Pegasus : The Objective se transforme en The Subjective pour titiller le Maroc
Dans un article publié par le média électronique espagnol The Objective, Manuel Cerdán établit un lien direct entre l’infection par Pegasus du téléphone de Pedro Sánchez et la politique menée depuis par Madrid envers Rabat. Une thèse infondée qui cherche clairement à transformer des supputations en arguments de vente éditoriale et présente comme établis plusieurs faits que la justice espagnole elle-même dit ne pas pouvoir attribuer au Maroc.

Le point central est judiciaire. Que les téléphones de Pedro Sánchez et de plusieurs ministres espagnols aient été infectés par Pegasus est établi. Que le Maroc en soit l’auteur ne l’est pas du tout. En janvier 2026, après réouverture du dossier sur la base d’éléments transmis par la France, le juge José Luis Calama, de l’Audiencia Nacional, l’a classé une seconde fois : les investigations françaises n’ont apporté aucun élément permettant « de déterminer l’auteur » des infections. Dès 2023, l’analyse technique du CCN/CNI concluait qu’elle ne permettait d’attribuer aucune des intrusions à un auteur déterminé.
Cette distinction disparaît chez Cerdán. L’hypothèse devient un fait : « opération des services secrets marocains », « extraction des données par Rabat », « chantage sur Sánchez ». Or aucune décision judiciaire espagnole publiée n’établit ce que l’auteur présente comme des faits. Le seul fait avéré, mais occulté, est que les informations fournies par la justice française n’ont pas permis à l’Audiencia Nacional d’identifier les responsables de ces intrusions.
Même glissement concernant le Parlement européen. Sa recommandation du 15 juin 2023 ne conclut nullement à une quelconque implication du Maroc judiciairement démontrée.
« L’argument » du milliard d’euros est tout aussi trompeur. Les financements FIEM ne constituent pas un milliard « donné » au Maroc. Le FIEM est un instrument de financement de l’internationalisation des entreprises espagnoles. Ainsi, les 250 millions d’euros accordés en 2023 financent la dessalination de Casablanca dans le cadre d’un projet de 612 millions porté notamment par Acciona Agua, qui détient 50 % de la société de projet. Quant aux 754,3 millions de 2025, il s’agit d’un crédit destiné à l’acquisition de trains interurbains espagnols de CAF, via un accord ICO-ONCF. Présenter ces opérations remboursables destinées à soutenir des exportateurs espagnols comme un financement politique offert à Rabat fausse donc leur nature.
Surtout, le développement des relations économiques bilatérales offre une explication autrement mieux documentée : le Maroc est devenu le premier partenaire commercial de l’Espagne, avec près de 23 milliards d’euros d’échanges en 2024, en hausse de plus de 7 %. Plus de 6.000 entreprises espagnoles y exportent régulièrement et plus de 900 y détiennent des filiales ou participations significatives. L’accord financier de 800 millions signé en 2023 est d’ailleurs officiellement présenté par Madrid comme un instrument permettant aux entreprises espagnoles de réaliser des projets au Maroc.
Cerdán mélange financement, Sahara, immigration, agriculture, narcotrafic, Mondial 2030 et Sebta pour concocter autant de « conséquences » de Pegasus. Mais leur succession chronologique ne démontre aucun lien causal. Dans un contexte de crispation d’une partie des médias espagnols contre le Maroc, cette nouvelle attaque a surtout le mérite de montrer que The Objective est, en l’occurrence, devenu « The Subjective ».
