Musique
Jazzablanca 2026. En tournée mondiale, les Scorpions font rugir Casablanca


Le festival Jazzablanca allait lui offrir une seconde vie. Sur la scène Anfa Park, les sept frères du Hypnotic Brass Ensemble, héritiers de la grande tradition du jazz de Chicago, apparaissent avec leurs trompettes et leurs trombones comme une fanfare venue électriser la nuit. Leur musique navigue avec une aisance déconcertante entre jazz, hip-hop, funk, soul et afrobeat. Les cuivres claquent, les rythmes rebondissent, les musiciens dansent autant qu'ils jouent, transformant très vite la pelouse d'Anfa Park en une immense piste de danse.
Puis survient le moment que beaucoup attendaient. Le maître gnaoui Mehdi Nassouli rejoint la formation américaine avec son guembri. Les qraqeb résonnent, les cuivres répondent, les percussions s'entrelacent. En quelques minutes, Chicago rencontre Essaouira. Le souffle des fanfares américaines épouse les pulsations hypnotiques de la musique gnaoua dans une création où aucune culture ne domine l'autre : elles dialoguent, s'écoutent et s'élèvent mutuellement.

Les spectateurs, encore portés par l'euphorie du football, découvrent une autre forme de célébration, plus musicale mais tout aussi collective. Les applaudissements se prolongent longtemps après les dernières notes d'une fusion qui restera parmi les grands moments de cette édition 2026.
Eternels et électriques, les Scorpions ont fait trembler Anfa Park

Le temps de reprendre son souffle, la scène principale change complètement d'univers. Les lumières s'éteignent. Quelques secondes de silence. Une montée d'adrénaline. Puis les premières notes éclatent.
Une clameur monumentale accompagne l'arrivée de Klaus Meine, bientôt rejoint par Rudolf Schenker et les autres membres de Scorpions. Malgré leurs soixante années de carrière célébrées à travers une tournée mondiale, les Allemands affichent une énergie qui défie le temps. Dès les premiers morceaux, ils imposent leur signature : celle d'un groupe qui ne vit pas sur sa légende mais continue de la réinventer chaque soir.
La puissance sonore est intacte. Les riffs tranchants, les solos interminables et la précision chirurgicale du groupe rappellent pourquoi Scorpions demeure l'une des formations les plus respectées de l'histoire du hard rock. Les milliers de spectateurs présents reprennent chaque refrain comme un seul homme, créant une impressionnante chorale à ciel ouvert.
Mais au-delà de la virtuosité, c'est l'émotion qui prend progressivement le dessus. À plusieurs reprises, Klaus Meine salue chaleureusement le public marocain, manifestement conquis par l'accueil reçu à Casablanca. Les applaudissements redoublent, les téléphones illuminent la nuit et chaque chanson semble raconter un chapitre de l'histoire d'un groupe qui traverse les générations sans perdre sa puissance fédératrice.

Lorsque résonnent les premières notes de Wind of Change, l'atmosphère change de dimension. Des milliers de lumières s'élèvent dans le ciel casablancais. Les voix du public couvrent presque celle du chanteur. Pendant quelques minutes, il n'y a plus vraiment de frontière entre la scène et la foule : tout le monde chante ensemble, porté par ce morceau devenu un hymne universel à la paix, à l'espoir et au changement. Un instant suspendu, presque irréel, qui restera sans doute comme l'image la plus forte de cette nuit.
Puis les guitares rugissent à nouveau. La batterie accélère, les classiques s'enchaînent et la machine Scorpions retrouve toute sa puissance. Chaque riff déclenche une nouvelle vague d'acclamations, chaque solo rappelle que le temps semble n'avoir aucune prise sur ces monuments de la scène internationale.
Cette étape marocaine s'inscrit dans la tournée mondiale célébrant les soixante ans du groupe, l'une des plus importantes de leur carrière récente. Jazzablanca aura ainsi accueilli l'une des dates africaines les plus prestigieuses de cette célébration planétaire.
