Coupe du Monde FIFA 2026 – Vers un quart de final Maroc-France sous le regard de l’anthropologie du sport
Ce serait un match très disputé… au sens de la disputatio latine : une confrontation où le terrain deviendrait le théâtre de deux imaginaires collectifs.

À surprendre nos compatriotes français, le Maroc peut créer la surprise, et donc surprendre le monde encore davantage.
Au-delà des considérations techniques et de tactique sportive, des qualités individuelles des joueurs et de la capacité d’un coach à construire un jeu collectif (une éthique du dépassement de soi), une équipe nationale est un condensé de l’état d’une société au sens d’une (en)quête anthropologique.
Le football révèle ce que les sondages, les indicateurs économiques ou les discours politiques ne perçoivent pas : la nature et la qualité des liens qui unissent un peuple.
C’est cette dimension que nous qualifierons d’« anthropolitique » au sens que nous a légué Edgar Morin (1921 -2026) récemment disparu et fin observateur et acteur décisif de la relation franco-marocaine.
Par anthropolitique, nous entendons l’étude des conditions par lesquelles une société organise ses liens avec les humains, le vivant, les mémoires, les symboles et les récits, jusqu’à produire une puissance collective capable de se manifester dans les domaines politique, culturel... mais aussi sportif.
Le vivant lui-même participe de cette cristallisation des imaginaires. Les Lions de l’Atlas, le Coq gaulois, les Aigles ou les Dragons .... Ils sont des figures de l’imaginaire collectif, des médiateurs entre une communauté et la représentation qu’elle se donne d’elle-même. Le football mobilise ainsi un patrimoine symbolique qui dépasse largement les enjeux du terrain sportif.
L’équipe marocaine est le produit d’un véritable génie des liens civiques et civils d’un Maroc projeté sur le Monde par sa composante diasporique. Le Maroc est la première équipe de football au Monde à avoir aligné 11 joueurs sur le terrain tous nés à l’étranger. Cette tactique dépasse largement le simple collectif footballistique. Elle exprime une capacité à faire tenir ensemble une histoire plurielle, une diaspora, des traditions, une jeunesse et un imaginaire commun au service d’un même destin.
L’équipe de France, elle, demeure l’une des plus grandes puissances footballistiques de la planète depuis 30 ans.
Mais sa composition reflète d’autres enjeux sociaux : la France est traversée par des interrogations profondes sur son devenir, ses victoires sont régulièrement mobilisées pour ne pas dire instrumentalisées comme la démonstration que la nation demeure capable d’unir ce que la vie politique peine à rassembler. Le football devient ainsi un support privilégié du récit national.
C’est précisément là que réside, la différence anthropolitique entre les deux équipes. La première semble produire, sur le terrain, les effets d’une cohésion sociale déjà à l’œuvre ; la seconde est investie de la mission inverse : produire, par ses succès, une cohésion nationale que l’arène publique ne parvient plus à susciter jusqu’aux violences charivariennes d’après match, observables de manière systématique par toutes les caméras et redactions du Monde.
Si ce quart de finale a lieu, il ne sera donc pas seulement un affrontement entre deux grandes nations du football. Il pourrait révéler deux manières de fabriquer du commun, deux écologies du lien social et deux façons d’habiter le monde.
Et il n’est sans doute pas anodin que certains Français, sans aucune origine marocaine, regardent aujourd’hui les Lions de l’Atlas avec une sympathie assumée. Le football révèle parfois ce que les sciences sociales mettent longtemps à conceptualiser.
Julien TARDIF, et Sébastien BOUSSOIS, respectivement sociologue et docteur en sciences politiques ; dernier ouvrage « Maroc la force de la stabilité » aux éditions du Cherche-Midi, juin 2026.
Au-delà des considérations techniques et de tactique sportive, des qualités individuelles des joueurs et de la capacité d’un coach à construire un jeu collectif (une éthique du dépassement de soi), une équipe nationale est un condensé de l’état d’une société au sens d’une (en)quête anthropologique.
Le football révèle ce que les sondages, les indicateurs économiques ou les discours politiques ne perçoivent pas : la nature et la qualité des liens qui unissent un peuple.
C’est cette dimension que nous qualifierons d’« anthropolitique » au sens que nous a légué Edgar Morin (1921 -2026) récemment disparu et fin observateur et acteur décisif de la relation franco-marocaine.
Par anthropolitique, nous entendons l’étude des conditions par lesquelles une société organise ses liens avec les humains, le vivant, les mémoires, les symboles et les récits, jusqu’à produire une puissance collective capable de se manifester dans les domaines politique, culturel... mais aussi sportif.
Le vivant lui-même participe de cette cristallisation des imaginaires. Les Lions de l’Atlas, le Coq gaulois, les Aigles ou les Dragons .... Ils sont des figures de l’imaginaire collectif, des médiateurs entre une communauté et la représentation qu’elle se donne d’elle-même. Le football mobilise ainsi un patrimoine symbolique qui dépasse largement les enjeux du terrain sportif.
L’équipe marocaine est le produit d’un véritable génie des liens civiques et civils d’un Maroc projeté sur le Monde par sa composante diasporique. Le Maroc est la première équipe de football au Monde à avoir aligné 11 joueurs sur le terrain tous nés à l’étranger. Cette tactique dépasse largement le simple collectif footballistique. Elle exprime une capacité à faire tenir ensemble une histoire plurielle, une diaspora, des traditions, une jeunesse et un imaginaire commun au service d’un même destin.
L’équipe de France, elle, demeure l’une des plus grandes puissances footballistiques de la planète depuis 30 ans.
Mais sa composition reflète d’autres enjeux sociaux : la France est traversée par des interrogations profondes sur son devenir, ses victoires sont régulièrement mobilisées pour ne pas dire instrumentalisées comme la démonstration que la nation demeure capable d’unir ce que la vie politique peine à rassembler. Le football devient ainsi un support privilégié du récit national.
C’est précisément là que réside, la différence anthropolitique entre les deux équipes. La première semble produire, sur le terrain, les effets d’une cohésion sociale déjà à l’œuvre ; la seconde est investie de la mission inverse : produire, par ses succès, une cohésion nationale que l’arène publique ne parvient plus à susciter jusqu’aux violences charivariennes d’après match, observables de manière systématique par toutes les caméras et redactions du Monde.
Si ce quart de finale a lieu, il ne sera donc pas seulement un affrontement entre deux grandes nations du football. Il pourrait révéler deux manières de fabriquer du commun, deux écologies du lien social et deux façons d’habiter le monde.
Et il n’est sans doute pas anodin que certains Français, sans aucune origine marocaine, regardent aujourd’hui les Lions de l’Atlas avec une sympathie assumée. Le football révèle parfois ce que les sciences sociales mettent longtemps à conceptualiser.
Julien TARDIF, et Sébastien BOUSSOIS, respectivement sociologue et docteur en sciences politiques ; dernier ouvrage « Maroc la force de la stabilité » aux éditions du Cherche-Midi, juin 2026.
