoire drôle, tendre et résolument émancipatrice.

Le cinéma de Nabil Ben Yadir revient au Maroc avec une nouvelle histoire de famille, de transmission et de liberté. Les Baronnes, son nouveau long métrage coréalisé avec sa mère Mokhtaria Badaoui, investit les salles marocaines à partir du 9 septembre 2026.Le film, d’une durée de 96 minutes, est actuellement programmé dans plusieurs salles du Royaume, notamment à Casablanca, Tanger et Rabat. La Cinémathèque de Tanger l’a également inscrit à sa programmation. Après Les Barons, sorti en 2009 et consacré à une jeunesse bruxelloise issue notamment de l’immigration marocaine, le réalisateur déplace cette fois son regard vers celles qui occupent souvent une place discrète dans les récits de cinéma : les mères et les grands-mères.
Quatre femmes, un rêve et une scèneAu cœur du film se trouve Fatima, 65 ans. Sa vie bascule lorsqu’elle découvre que son mari mène depuis une dizaine d’années une double vie au Maroc. Plutôt que de s’enfermer dans la douleur, Fatima décide de reprendre le fil d’un rêve abandonné depuis des décennies : le théâtre. Elle retrouve alors une ambition laissée derrière elle depuis sa jeunesse, lorsqu’elle devait jouer Hamlet, et entraîne dans son aventure ses trois amies, Mériem, Romaissa et Inès.Ensemble, elles deviennent les « Baronnes », quatre femmes qui refusent désormais de rester spectatrices de leur propre existence. Leur projet artistique va rapidement dépasser le cadre de la scène et bouleverser leur entourage, leur quartier et, plus largement, leur manière d’envisager leur place dans la société.De la comédie familiale à un récit d’émancipationDerrière l’humour et les situations parfois décalées, Les Baronnes porte un regard sur une génération de femmes rarement placée au premier plan.Le film s’intéresse à ces parcours féminins faits de sacrifices, de responsabilités familiales et de rêves parfois ajournés. Il leur restitue une parole, une énergie et surtout un désir de vivre qui ne disparaît pas avec l’âge.C’est précisément cette volonté qui est à l’origine du projet. Mokhtaria Badaoui, qui signe le film avec son fils, défend depuis plusieurs années l’idée que les mères et les grands-mères restent insuffisamment représentées dans le cinéma. Les Baronnes transforme cette conviction en une histoire où ces femmes ne sont plus de simples personnages secondaires, mais les véritables moteurs du récit.Une histoire de mère et de fils derrière la caméraLa singularité du film tient aussi à son histoire de fabrication. Nabil Ben Yadir partage cette fois la réalisation avec sa mère, Mokhtaria Badaoui. Leur collaboration donne au film une dimension particulière, nourrie par une relation familiale et par une volonté commune de faire entendre la voix de femmes appartenant à une génération souvent peu visible à l’écran.Pour le cinéaste belgo marocain, cette nouvelle œuvre constitue également une manière de prolonger son univers tout en changeant radicalement de perspective. Là où Les Barons observait les aspirations d’une jeunesse masculine de Molenbeek, Les Baronnes place quatre femmes âgées au centre du récit et leur donne l’espace nécessaire pour reprendre possession de leurs rêves.Saadia Bentaïeb porte le rôle de FatimaLe film réunit notamment Saadia Bentaïeb dans le rôle de Fatima, aux côtés de Rachida Bouganhem, Halima Amrani, Rachida Riahi et d’autres comédiens.Le casting accompagne cette volonté de donner au récit une dimension profondément humaine. Fatima n’est pas présentée comme une héroïne exceptionnelle au sens classique du terme. Elle est une femme ordinaire confrontée à une rupture, mais qui transforme cette épreuve en point de départ d’une nouvelle vie.Son désir de théâtre devient alors une métaphore plus large : celui de toutes celles qui pensent qu’il est trop tard pour recommencer, jusqu’au jour où elles décident de monter sur scène.Un film qui fait aussi écho au MarocLe Maroc n’est pas seulement présent en marge du récit. Il constitue un élément déclencheur de l’histoire puisque Fatima découvre que son mari entretient depuis des années une seconde vie dans le Royaume.Cette présence marocaine donne au film une résonance particulière au moment de sa sortie nationale. Le public marocain découvre ainsi une œuvre qui parle de migration, de famille, de mémoire et de liens entre les deux rives, tout en adoptant le point de vue de femmes issues de l’immigration.La sortie du film intervient par ailleurs à un moment particulièrement favorable à la fréquentation des salles, avec la troisième édition de la Fête du Cinéma prévue du 10 au 13 septembre dans plusieurs multiplexes du Royaume. Les Baronnes figure parmi les sorties mises en avant à cette occasion.Un rendez vous avec un autre regardAvec Les Baronnes, Nabil Ben Yadir et Mokhtaria Badaoui choisissent de filmer autrement celles que le cinéma laisse parfois dans l’ombre. Leur récit ne cherche pas à transformer ces femmes en symboles. Il leur offre plutôt quelque chose de plus précieux : du temps, de l’espace et le droit de rêver encore.Entre comédie, drame et tonalité musicale, le film fait de la scène un lieu de reconquête personnelle. Quatre grands-mères y retrouvent une jeunesse qu’elles croyaient perdue et découvrent qu’il n’existe peut-être pas d’âge pour reprendre la parole.