Lekjaa chez les patrons. Comment le PAM compte répondre aux défis économiques
À la CGEM, Fouzi Lekjaa a présenté les principales orientations économiques du PAM, misant notamment sur l’entreprise, la formalisation de l’informel, la protection sociale, l’éducation et la création d’emplois.

À la CGEM, Fouzi Lekjaa a présenté les grandes orientations économiques du programme du PAM pour les législatives du 23 septembre. Formalisation de l’économie, rôle du secteur privé, protection sociale, éducation et emploi des jeunes : le membre du bureau politique du parti a détaillé les principaux leviers proposés pour répondre aux défis économiques du Maroc

À la CGEM, Fouzi Lekjaa a présenté une lecture du projet économique du PAM qui place l’entreprise et la création de valeur au centre du modèle de développement. Formalisation de l’informel, investissement, protection sociale, éducation et emploi : au-delà des mesures sectorielles, le membre du bureau politique du parti a insisté sur plusieurs mécanismes qu’il considère déterminants pour améliorer le fonctionnement de l’économie. Repenser le rapport entre État et entreprisePour le PAM, le développement économique passe d’abord par une implication accrue du secteur privé. Fouzi Lekjaa défend une conception dans laquelle l’entreprise ne serait pas seulement bénéficiaire des politiques publiques, mais un acteur central de la création de richesse et d’emplois. « Pour nous, l’entreprise est une conviction, est un partenaire essentiel », a-t-il déclaré, allant jusqu’à qualifier le secteur privé de « locomotive » du développement.Cette orientation implique, dans sa vision, un État davantage mobilisé pour créer un environnement favorable à l’activité économique. Elle intervient alors que le Maroc a fortement accru ses efforts en matière d’investissement public et d’infrastructures. Lekjaa évoque notamment une hausse de 110 milliards de dirhams de l’investissement public.L’enjeu est désormais de mieux connecter les territoires et les infrastructures. Le responsable du PAM cite notamment les liaisons entre Marrakech, Fès et Meknès et l’accès de ces régions aux infrastructures aéroportuaires. Le transport aérien constitue, selon lui, un autre potentiel de développement : le trafic a atteint 36 millions de passagers et pourrait progresser davantage avec la modernisation des aéroports engagée dans la perspective du Mondial.Formaliser sans transformer l’informel en contribuableLa question de l’économie informelle s’inscrit dans cette volonté de transformation. Le PAM prévoit d’engager à partir de 2027 un chantier de formalisation, notamment à travers la loi de finances. Mais Lekjaa écarte explicitement une approche centrée sur la fiscalité. « On ne veut pas fiscaliser l’informel, on ne veut pas gagner de la fiscalité là-dessus », affirme-t-il.Le parti privilégie plutôt l’intégration des opérateurs dans un environnement institutionnel mieux défini. L’objectif serait de leur permettre d’évoluer dans « un cadre clair et transparent » et, en contrepartie, de pouvoir accéder aux mécanismes de soutien et aux incitations destinés à développer leurs activités. La bancarisation et le paiement électronique doivent également accompagner cette transition, avec une perspective fixée à l’horizon 2030.Le social confronté à la réalité des revenusLa protection sociale constitue un autre volet où le PAM entend tenir compte de la diversité des situations économiques. Agriculteurs, artisans et travailleurs intérimaires du tourisme figurent parmi les catégories citées par Lekjaa. Leur point commun : des revenus qui peuvent être irréguliers et qui rendent plus complexe leur contribution au financement de la protection sociale.Le principe défendu est donc celui d'une contribution adaptée aux capacités financières. Lorsque les revenus ne permettent pas de payer les cotisations, l’État pourrait les prendre en charge. À l’inverse, les personnes disposant des ressources nécessaires devraient assumer leurs propres cotisations.Lekjaa rappelle dans ce cadre l’effort déjà consenti par les finances publiques en matière sociale, qu’il chiffre à 280 milliards de dirhams. Il met l'accent également sur l’évolution des budgets de la santé, passés de 19 à 42 milliards de dirhams, et de l’éducation, de 58 à 97 milliards.Éducation : le débat sur le partage des rôlesL’importance croissante des dépenses publiques pose également la question de la contribution du secteur privé à l’éducation. Selon les chiffres avancés par Lekjaa, cette contribution reste aujourd’hui autour de 13%, alors qu’une réforme avait fixé un objectif de 25%. Le PAM souhaite donc identifier les obstacles qui limitent le développement de l’offre privée et déterminer les mesures permettant de les lever. Incitations, ajustements et encadrement tarifaire font partie des pistes évoquées par le responsable du parti.La réflexion économique présentée par Lekjaa porte également sur la circulation de la valeur entre producteurs, intermédiaires et consommateurs. Le fonctionnement des circuits de distribution constitue, selon lui, un problème particulier lorsque les intermédiaires captent une part trop importante de la valeur. L’exemple des produits agricoles lui sert à illustrer les écarts pouvant exister entre le prix payé à l’agriculteur et celui acquitté par le consommateur. « Il n’y a pas de commerce qui absorbe cinq fois la valeur de l’investisseur », a-t-il affirmé.Lekjaa distingue toutefois cette situation de certains circuits de distribution des produits laitiers ou des boissons gazeuses, où les écarts ne seraient pas de même nature. Derrière cette question se pose celle du partage de la valeur créée tout au long de la chaîne, avec un impact direct sur le producteur, l’investisseur et, in fine, le consommateur.Le défi reste celui de l’emploiLa question de l’emploi ramène enfin au principal déséquilibre évoqué par Lekjaa : la faiblesse de la participation d’une partie de la population au marché du travail, particulièrement les femmes et les jeunes.Il cite un taux d’activité de 69% chez les hommes, contre 19% chez les femmes. Le PAM estime par ailleurs à près de trois millions le nombre de jeunes « hors système », avec une estimation de 2,9 millions à laquelle Lekjaa ajoute 300.000 personnes pour arrondir son ordre de grandeur.Mais le responsable du PAM appelle aussi à ne pas confondre emploi et revenu. Pour lui, l’insertion économique doit être appréciée à l’aune de la capacité réelle d’une activité à générer un revenu, qu’il évoque à travers des niveaux de 200, 300 ou 500 dirhams.