Formation continue. Le CESE appelle à une refonte en profondeur du système
Malgré un cadre légal renforcé et des mécanismes de financement dédiés, la formation continue reste peu accessible aux salariés et aux entreprises marocaines. Dans un avis récemment publié, le CESE plaide pour une réforme d’urgence du dispositif, fondée sur une gouvernance indépendante, une simplification des procédures et une meilleure inclusion des TPME et des travailleurs non-salariés.
Mounia Kabiri Kettani
Le CESE appelle à une réforme urgente de la formation continue afin d'élargir son accès aux salariés et aux entreprises, renforcer les compétences et améliorer la compétitivité de l'économie marocaine.
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) sonne l’alarme sur l’état de la formation continue dans le secteur privé. Dans un avis intitulé « La formation continue dans le secteur privé : une réforme d’urgence pour faciliter l’accès des travailleur-se-s et des entreprises », l’institution estime que le système actuel ne répond plus aux besoins du marché du travail ni aux exigences de compétitivité de l’économie marocaine.
Si la formation continue s’est progressivement imposée comme un levier essentiel de valorisation du capital humain et d’accompagnement de secteurs stratégiques tels que l’automobile ou l’aéronautique, son accès demeure limité à une minorité d’entreprises et de salariés.
Un dispositif encore largement sous-utilisé
Les chiffres avancés par le CESE illustrent l’ampleur du défi. En 2022, seules 1.647 entreprises ont bénéficié des Contrats Spéciaux de Formation (CSF) sur près de 315.000 entreprises cotisantes, soit moins de 0,5 % du tissu économique concerné.
La situation est encore plus restrictive pour les travailleurs indépendants et les non-salariés, largement exclus du dispositif en raison des conditions d’éligibilité liées à l’affiliation à la CNSS. Même constat concernant la validation des acquis de l’expérience professionnelle (VAE). Depuis son lancement en 2008, seulement 1.488 personnes ont obtenu une certification, alors qu’une part importante de la population active exerce sans diplôme reconnu.
Pour le CESE, ces résultats témoignent d’un système qui peine à jouer pleinement son rôle dans l’amélioration de l’employabilité et l’adaptation des compétences aux mutations économiques.
Des freins structurels persistants
L’avis met en évidence plusieurs dysfonctionnements qui entravent l’efficacité du dispositif. Le premier concerne l’inachèvement du cadre réglementaire. Bien que la loi 60-17 ait introduit des avancées importantes, plusieurs textes d’application demeurent attendus, retardant la mise en œuvre effective de nombreux mécanismes prévus par la réforme.
À cela s’ajoutent des procédures administratives jugées complexes, des délais de remboursement souvent longs et une accessibilité limitée aux financements, particulièrement pour les très petites, petites et moyennes entreprises.
Le CESE pointe également les déséquilibres territoriaux. L’offre de formation qualifiée reste fortement concentrée dans les grands centres économiques, notamment à Casablanca, où se trouvent la majorité des organismes agréés et des experts habilités. Une situation qui pénalise les entreprises implantées dans les autres régions du Royaume.
Une nouvelle gouvernance pour piloter la réforme
Face à ces limites, le Conseil recommande de repenser en profondeur la gouvernance du système. L’une des propositions phares consiste à créer une instance nationale indépendante dédiée à la formation continue et à la valorisation des compétences, distincte de l’OFPPT. Cette structure serait dotée d’une représentation équilibrée entre l’État, les employeurs et les partenaires sociaux.
Selon le CESE, cette nouvelle gouvernance permettrait de clarifier les responsabilités, de renforcer le pilotage stratégique du dispositif et d’assurer une meilleure coordination entre les différents acteurs. L’institution préconise également la création d’un fonds dédié à la formation continue, alimenté notamment par 30 % des recettes de la taxe de formation professionnelle.
Le Conseil appelle par ailleurs à une simplification radicale des procédures grâce à la mise en place d’une plateforme numérique nationale couvrant l’ensemble du cycle de formation : dépôt des demandes, gestion administrative, remboursement et suivi des actions réalisées. Cette digitalisation devrait permettre d’améliorer la transparence du système tout en réduisant les délais de traitement.
Le CESE recommande également une prise en charge intégrale des coûts de formation pour les très petites entreprises, considérées comme les principales exclues du dispositif actuel malgré leur poids dans l’économie nationale.
Au-delà des aspects institutionnels, le Conseil plaide pour une évolution des méthodes pédagogiques afin de mieux répondre aux contraintes des actifs et aux transformations du monde du travail. L’avis préconise ainsi le développement de formats plus flexibles, intégrant la formation à distance, les parcours hybrides et les modules de courte durée. L’objectif est de faciliter l’accès à la montée en compétences tout au long de la vie professionnelle.
Pour le CESE, la réforme de la formation continue dépasse la seule question de l’emploi. Elle constitue un levier stratégique pour accompagner la transformation de l’économie marocaine, renforcer la productivité des entreprises et préparer les compétences nécessaires aux métiers de demain.
À l’heure où les transitions numérique, industrielle et écologique redessinent les besoins du marché du travail, l’institution estime qu’un système de formation continue plus inclusif, plus agile et mieux gouverné est devenu une nécessité économique autant qu’un impératif social.
Si la formation continue s’est progressivement imposée comme un levier essentiel de valorisation du capital humain et d’accompagnement de secteurs stratégiques tels que l’automobile ou l’aéronautique, son accès demeure limité à une minorité d’entreprises et de salariés.
Un dispositif encore largement sous-utilisé
Les chiffres avancés par le CESE illustrent l’ampleur du défi. En 2022, seules 1.647 entreprises ont bénéficié des Contrats Spéciaux de Formation (CSF) sur près de 315.000 entreprises cotisantes, soit moins de 0,5 % du tissu économique concerné.
La situation est encore plus restrictive pour les travailleurs indépendants et les non-salariés, largement exclus du dispositif en raison des conditions d’éligibilité liées à l’affiliation à la CNSS. Même constat concernant la validation des acquis de l’expérience professionnelle (VAE). Depuis son lancement en 2008, seulement 1.488 personnes ont obtenu une certification, alors qu’une part importante de la population active exerce sans diplôme reconnu.
Pour le CESE, ces résultats témoignent d’un système qui peine à jouer pleinement son rôle dans l’amélioration de l’employabilité et l’adaptation des compétences aux mutations économiques.
Des freins structurels persistants
L’avis met en évidence plusieurs dysfonctionnements qui entravent l’efficacité du dispositif. Le premier concerne l’inachèvement du cadre réglementaire. Bien que la loi 60-17 ait introduit des avancées importantes, plusieurs textes d’application demeurent attendus, retardant la mise en œuvre effective de nombreux mécanismes prévus par la réforme.
À cela s’ajoutent des procédures administratives jugées complexes, des délais de remboursement souvent longs et une accessibilité limitée aux financements, particulièrement pour les très petites, petites et moyennes entreprises.
Le CESE pointe également les déséquilibres territoriaux. L’offre de formation qualifiée reste fortement concentrée dans les grands centres économiques, notamment à Casablanca, où se trouvent la majorité des organismes agréés et des experts habilités. Une situation qui pénalise les entreprises implantées dans les autres régions du Royaume.
Une nouvelle gouvernance pour piloter la réforme
Face à ces limites, le Conseil recommande de repenser en profondeur la gouvernance du système. L’une des propositions phares consiste à créer une instance nationale indépendante dédiée à la formation continue et à la valorisation des compétences, distincte de l’OFPPT. Cette structure serait dotée d’une représentation équilibrée entre l’État, les employeurs et les partenaires sociaux.
Selon le CESE, cette nouvelle gouvernance permettrait de clarifier les responsabilités, de renforcer le pilotage stratégique du dispositif et d’assurer une meilleure coordination entre les différents acteurs. L’institution préconise également la création d’un fonds dédié à la formation continue, alimenté notamment par 30 % des recettes de la taxe de formation professionnelle.
Le Conseil appelle par ailleurs à une simplification radicale des procédures grâce à la mise en place d’une plateforme numérique nationale couvrant l’ensemble du cycle de formation : dépôt des demandes, gestion administrative, remboursement et suivi des actions réalisées. Cette digitalisation devrait permettre d’améliorer la transparence du système tout en réduisant les délais de traitement.
Le CESE recommande également une prise en charge intégrale des coûts de formation pour les très petites entreprises, considérées comme les principales exclues du dispositif actuel malgré leur poids dans l’économie nationale.
Au-delà des aspects institutionnels, le Conseil plaide pour une évolution des méthodes pédagogiques afin de mieux répondre aux contraintes des actifs et aux transformations du monde du travail. L’avis préconise ainsi le développement de formats plus flexibles, intégrant la formation à distance, les parcours hybrides et les modules de courte durée. L’objectif est de faciliter l’accès à la montée en compétences tout au long de la vie professionnelle.
Pour le CESE, la réforme de la formation continue dépasse la seule question de l’emploi. Elle constitue un levier stratégique pour accompagner la transformation de l’économie marocaine, renforcer la productivité des entreprises et préparer les compétences nécessaires aux métiers de demain.
À l’heure où les transitions numérique, industrielle et écologique redessinent les besoins du marché du travail, l’institution estime qu’un système de formation continue plus inclusif, plus agile et mieux gouverné est devenu une nécessité économique autant qu’un impératif social.
