Conseil de la concurrence. 43 millions de DH de sanctions et une surveillance accrue des marchés
Concentrations économiques, pratiques commerciales et formation des prix : le Conseil de la concurrence a rendu 202 décisions et avis en 2025. Son bilan met en évidence l’ampleur des opérations de rapprochement entre entreprises, mais aussi les difficultés concurrentielles qui persistent dans plusieurs secteurs, de la distribution alimentaire à la santé.
Le contrôle des opérations entre entreprises et la surveillance des pratiques commerciales ont occupé une place centrale dans l’activité du Conseil de la concurrence en 2025. Au total, l’institution a rendu 202 décisions et avis, tandis que les sanctions pécuniaires prononcées ont dépassé 43 millions de dirhams. Les dossiers traités couvrent aussi bien les rapprochements économiques que les conditions d’accès aux marchés et les relations entre fournisseurs, distributeurs et prestataires de services.Les concentrations, principal volet de l’activitéAvec 190 décisions formelles, le contrôle des concentrations économiques constitue le premier domaine d’intervention du régulateur. Le volume de ces décisions a progressé de plus de 17 % par rapport à 2024, dans un contexte marqué par la poursuite des opérations de restructuration et d’investissement.La majorité des opérations examinées a obtenu l’autorisation du Conseil. Les montants financiers associés dépassent 2.000 milliards de dirhams. Ces volumes sont toutefois largement liés à des opérations internationales impliquant des entreprises étrangères. Ils ne correspondent donc pas exclusivement à des investissements réalisés au Maroc.Au-delà des montants engagés, l’enjeu du contrôle consiste à apprécier les effets de ces rapprochements sur la structure des marchés et les conditions de concurrence. Le suivi des opérations demeure également déterminant pour s’assurer du respect des obligations de notification préalable.Livraison de repas : les pratiques commerciales sous surveillanceLe contrôle des comportements des entreprises a également donné lieu à des sanctions. Parmi les dossiers cités figure celui de Glovo, dans le secteur de la livraison de repas. L’accord transactionnel conclu avec l’opérateur prévoit notamment la suppression de clauses d’exclusivité considérées comme restrictives, davantage de transparence sur les algorithmes de classement et un plafonnement des commissions appliquées aux commerçants partenaires.Ce dossier illustre les questions concurrentielles soulevées par les plateformes numériques : accès des commerçants aux services, visibilité des offres et conditions économiques imposées aux partenaires. Il montre aussi que l’intervention du régulateur peut porter sur les modalités de fonctionnement d’un marché, au-delà de la seule sanction financière.Distribution alimentaire : la formation des prix en questionLes travaux consultatifs du Conseil ont également porté sur les circuits de distribution des produits alimentaires. Les analyses présentées dans le bilan font ressortir des tensions concernant les marges brutes de certains produits de grande consommation et les relations commerciales entre fournisseurs et grandes surfaces.La transparence sur la formation des prix et l’équilibre des relations entre les différents intervenants figurent parmi les pistes avancées. L’objectif est de mieux comprendre la répartition de la valeur tout au long de la chaîne, depuis les fournisseurs jusqu’aux distributeurs et au consommateur final.Ces questions revêtent un intérêt particulier dans un contexte où le prix payé par le consommateur dépend de plusieurs facteurs : coûts d’approvisionnement, conditions de négociation, logistique et marges successives. L’analyse concurrentielle vise à déterminer dans quelle mesure les pratiques observées peuvent affecter le fonctionnement du marché.Ciment, céréales et médicaments : des contraintes structurellesD’autres secteurs ont fait l’objet d’analyses spécifiques. Dans le ciment, la concentration des capacités de production et les barrières à l’entrée sont identifiées comme des facteurs susceptibles de limiter la concurrence. Dans les filières céréalières et la meunerie, la dépendance aux importations et certains mécanismes de subvention soulèvent des questions sur les conditions de fonctionnement des marchés.Le Conseil recommande notamment un meilleur ciblage des aides publiques et une évolution progressive des mécanismes de soutien à la transformation. L’enjeu consiste à concilier les objectifs de politique publique avec des conditions de concurrence adaptées.La chaîne pharmaceutique figure également parmi les secteurs examinés. Les difficultés financières rencontrées par les grossistes-répartiteurs et les pharmacies d’officine, dans un contexte de pression sur les marges et de charges d’exploitation élevées, mettent en évidence les fragilités du circuit de distribution des médicaments.Les pistes évoquées portent sur les modes de rémunération des acteurs, les prix des médicaments et le développement des génériques. Ces questions touchent à la fois à l’équilibre économique des professionnels, à l’organisation de l’approvisionnement et à l’accès des patients aux traitements.