Oussama Barik, de la montagne à l’hémicycle (Portrait)
Sa promesse, porter la voix de la montagne au parlement

D’un téléphone brandi au cœur des montagnes de Midelt à un siège au Parlement, Oussama Barik a construit son parcours loin des circuits politiques traditionnels. Porté par une parole directe et un vécu partagé avec les habitants des zones montagneuses, le jeune député a transformé sa notoriété numérique en suffrages. Récit d’une ascension atypique, entre proximité, engagement et promesse d’être la voix de son territoire dans l’hémicycle.

Il avait un téléphone, une parole libre et les montagnes de Midelt pour décor. Oussama Barik, de son vrai nom Abdelaziz Barik, en a fait son terrain d’expression avant d’en faire son terrain politique. À 28 ans, le jeune créateur de contenu devenu député raconte un parcours construit au plus près des réalités rurales, des zones enclavées et des aspirations d’une jeunesse qui veut être entendue.Vécu personnel Avant le Parlement, il y avait la route. Et avant la politique, le vécu. Né le 15 mai 1998 à Imilchil, dans la province de Midelt, Abdelaziz Barik, connu sur les réseaux sociaux sous le nom d’Oussama Barik, a grandi dans un territoire où l’accès à l’école pouvait lui-même constituer une épreuve. « Encore enfant, je parcourais près de 15 kilomètres à pieds pour rejoindre mon école tout comme les autres enfants de mon village et ceux des douars voisins », raconte-t-il d’une voix émue.Une émotion qui n’affecte en rien sa détermination et son enthousiasme. Enfant, adolescent puis jeune homme, Oussama mûrit avant l’heure comme il aime à le répéter. Cette expérience personnelle n’est d’ailleurs pas étrangère aux thèmes qui ont ensuite marqué ses prises de parole sur les réseaux sociaux. Après des études universitaires en géographie, il s’est progressivement imposé sur Facebook à travers des vidéos consacrées aux réalités de sa région : enclavement, routes, infrastructures, accès aux services de base, mais aussi difficultés rencontrées par les jeunes des zones rurales et montagneuses. "Sincérité, la clé" « Les gens aimaient mon franc-parler et détectent ma sincérité. C’est ainsi que mon contenu a pu les séduire », nous explique-t-il. Son terrain de prédilection n’était pas un plateau de télévision. C’était son téléphone. Avec des moyens limités et un ton direct, Barik s’est vite construit une grande audience en parlant de ce qu’il connaissait, ce qu’il vivait concrètement. Dans ses vidéos, les questions de développement territorial ne sont pas présentées comme des notions abstraites et théoriques. Elles prennent la forme d’une route difficilement praticable, d’un village isolé, d’un problème d’électricité ou de connexion, ou encore de difficultés pour accéder aux services essentiels.
Proximité, l'atout de Oussama
Au fil du temps, ses vidéos ont dépassé le simple cadre du contenu numérique. Elles sont devenues un espace où il relayait les préoccupations des habitants d’Imilchil et d’autres zones montagneuses de la province de Midelt. Enfant de la montagne, il en faisait son contenu. Un terrain qu’il maîtrise et un vécu qu’il expérimente au quotidien et qu’il n’hésite pas à partager avec ses followers avec « des mots simples, directes et surtout venant du cœur », insiste le jeune député. NotoriétéC’est dans ce contexte qu’Oussama Barik a décidé de passer de la «simple » prise de parole sur l’écran à l’action politique et à la candidature au parlement. Son choix peut surprendre dans une circonscription où les élections ont longtemps été marquées par des formations disposant d’un appareil politique et d’un ancrage local bien établis. Lui, il arrive avec une autre forme de capital : une notoriété construite sur les réseaux sociaux, une proximité revendiquée avec les habitants des zones qu’il connaît de l’intérieur et surtout un courage à toute épreuve.« Mon secret ? Il n’y pas de secrets. Avec ces gens, le courant est vite passé et une connexion s’est vite établie car nous parlons le même langage, nous partageons le même vécu, nous portons les mêmes espoirs et les mêmes déceptions. On se ressemble, je me vois en eux et ils se voient en moi tout simplement », résume-t-il avec cette éloquence qu’il a su aiguiser devant la caméra de son téléphone et qui a résisté à l’épreuve du terrain et du contact direct avec les populations. Durant la campagne électorale, il est resté fidèle à lui-même et n’a pas véritablement changé de méthode. En parallèle avec le terrain au plus près des électeurs, les réseaux sociaux sont restés au cœur de sa communication. Mais cette fois, le message ne portait pas seulement sur les problèmes de la région : il accompagnait une candidature aux législatives sous les couleurs du Parti de l’unité et de la démocratie.Les fruits du labeurLe résultat a surpris par ailleurs par son ampleur. Selon les résultats rapportés après le dépouillement de 80 % des suffrages, Oussama Barik arrivait en tête dans la circonscription de Midelt avec 21,19 % des voix, soit environ 32.684 suffrages. Il devançait Rachid Taïbi Alaoui du Mouvement populaire et Marouane Chbaatou du Parti Authenticité et Modernité. Pour le Parti de l’unité et de la démocratie, cette victoire revêt également une dimension particulière : Barik lui a permis de décrocher son unique siège à la Chambre des représentants lors de ce scrutin. Un pari gagné. Loin des circuits classiques de l’action politique, la particularité du parcours de Barik tient aussi à sa forte symbolique. Il en devient un exemple, un modèle à suivre. Et il en est conscient. « Mon succès est une invitation aux autres jeunes à s’impliquer politiquement et à passer à l’action. C’est la seule manière de voir se cristalliser la montagne dont nous rêvons tous. La montagne, lieu de vie digne, qui n’est pas en reste, nullement enclavée qui arrive à retenir ses enfants sur place car profitant pleinement d’un développement équitable et durable », proclame-t-il.Engagement à l'état brut Si Oussama n’a pas fait une progression au sein d’une organisation partisane, n’a pas milité parmi ses rangs, il a toutefois saisi l’essentiel de l’engagement politique. A sa manière, il a su toucher une large frange de la population et surtout la convaincre. Si Certains observateurs lui reprochent de privilégier la recherche de visibilité sur les réseaux sociaux, lui estime que cette exposition numérique a été une manière de porter la voix de son territoire et à faire connaître son vécu et ses préoccupations bien au-delà du cercle local.Le passage de Facebook à la campagne électorale constituait donc un pari pour le jeune homme : la visibilité numérique pouvait-elle se transformer en mobilisation sur le terrain et, surtout, en votes ? Les résultats de Midelt apportent une première réponse électorale à cette question, sans pour autant permettre de réduire le vote à la seule influence des réseaux sociaux. Car derrière le numérique, il y a un territoire et une Histoire commune, comme l’indique-t-il. De la caméra au terrainUne fois candidat, Barik a quitté l’espace relativement confortable de la vidéo pour aller à la rencontre des habitants dans les villages et les quartiers de la province. Il a conservé le ton direct et la verve qui avaient contribué à sa notoriété, mais l’enjeu avait changé. Il ne s’agissait plus seulement de montrer une route difficile, de dénoncer un problème ou de réclamer un service. Il fallait convaincre les électeurs de lui confier un mandat pour porter ces préoccupations au sein de l'institution parlementaire.La transition n’est pas anodine. La vidéo permet de réagir immédiatement à un problème. Le mandat parlementaire impose, lui, de transformer les revendications en propositions, de suivre les politiques publiques, de participer au travail législatif et de rendre compte aux électeurs. À 28 ans, Oussama Barik appartient à une génération qui entretient avec la politique un rapport différent de celui des générations précédentes.« A chaque passage dans l’un des douars que je visitais pendant la campagne, les gens me disaient : Nous voulons que tu sois notre voix au Parlement. Cette confiance me remplissait de joie mais en même temps je me rendais compte de l’ampleur de la responsabilité», explique-t-il. Des mots qui en disent long sur la relation que le jeune influenceur cherche à construire avec son public et son électorat. Une proximité qui constitue autant une attente qu’un atout. De la montagne au Parlement, Oussama a fait du chemin. Mais le véritable test pour l’influenceur fraîchement converti en député reste à venir : transformer la parole portée face à la caméra en travail parlementaire, et les revendications de terrain en action politique. Après avoir gagné une audience sur les réseaux sociaux et des voix dans les urnes, il lui faudra désormais convaincre dans l’hémicycle.