Pour sa 23e édition, Tanjazz a retrouvé vendredi soir les jardins du Palais des Institutions Italiennes. Blues, soul, musique marocaine, guitare acoustique et funk cuivré se sont succédé dans une première soirée où Rodrigo y Gabriela, venus pour la première fois à Tanger le jour de la sortie de leur nouvel album OurHome, ont offert l'un des moments les plus saisissants de cette ouverture.
La nuit descend lentement sur Tanger. Au Palais des Institutions Italiennes, les premiers spectateurs franchissent les portes, se dispersent entre le Patio et le Jardin et s'arrêtent un instant pour écouter les premières notes. Après une année d'attente, Tanjazz est de retour. Pour sa 23e édition, le festival retrouve cette atmosphère singulière qui fait depuis longtemps son identité : celle d'un rendez-vous où les musiques se croisent, où les artistes venus d'horizons différents se répondent et où le public circule d'une scène à l'autre au gré des découvertes.Vendredi soir, cette promesse a immédiatement pris corps. Pendant plusieurs heures, le Palais des Institutions Italiennes s'est transformé en un vaste espace de rencontres musicales, passant du blues au swing, de la soul à la musique marocaine, de la guitare acoustique au funk, avant de laisser l'improvisation prolonger la nuit.The Groovy Four, les premières étincellesÀ 20 heures, The Groovy Four ouvrent la soirée sur la Scène Patio. Le groupe installe d'emblée un blues swing teinté de rhythm'n'blues, avec une musique chaleureuse et dansante qui permet au public d'entrer progressivement dans l'atmosphère du festival. Le guitariste et chanteur Martín Burguez donne le ton tandis que le Patio se remplit peu à peu.
The Groovy Four font swinger la scène patio en ouverture de Tanjazz 2026.
La soirée commence ainsi sans précipitation, portée par un groove qui laisse le temps aux spectateurs de prendre leurs marques. Les conversations s'espacent à mesure que la musique gagne du terrain et les premiers mouvements de danse apparaissent. Tanjazz retrouve alors son rythme naturel : celui d'un festival où il suffit de quelques mètres pour changer d'univers musical.À 21 heures, les regards se tournent pourtant vers la Scène Jardin. Un autre rendez-vous attend le public, et celui-ci va rapidement devenir l'un des grands moments de la soirée.Rodrigo y Gabriela : deux guitares, une première foisIl y a des concerts que l'on attend avec curiosité et d'autres dont on comprend, dès les premières minutes, qu'ils vont laisser une empreinte particulière. Celui de Rodrigo y Gabriela appartient à cette seconde catégorie.À 21 heures, le duo mexicain entre sur la Scène Jardin pour sa première prestation à Tanger. Le moment est d'autant plus particulier que leur nouvel album, OurHome, sort précisément ce 18 septembre 2026. Le public tangérois découvre donc le duo au moment même où une nouvelle étape de son parcours musical commence.
Pour leur première scène à Tanger, Rodrigo y Gabriela ont marqué l'ouverture de la 23e édition de Tanjazz.
Rodrigo Sánchez et Gabriela Quintero arrivent avec leurs deux guitares acoustiques et une présence scénique qui suffit à remplir l'espace. Chez eux, l'instrument ne se limite jamais à accompagner une mélodie. La caisse de la guitare devient percussion, les cordes deviennent rythme, et les deux instruments semblent parfois tenir à eux seuls le rôle d'un groupe entier.Il faut regarder leurs mains pour comprendre ce qui se passe sur scène. Rodrigo attaque les cordes avec une précision fulgurante tandis que Gabriela transforme son instrument en véritable caisse de résonance. Les frappes rythmiques donnent au morceau une pulsation physique, puis la mélodie revient, se mêle au rythme et repart dans une nouvelle direction. Leur virtuosité est évidente, mais elle ne prend jamais le dessus sur l'énergie du concert.Ce qui impressionne surtout, c'est cette sensation de démesure produite par deux seuls musiciens. Ils sont deux sur scène, mais leur musique paraît beaucoup plus vaste. Les guitares se poursuivent, se répondent et se superposent, tandis que chaque mouvement des mains semble participer à une chorégraphie invisible. La scène devient alors autant un espace à écouter qu'à regarder.
Le duo mexicain Rodrigo y Gabriela offre à Tanger un moment de grâce et de virtuosité en ouverture de Tanjazz 2026.
Cette approche est au cœur du langage musical construit par Rodrigo y Gabriela au fil de leur carrière. Leur guitare acoustique accueille des influences multiples, du rock aux rythmes latins, de la musique classique à leurs racines mexicaines, mais le résultat demeure profondément personnel. À Tanger, cette musique trouve un écho particulier dans une ville elle-même façonnée par les rencontres et les circulations entre les cultures.Le contexte donne encore davantage de relief à cette première venue. Le duo présente son nouvel univers à Tanger le jour même où OurHome paraît dans le monde. Le concert prend ainsi la forme d'une véritable rencontre entre une ville et deux artistes qui la découvrent pour la première fois.Dans le Jardin, le public accompagne chaque accélération, chaque rupture et chaque envolée. La musique devient progressivement collective, non pas parce qu'elle multiplie les instruments, mais parce qu'elle crée une relation directe entre les deux guitaristes et ceux qui les regardent. Lorsque le concert s'achève, l'impression demeure celle d'avoir assisté à quelque chose de plus grand qu'un simple récital de guitare.Gisele Jackson, la soul prend le relaisÀ 22 heures, le public retrouve le Patio avec Gisele Jackson & The Brooklyn Souls. Après l'intensité instrumentale de Rodrigo y Gabriela, l'atmosphère change de couleur. La voix de Gisele Jackson apporte une chaleur immédiatement perceptible, portée par des influences soul, gospel et funk qui donnent au concert une dimension très physique.
Le concert de Gisele Jackson & The Brooklyn a plongé le public au cœur d'une soul chaleureuse, nourrie de gospel et de funk. Tanjazz 2026.
La chanteuse occupe la scène avec une présence généreuse et directe, tandis que les Brooklyn Souls installent une assise rythmique qui invite naturellement le public à se rapprocher et à danser. Le Patio devient alors un espace plus chaleureux, presque intime malgré l'affluence, où la voix et le groove prennent le dessus.Cette alternance entre les deux scènes constitue l'une des forces de la soirée. Tandis qu'un concert s'achève dans le Jardin, un autre prend vie dans le Patio, permettant au public de circuler constamment entre des atmosphères différentes sans jamais quitter le cœur du festival.À 23 heures, les spectateurs reprennent cependant le chemin de la Scène Jardin. Cette fois, la musique les ramène vers le Maroc.Fehd Benchemssi & The Lalla, la couleur marocaine de la soiréeFehd Benchemssi & The Lalla prennent possession de la scène et proposent un autre voyage musical. Après le blues et la soul, puis la virtuosité acoustique de Rodrigo y Gabriela, le festival fait entendre une expression marocaine contemporaine, nourrie par la tradition mais ouverte aux influences extérieures.Le guembri et les rythmes donnent à la prestation une identité profondément enracinée. La musique de Fehd Benchemssi porte cette volonté de faire évoluer un héritage sans le figer, de lui permettre de dialoguer avec d'autres univers et de trouver sa place dans une programmation internationale.Le contraste avec le concert précédent est saisissant, mais il ne crée aucune rupture. Au contraire, il donne à la soirée une nouvelle profondeur. Après avoir traversé le Mexique à travers les guitares de Rodrigo y Gabriela, le public retrouve une expression musicale marocaine qui rappelle que Tanjazz n'est pas seulement une fenêtre ouverte sur les musiques du monde : le festival est aussi un espace où la création locale peut entrer en dialogue avec elles.Dans le Jardin, les rythmes s'installent progressivement et la soirée prend une tonalité plus enracinée, avant de repartir quelques instants plus tard vers une autre énergie.Les Haggis Horns font danser la nuitÀ minuit, le Patio accueille The Haggis Horns. Les cuivres prennent immédiatement le dessus et donnent à la nuit une nouvelle impulsion. Le funk britannique du groupe apporte une énergie collective, portée par les saxophones, les trompettes et une rythmique qui invite naturellement au mouvement.Après la guitare acoustique de Rodrigo y Gabriela, la soul de Gisele Jackson et les sonorités marocaines de Fehd Benchemssi & The Lalla, les Haggis Horns viennent compléter cette première soirée par un univers plus explosif. Le Patio se transforme peu à peu en piste de danse et les dernières heures de la nuit prennent une allure de club à ciel ouvert.Le festival aurait pu s'arrêter là, mais Tanjazz réserve encore une dernière étape à ceux qui choisissent de rester.Place à la Jam SessionVers 1h30, la Jam Session commence. À cette heure avancée de la nuit, le cadre change. Les concerts programmés, minutés et préparés laissent progressivement place à l'improvisation, aux rencontres entre musiciens et à cette part d'inattendu qui appartient à l'essence même du jazz.Les frontières entre les styles deviennent moins visibles. Les musiciens peuvent se retrouver, se répondre et prolonger un motif au-delà de ce qui était prévu. Le public, lui aussi, change de posture : après avoir suivi une succession de concerts, il devient témoin d'une musique qui se construit dans l'instant.Il est tard dans les jardins du Palais des Institutions Italiennes, mais la soirée semble refuser de se terminer. C'est peut-être à ce moment que Tanjazz retrouve le plus naturellement son esprit : celui d'un festival où la programmation est un point de départ et où la musique peut encore surprendre une fois les horaires officiels dépassés.Une première soirée entre héritage et découverteIl restera de cette ouverture de Tanjazz 2026 une succession d'images et de sonorités qui auront traversé le Palais pendant plusieurs heures. Il y aura eu le blues swing de The Groovy Four, la soul généreuse de Gisele Jackson & The Brooklyn Souls, la présence de Fehd Benchemssi & The Lalla, le funk cuivré des Haggis Horns et la liberté de la Jam Session.Mais l'image qui dominera sans doute cette première soirée est celle de Rodrigo y Gabriela, seuls au milieu de la Scène Jardin, leurs deux guitares entre les mains, face à un public tangérois qui les accueillait pour la première fois.Leur présence avait quelque chose de symbolique. Le même jour, leur nouvel album OurHome commençait son parcours dans le monde tandis que le duo découvrait Tanger. Deux guitaristes venus du Mexique, une ville marocaine ouverte sur l'Atlantique et la Méditerranée, et une musique qui semble n'avoir besoin d'aucune frontière pour circuler.La soirée s'est finalement construite sur cette idée de mouvement. D'un côté à l'autre du Palais, d'un style à l'autre, d'une culture à l'autre, Tanjazz a retrouvé sa capacité à faire dialoguer des univers qui auraient pu sembler éloignés.Et lorsque les dernières notes de la Jam Session se sont dissipées dans la nuit tangéroise, une image demeurait encore : celle de Rodrigo et Gabriela, quatre mains en mouvement sur deux guitares, donnant à entendre, pour leur première nuit à Tanger, une musique capable de transformer le bois, les cordes et le silence en un langage universel.