À Paris Photo 2026, l’artiste marocain Hicham Benohoud investit l’image comme un espace de construction et d’étrangeté. Présenté par la galerie L’Atelier 21, son travail réunit trois séries, Papier peint, Perchoirs et Landscaping, dans lesquelles les paysages du sud du Maroc deviennent le théâtre de compositions minutieuses, aussi physiques que déroutantes.
Chez Hicham Benohoud, la photographie commence bien avant le déclenchement. Dans les paysages arides du sud du Maroc, l’artiste construit des structures métalliques, élève des murs qu’il recouvre de papier peint et agence des centaines de carreaux et de matériaux à même le sol. Il façonne des situations réelles pour produire des images qui semblent pourtant défier toute logique.Rien n’est simulé par le numérique. Les objets existent, les décors sont construits et les scènes prennent forme dans l’espace avant d’être photographiées. L’illusion naît du regard, de la perspective et de l’agencement des éléments. Ce qui paraît impossible devient tangible, tandis que le paysage familier se charge d’une étrangeté presque silencieuse.
Chaque image de Hicham Benohoud est construite dans le réel avant d’être photographiée.
Avec Papier peint, Perchoirs et Landscaping, présentées par L’Atelier 21, l’artiste poursuit une recherche où le geste plastique précède l’image. Ses photographies ne documentent pas simplement un lieu : elles en déplacent les repères et en révèlent les possibilités insoupçonnées.L’étrangeté comme langage artistiqueNé en 1968 à Marrakech, où il vit et travaille, Hicham Benohoud développe depuis les années 1990 une œuvre à la croisée de la photographie, de la peinture et de la mise en scène. Son esthétique, parfois proche du surréalisme, repose sur le détournement du quotidien, les perspectives inhabituelles et les associations inattendues. L’humour y côtoie l’absurde, tandis qu’une tension discrète trouble la perception. Plutôt que de saisir l’instant sur le vif, l’artiste privilégie les mises en scène pour composer des images singulières, poétiques et ironiques.Cette recherche ne se limite pas à l’expérimentation visuelle. Elle traverse également une réflexion sur l’identité, les normes sociales et les rapports de pouvoir. Sa série La Salle de classe, réalisée entre 1994 et 2002 alors qu’il enseignait les arts plastiques à Marrakech, mettait déjà en scène les corps de ses élèves dans des postures contraignantes, révélant les mécanismes de discipline et d’effacement de l’individu. L’œuvre interroge notamment l’enfermement social et la pression du collectif.
Tout ce qui apparaît devant l’appareil de Hicham Benohoud a réellement existé, sans photomontage, retouche ni intelligence artificielle.
Le travail de Benohoud se distingue ainsi par sa capacité à faire surgir le trouble sans recourir aux effets numériques. En construisant physiquement ses images, il laisse au spectateur le soin de questionner ce qu’il voit et ce qu’il croit reconnaître.Présentes dans les collections de la Tate, du Museo Reina Sofía, du MuHKA, du Fonds national d’art contemporain et du MACAAL, ses œuvres bénéficient d’une reconnaissance internationale. En 2025, son ouvrage The Classroom, publié par Loose Joints, a remporté le prix du livre photographique de l’année aux Paris Photo–Aperture PhotoBook Awards.À Paris Photo 2026, cette nouvelle présentation de L’Atelier 21 prolonge un parcours où la photographie devient un lieu d’expérimentation, entre matière et illusion, réel et imaginaire. Une œuvre qui ne cherche pas tant à représenter le monde qu’à en déplacer les contours.